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Julien Baete

julien-baete.jpgBientôt ici des pages consacrées à Julien Baete, artiste.

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Francis Moreeuw

Francis Moreeuw est un artiste lillois. Allez voir son site.
Ci-dessous une partie de la  série des "Saint Georges"
(1 ; 2 ; 4 ; 5). Vous voyez ici seulement la partie gauche du tableau.








































































































Images Aléatoires

Le bateau ivre et La Comédie de la soif

Résumé de l’article de Laurent Zimmermann : « le chemin du papillon, du rapport entre deux poèmes de Rimbaud. » paru dans la revue Poétique 153, seuil, février 2008

Selon Kierkegaard le mot reprise signife qu’un objet  est présenté à nouveau, et qu’en même temps il est entièrement réinventé. Selon Laurent Zimmermann la reprise parle de l’essence même de la poésie. C’est ce qu’il cherche à démontrer à travers les trois dernières strophes de Bateau ivre et de son rapport avec La Comédie de la soif.

Avant de répondre à cette question Laurent Zimmermann analyse les trois derniers quatrains du Bateau ivre.

Structure du Bateau ivre : deux temps très distincts.

Ø     quatrains 1 à 22 : exaltation, ivresse, grande traversée.

Ø     quatrains 23 à 25 : déception, mélancolie étrange et sans remède, le retour à la terre ferme.

Selon Michel Deguy, l’éclatement de la quille, ô que ma quille éclate ! est une allégorie de l’éclatement de la forme. Le retour à la terre ferme correspond à une déception qui suit l’exaltation de la traversée. Ce retour à la terre rime avec l’éclatement de la forme. N’y a-t-il pas autre chose dans les trois derniers quatrains que cette théorie de la forme évaporée ?

Petite mise au point de vocabulaire :

Ø     Le motif : une figuration dérivante, en partie masquée, dessinée en filigrane seulement.

Ø     Le thème : une figuration explicite.

Il y a dans ce poème une métamorphose. Le bateau ivre devient un bateau d’enfant dans une flaque. Il ne faut pas seulement voir dans le petit bateau l’aspect psychologique de l’itinéraire rimbaldien de l’ivresse vers la tristesse. Il y a aussi un itinéraire poétique.

Le petit navire n’est pas seulement un petit navire mais également un comparé. Le comparant est le « papillon ». Le navire, après sa métamorphose est comme un papillon. L’éclatement de la quille pourrait n’avoir pas été une fin en soi, mais un prélude, et un prélude au surgissement dans l’espace figural du papillon. Par conséquent le bateau ivre, dans le temps de sa gloire, n’est pas seulement un bateau ivre mais également une chrysalide : il était indispensable qu’elle éclate pour qu’arrive le papillon, que puisse se déployer le temps de l’envol. Certes le registre des trois derniers quatrains est mélancolique, mais le lecteur est invité à voir le papillon s’envoler. Pour moi cela signifie que le bateau ivre n’est pas seulement un temps d’euphorie mais aussi une gestation, une préparation. Le plus important est que le papillon ne meurt pas à la fin du poème, il quitte le poème vivant et poursuit son chemin pour aller, selon le sémioticien, vers le poème La comédie de la soif.

 

Le bateau ivre et la Comédie de la soif forment un diptyque. Il y a des correspondances thématiques et figurales.

Ø     Sur la plan thématique l’idée de l’ivresse est convoquée dans les deux poèmes : « vins secs », « cidre », « liqueurs ». Les deux titres sont éloquents : le bateau ivre et comédie de la soif.

Ø     Sur le plan figural il s’agit de marquer une déception vis-à-vis de l’ivresse. Dans les deux poèmes une fois que la déception est évoquée le poète fait appel à une figuration extrêmement proche : « une flache » dans le bateau ivre et « un étang » dans la comédie de la soif. De plus dans les vers de La Comédie de la soif : Moi – Plus ces paysages. / Qu’est l’ivresse, Amis ? ; « ces paysages » dont il n’est pas question dans le poème renvoient forcément à des paysages connus du poète et en particulier dans Le Bateau ivre. L’usage du démonstratif « ces paysages » justifie cette impression.

Ø     Et bien sur il y a « les papillons » qui apparaissent à chaque fois à la fin du poème comme des formes fantomales (même fonctionnement pour les plans d’eau). Il s’agit d’une reprise, c’est-à-dire d’une différence au cœur de la ressemblance. Le papillon de La Comédie de la soif est conclusif, il intervient dans une conclusion, ils sont « les derniers » et à la différence du premier poème ils ne sont pas de mai, c’est-à-dire du printemps.

Cette apparition fantomale et ce chemin appellent une lecture, une écoute, un déchiffrement.

La Comédie de la soif est effectivement une comédie, il y a un dialogue, même si ce dialogue parait incertain, improbable, déstructuré. La forme du dialogue est dispersée, transformée, rongée, déchirée.

La forme de chaque strophe est différente, et à l’intérieure de chaque strophe est irrégulière. La forme se défait, part en tous sens, éclate comme la quille d’un navire. La forme du poème se métamorphose. C’est très important. Le fond du poème c’est la transformation de sa forme. Le poème est un papillon : forme mouvante, apparition, mouvement de déchirement dans le surgissement d’une continuité aérienne au cœur du visible. La poésie n’est pas l’étouffement de la « merveille d’un bocal d’éther » selon la formule de Georges Didi-Huberman, elle est au contraire le moment de déprise du vol libre d’un papillon vivant. Rimbaud voudrait sortir d’une poésie qui se fige à la manière de l’écriture sur le papier ; il chercherait à l’inverse un art tout entier de l’effacement comme la danse.

Rimbaud aura inscrit au cœur même de son œuvre cet appel, impossible, improbable, inaudible, à autre chose ; la simplicité du vide, d’une avancée qui soit aussitôt un effacement.

 

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