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Julien Baete

julien-baete.jpgBientôt ici des pages consacrées à Julien Baete, artiste.

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Djamel Tatah

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 











Francis Moreeuw

Francis Moreeuw est un artiste lillois. Allez voir son site.
Ci-dessous une partie de la  série des "Saint Georges"
(1 ; 2 ; 4 ; 5). Vous voyez ici seulement la partie gauche du tableau.








































































































Images Aléatoires

Vendredi 4 juillet 2008
Je poursuis mon voyage estival dans les articles de Roland Barthes. Ses Mythologies sont pleines de fraîcheur, de fulgurances et d'attendrissements parce qu'elles regardent leur présent qui est les belles années cinquante et disent tant de notre monde "postillusioniste".

Aujourd'hui je m'arrête sur une analyse des célèbres photos d'Harcourt. On connaît l'amitié qu'entretient Roland Barthes avec la photo et plus tard avec le critique de photo Hervé Guilbert. Roland Barthes ce n'est pas qu'une plume c'est aussi un oeil vigilent et curieux.

Dans les photos de stars des studios Harcourt "l'acteur est supposé à la ville". Roland Barthes observe qu'il s'agit d'une ville idéale où l'acteur s'il marqué dans les films au studio il est "aéré par la douce lumière [...] éternellement jeune, fixé à jamais au sommet de la beauté, [...] idéalement silencieux, c'est-à-dire mystérieux, plein de secret profond que l'on suppose à toute beauté qui ne parle pas, [...] réduit à un visage épuré de tout mouvement". Autant dire que dans les films il est l'inverse : en mouvement, marqué, accusant l'âge...

"Encore ce pur visage est-il rendu entièrement inutile -c'est-à-dire luxueux - par l'angle aberrant de la vue, comme l'appareil d'Harcourt, autorisé par privilège à capter cette beauté non terrestre.

Pourquoi un visage ? "Marcher est peut-être - mythologiquement - le geste le plus trivial, donc le plus humain. Tout rêve, toute image idéale, toute promotion sociale suppriment d'abord les jambes, que ce soit par le portrait ou par l'auto (mise à part Gabin visiblement).

"La photographie d'Harcout est pour le jeune comédien un rite d'initiation, un diplôme de haut compagnonnage, sa véritable identité professionnelle. Est-il vraiment intronisé, tant qu'il n'a pas touché la Sainte Ampoule d'Harcourt ? Ce rectangle où se révèle pour la première fois sa tête idéale, son air intelligent, sensible ou malicieux, selon l'emploi qu'il se propose à vie, c'est l'acte solennel par quoi la société entière accepte de l'abstraire de ses propres lois physiques et lui assure la rente perpétuelle d'un visage qui reçoit en don, au jour de ce baptême, tous les pouvoirs ordinairement refusés, du moins simultanément, à la chair commune : une splendeur inaltérable, une séduction pure de toute méchanceté, une puissance intellectuelle qui n'accompagne par forcément l'art ou la beauté du comédien."
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Mardi 1 juillet 2008

NS, Julien Baete, 2008
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Mardi 1 juillet 2008
Voici le texte que j'avais écrit en juin 2007 pour l'exposition "Incipit" de Julien Baete au musée des Beaux Arts de Tourcoing. J'y joindrai prochainement des photos de l'exposition et le tableau de Carolus Durand dont il est question dans le cinquième paragraphe, Portrait équestre de mademoiselle Croisette.

INCIPIT

Incipit signifie « il commence ». Amusons-nous à décomposer le mot. Cela donne « qui est dans la tête », autrement dit « au début ». L'incipit est la première phrase d'une œuvre littéraire, comme s'il y avait forcément un début et comme si ce début était forcément dans les premiers mots. Dans la tête d'un livre se met en place le temps afin que l'histoire puisse commencer. L'incipit est la phrase dont on se souvient par cœur, elle permet à l'œuvre de se mettre à vivre.

En quête de sens, pour chercher un début à tout ça, osons une hérésie philologique. L'incipit se compose d'un préfixe négatif « in » qui a ce pouvoir étrange d'exterminer la force de connotation positive du mot. « Un fauteuil commode » devient par le seul pouvoir du préfixe « incommode ». Considérons donc que la racine de incipit « caput », qui signifie la tête, la perd immédiatement lorsqu'elle s'adjoint l'aide dévastatrice du préfixe « in ». Incipit a ce paradoxe étrange de signifier que tout est dans la tête et qu'au même instant il perd la tête. Dans ces conditions de déconnexions la vie ne peut se maintenir.

Isaïe prophétisa : sur toute tour altière l'orgueil humain sera humilié, l'arrogance de l'homme sera abaissée. Isaïe aurait-il prophétisé l'anéantissement par des missiles humains des tours new-yorkaises ? Il avait sans aucun doute à l'esprit la tour de Babel. Le Dieu d'Isaïe n'a pas détruit Babel. Il venait juste de dévaster le monde par un déluge sans précédent, il n'allait pas recommencer. Exterminer n'est pas une habitude divine et l'expérience montre que ce n'est pas suffisant pour abaisser l'orgueil de l'homme. Il s'y est pris autrement : « Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres ». Les hommes se dispersèrent et cessèrent de bâtir la tour. Non, ce n'est pas dans le programme divin d'anéantir l'œuvre de l'homme, mais c'est dans le programme de l'homme d'être dans l'incapacité de se faire comprendre, de dialoguer. Les hommes se dispersent car ils ne peuvent se réunir en-dehors du désir de se battre ou de produire des richesses. Il est assuré depuis le huitième siècle avant notre ère que l'homme contient un programme intérieur qui le mine, qui le décapite quand il cherche à se rehausser.

Les tours jumelles sont là et nous voyons devant nos yeux qu'elles ne sont plus là. Leur destruction est représentée. Elles sont décapitées au sens propre. Elles sont guillotinées. Ce n'est pas Dieu qui l'a voulu ; c'est le langage humain ; c'est leur langage à jamais déstructuré, incommunicable, déraisonné.

Regardez l'étalon. Il est rare qu'un étalon ait les quatre pieds au sol. Sa stabilité est suspecte. L'étalon est toujours dans le désir de se projeter en avant. Sa stabilité est d'autant plus suspecte que la tête de l'équidé fixe l'inconnu, observe avec attention l'horizon que nous ne verrons jamais. Son encolure est magnifiquement et parfaitement musclée, à la manière d'un cheval de sport. Ses oreilles tendues se dressent vers le point de vision. La demoiselle semble débonnaire, reliée lâchement à la bouche, non pas tendue mais détendue, se laissant porter et déportée par le vent ; complètement insouciante, presque déconcertante : c'est la douceur, la tranquillité, le sourire. Tout serait possible si tout n'était pas à l'envers.

Le cheval est bel et bien enraciné des quatre fers dans le sable. Son amazone est assise dans une assiette remarquable. Aucun risque qu'elle se brise le tête sur un rocher. Tout est dans la tête, celle de l'étalon, celle de l'amazone, tout est dans l'incipit, rien n'échappera au raisonnement. Et pourtant les valeurs sont renversées qui sont évoquées par sa structure bourgeoise, et nous le savons. Nous ne voulons pas de cela, nous ne voulons pas retenir cela de nos vies, nous cherchons désespérément le bleu ici ou là.

Jan Abbie



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Dimanche 29 juin 2008

Golf, Julien Baete, 2008, 175/220 cm


Julien lors d'une d'une exposition au musée de Tourcoing en 2005





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Samedi 28 juin 2008
J'aime beaucoup cette oeuvre de Robert Rauschenberg : Bed, 1955. Ce lit n'en dit-il pas long sur notre vie la nuit ? Je trouve l'idée de représenter un lit ainsi très belle.
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Lundi 26 mai 2008

D'après ce que j'ai lu ici ou là à propos de Djamel Tatah on lui reproche une certaine facilité ou une incapacité à se renouveler. Chacun de ses personnages a invariablement la même expression, la même posture, lassitude, mélancolie, sérénité selon les lectures.

Pour ma part je ne suis pas certain qu'un artiste soit dans l'obligation de se renouveler pour mériter un nom. Peut-être y a-t-il une phase de quête après quoi cela me rassure de voir qu'un artiste ne cesse de reprendre une même ligne.  Une confiance s'installe. Une intuition d'être dans une voie. D'autant qu'il ne s'agit pas chez Djamel Tatah de recopiage ou d'insdustrialisation d'un procédé. Cela ressemble plutôt à la quête d'un marcheur.

Une autre critique lui reproche une superficialité. Pour émettre ce reproche il faudrait être capable de voyager dans l'âme de l'artiste. Si la forme est le fond qui remonte à la surface, la lecture que nous en faisons ne pourra n'être qu'impressionniste. Que savons-nous du fond ?  L'impression en revanche je l'ai ressentie. C'est ce sentiment que Djamel Tatah perçoit l'indicible pour l'exprimer dans une forme qui n'avait pas encore été explorée. Oui, quand je regarde ses toiles je vois quelque chose de moi que je n'avais pas encore pu dire.
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Samedi 24 mai 2008

Qu'est-ce que l'art kitsch ? Peut-on seulement parler d'art ? Quels sont les critères qui définissent un objet ou un concept kitsch ? Selon le brillant dictionnaire en ligne "Lexilogos" pour qu'un objet soit kitsch il faut qu'il rassemble cinq critères :
- l'inauthenticité
- la surcharge
- le cumul des matières ou des fonctions
- le mauvais goût
- la médiocrité.
Tout cela donne vraiment envie !

Le moins que l'on puisse dire c'est que la culture kitsch ne côtoie pas la haute érudition ; aucun rapport avec Kafka, Heidegger et Celan. Il est d'ailleurs assez interrogeant de voir comment toute la culture nazi et communiste relève du kitsch.

Selon les conservateurs le kitsch n'a pas de valeur en soi. L'objet kitsch est interchangeable. Selon Roger Scruton (universitaire britannique) l'objet kitsch est interchangeable, car il fait partie d'un ensemble d'objets équivalents en nombre infini, qui tous sont capables de susciter la même réaction toute faite. Par conséquent, on peut dire que c'est cette réaction qui dicte la nature de l'objet [...]. En ce sens, l'objet kitsch (par exemple Bambi, de Walt Disney) est le contraire de l'objet esthétique. L'oeuvre d'art véritable ne naît pas de la réaction du public. (dans Le Cahier de l'Herne n°80, George Steiner, p 115).

Ainsi, selon cet argumentaire, publicités et kitsch utilisent les mêmes ressorts. L'oeuvre d'art confère à son sujet une valeur, tandis que dans le kitsch cette valeur devient un prix.

Le kitsch se différencierait de l'art parce qu'il n'a pas de valeur en soi. Il ne naît pas d'une émotion mais il cherche par la surcharge à provoquer une émotion. Autrement dit, c'est le destinataire qui crée l'oeuvre. Le kitsch rimerait donc avec sentimentalisme, émotion, prix, commercialisation... Le kitsch serait une espèce de démission face aux exigences de l'art.

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Vendredi 23 mai 2008
J'aime assez bien ce tableau : Saint Georges terrassant le dragon n°3, 1991. Vous le trouverez sur le site de Francis Moreeuw.

Saint Georges terrassant le dragon n°2, 1991
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Mercredi 21 mai 2008

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Mardi 20 mai 2008

J'ai découvert ce week-end Djamel Tatah. J'ai immédiatement été saisi par ses toiles. Elles sont expressives, fraiches, touchantes. J'aime ces créations qui semblent si simples au premier coup d'oeil. C'est juste quelques couleurs, quelques traits, peu de gestes, et tout de suite un sentiment, une détresse, un cri, sans aucun acharnement, aucune préciosité, sans presque aucun complexe, comme si tout devait être dit par une espèce de silence. Je vous conseille vivement d'aller sur le site de Djamel Tatah, il est très plaisant de s'y promener. Vous pouvez aussi aller voir le site de la galerie de Kammel Mennour. Ci-dessous vous trouverez une petite biographie extraite du site de l'artiste.Djamel Tatah est né en 1959

à Saint-Chamond. De 1981 à 1986, il étudie

à l’école des beaux-arts de Saint-Etienne. Sa

première exposition date de 1989, à Toulouse.

Dix ans après, en 1999, c’est à la galerie

tDurand-Dessert qu’il fait sa première exposition

personnelle (très remarquée) à Paris,

où il vit aujourd’hui. Peintre “obsessionnel”,

Djamel Tatah ne cesse de représenter des

personnages (qu’il a dans un premier temps

photographiés et projetés sur fond

monochrome), silhouettes vêtues de noir,

à la peau très pâle, qu’il qualifie lui-même

de “beckettiennes”, entre hyperréalisme

et abstraction. Djamel Tatah impose

une oeuvre, paysage humain mystérieux

et profond, qui s’élabore dans une écriture

visuelle d’une spectaculaire linéarité.

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Lundi 19 mai 2008

Galeries de la Reine à Bruxelles.

Librairie d'art dans la galerie de la Reine
qui présentait ce jour là des peintures de
Djamel Tatah
(ci-dessous)

 

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Vendredi 25 avril 2008
Pour décrouvrir l'oeuvre de Camille Claudel je vous recommande tout particulièrement ce site.


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Mardi 22 avril 2008

Quand Emmanuelle Héran arrive comme conservatrice au musée d’Orsay, elle découvre, dans les réserves, plus de 200 sculptures animalières et décide de sortir au grand jour ces richesses oubliées. A partir de cet été, le musée parisien présentera donc une section entièrement dédiée à l’art animalier. En attendant, Orsay a prêté une partie de sa collection à La Piscine de Roubaix pour une exposition intitulée avec humour « Le Zoo d’Orsay ». C’est dans un décor vert pomme que sont exposées un peu plus de 150 œuvres signées des plus grands noms : Manet, Courbet, Delacroix, Bonnard, Pompon, Gauguin, Grasset, Doré… Les animaux sont classés par « famille ». Ainsi, peut-on, grâce à un choix varié de tableaux, dessins, pastels, sculptures et objets d’art couvrant toute la période de 1848 à 1914, passer des animaux à plumes (faisans, paons, canards, coq…), aux animaux exotiques (girafes, singes, éléphants, antilopes…), domestiques (chats, chiens, chevaux…) mais également au monde marin. Le public se retrouve à l’intérieur d’une véritable ménagerie, les cris des différents animaux étant diffusés en fond sonore. Autre exposition accrochée au même moment à La Piscine : « Bijoux-sculptures. L’art vous va si bien ! ». 150 bijoux provenant de différentes collections, dont celle de Diane Venet, épouse du sculpteur Bernar Venet et commissaire de l’exposition, proposent une autre vision de la parure aux XXe et XXIe siècles. Il n’est pas question ici de joaillerie mais d’art moderne et contemporain où l’on croise les noms de Calder, Fontana, Picasso, Rauschenberg, Kapoor… Ils ont tous créé des « sculptures to wear » souvent restées inconnues du grand public.

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Dimanche 20 avril 2008
Les roubaisiens ont de la chance d'avoir cet endroit. Ce musée offre un nombre d'oeuvres intéressantes impressionnant. Il y en a partout, dans des salles minuscules, dans des escaliers, des couloirs, des lieux anciens réstaurés ou des salles modernes, et bien sur il y a la piscine, lieu de mémoire, où l'on entend encore quand on entre les cris des enfants, l'eau en mouvement. Le lieu n'invite pas forcemment à la méditation, mais plutôt à la rêverie. Lieu sans aucun doute de flânerie qui multiplie les angles de vues, oeuvres devinées, suggérées, reflétées dans l'eau, le verre, à travers les vitres dans le jardin ; lieu habité, au contraire d'un musée classique où le vide de l'absence peut être angoissant, ici aucune passivité possible, vous passez votre temps à monter, descendre, déambuler,
pas deux mètres sans que toutes les perspectives changent, dans les forêts de statues, la fraicheur des bains, les cabines transitoires devenues dépôts éternels. Le vingtième siècle aime détourner la matière plutôt que la créer, La Piscine de Roubaix illustre parfaitement cette possibilité. Le cloître illustre ce parti pris : il s'agit bien d'un cloître, il s'agit bien d'un jardin, sauf que la verdure est mise en scène, sauf que les plantes sont celles de nos assiettes, et que tout cela s'expose au regard.
La Piscine de Roubaix
multiplie les intérêts. Il y a tout d'abord le lieu. Il est possible de visiter ce musée juste pour son architecture. Ensuite le promeneur est invité à parcourir trois lieux d'exposition indépendants et qui pour autant se répondent. Tout d'abord, en entrant, tout de suite, l'exposition temporaire autour de la faune traîtée par les artistes, ensuite ce qui pourait s'appeler le musée municipale, avec le patrimoine de la ville mis en valeur, et enfin deux salles consacrées à l'artisanat du luxe où les oeuvres de Picasso, Graque ou Appel sont détournées par eux-mêmes pour devenir des bijoux. 
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Mercredi 16 avril 2008
Vous trouverez ici une page consacrée à l'artiste hollandais Karel Appel. Je l'ai découvert au LAAC à Dunkerque où Appel Circus est exposé en ce moment. La page se complètera au fur et à mesure de mes découvertes.
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Lundi 14 avril 2008

Diderot a révolutionné l'art de son temps car il a été le premier à mettre sur le même plan littérature et peinture. Ce qui vaut pour l'un vaut pour l'autre. Dans ses Oeuvres esthétiques il n'élude cependant pas les contradictions stimulantes qu'il y a entre ces deux arts.

 

Ce qui me rassure chez Diderot, au regard de l'article de Annie Mavrakis "Ce n'est pas de la poésie ; ce n'est que de la peinture" paru dans Poétique n° 153, c'est qu'il n'es pas homme de système. Il est capable de passer d'un extrême à l'autre, voire de se contredire. Pourquoi cela ? Ce n'est pas un homme de cabinet, c'est un homme de terrain, il rencontre la réalité. Cette posture me rassure car j'éprouve souvent de la difficulté à émettre une opinion définitive. Il y a toujours une fait qui contredit l'ensemble d'une réflexion. Il est difficile d'être objectif et systémique en même temps. Il y a toujours un grain de sable.

Une des contradictions les plus évidentes est l'ardeur mise à la tâche ; écrivant à Grimm :
Ah ! mon ami, quel art que celui de la peinture ! J'achève en une ligne ce que la peinture ébauche à peine en une semaine.

Diderot prend aussi en compte la difficulté technique nécessaire pour peindre. La sensibilité et l'enthousiasme ne suffisent pas. La peinture est donc hors de portée de l'écrivain pour qui un coeur tendre et une âme mobile suffisent.

Ce qui sépare le tableau de l'écrit c'est le déficit de réalité. Il y a entre ces deux imitations la différence d'il peut être à il est. De plus le poète ne peut fournir que d'insuffisantes précisions pour aider le peintre à saisir le formes alors même que la peinture donne au poète d'ensemble de ce qui est à voir.

Et malgré toute cette argumentation nourie par l'expérience Diderot est le premier à mettre en valeur l'inspiration poétique de la peinture. La poésie devient la source de l'art pictural.

Diderot devient peu à peu, au fil des salons, critique d'art. Il utilise pour cela sa plume facile et sa sensibilité. Avant tout, et c'est de son temps, il a besoin qu'une oeuvre soit convaincante sur le plan mimétique. Il commence par poindre les artistes qui ont un défaut dans l'observation de la nature, Ô que nos peintres on peu d'esprit ! qu'ils connaissent peu la nature.

Sa critique repose sur l'idéal. Il reproche à beaucoup de peintres d'avoir certes de la technique mais peu d'idéal, ce qui a pour conséquence par exemple des surcharges de personnages là où il aurait été beau de représenter le silence. Diderot ne supporte pas que le poème soit pris pour alibi et donne l'impression de n'avoir pas été compris aux vues de tel ou tel détail. Le peintre doit se laisser mener par le poète. Cette obsession devient un critère, si une oeuvre sort de la narration du poème elle est critiquable : ce n'est pas ainsi que les poètes les a vues. Il démontre ainsi que seule la poésie peut transcender les images visuelles et leur conférer une perfection.

Diderot est parfois de mauvaise fois. Il aime à dire, à chaque salon, voilà ce que j'aurais fais, comme si dire c'est faire. Il est vrai que peu à peu il ne cherche pas seulement à lire un tableau mais il voudrait en faire naître de sa narration.


De toutes ces conceptions naît l'idée que le tableau doit raconter une histoire. Une toile ne doit donc pas être un paysage.

La peinture devient pour le littérateur un matériel excitant, incitateur d'écriture. A propos du tableau de Greuze (ci-contre) il s'enthousiasme : le sujet est si fin que beaucoup de personnes ne l'ont pas entendu ; ils ont cru que cette jeune fille ne pleurait que son serein. Il rivalise d'ingéniosité avec le poète, le peintre, le poète peintre. Il n'y a pas de salut de la peinture hors de la littérature.

Cependant, parce que nous l'avons vu Diderot réévalue sans cesse ses idées, il se rend compte que l'écrit ne peut transmettre le tableau mais seulement des impressions.. Il expérimente les limites du langage : tout cela se sent fortement et ne se décrit point. A propos de Chardin, qui est son peintre favori, il est difficile d'exprimer le silence de la composition :
Vous revoilà, grand magicien, avec vos compositions muettes ! Qu'elles parlent éloquemment à l'artiste !

Parce que les peintres ont appris à des générations à regarder des nuances, des expressions, Diderot voit dans certaines mimésis de la nature, la nature elle-même. L'art a donc révolutionné notre manière de voir la nature :
Il semble que je regarderais l'effet de l'art comme celui de la nature. Ce n'est pas au Salon, c'est au fond d'une forêt, parmi les montagnes que le soleil ombre et éclaire, que Loutherbourg et Vernet sont grands.


A propos du tableau ci-dessus de Vernet, "Clair de lune" : Il était nuit, tout dormait autour de moi ; j'avais passé la matinée au Salon. Je me recordais le soir ce que j'avais vu. J'avais pris la plume, l'allais écrire ; j'allais écrire que le Clair de lune de Vernet était un peu sec et que les nuées n'en avaient paru trop noires et pas assez profondes, lorsque tout à coup je vis à travers mes vitres la lune entre les nuées, au ciel, la chose même que l'artiste avait imitée sur sa toile. Jugez de ma surprise lorsque, me rappelant le tableau, je n'y remarquai aucune différence avec le phénomène que j'avais sous les yeux : même noir en nature, même sécheresse. J'allais calomnier l'art et blasphémer la nature. Cette critique, par sa dimension dramatique, est très belle. Il n'y a qu'un pas pour dire que l'artiste crée la nature. Le peintre n'est plus un répétiteur mais un créateur. L'artiste a scucité un deuxième monde. "La phantasia a relayé la mimèsis" pour reprendre les mots d'Annie Mavrakis.



A propos de divers tbleaux qui représentent la mer parmi lesquels celui de ci-dessus il a cette emphase magnifique tirée du  Salon de 1763 :

C'est Vernet qui sait rassembler les orages, ouvrir les cataractes du ciel et inonder la terre. C'est lui qui sait aussi, quand il lui plaît, dissiper la tempête et rendre le calme à la mer, et la sérénité aux cieux. Alors toute la nature sortant du chaos s'éclaire d'une manière enchanteresse et reprend tous ses charmes. [...] Les mers se soulèvent ou se tranquilisent toujours à son gré, le ciel s'obscurcit, l'éclair s'allume ; le tonnerre gronde, la tempête s'élève, les vaisseaux s'embrasent, on entend le bruit des flots, les cris de ceux qui périssent, on voit, on voit tout ce qu'il lui plaît.


A propos de Chardin, le peintre le plus estimé, il a cette phrase :

C'est que ce vase de porcelaine est de la porcelaine ; c'est que ces olives sont réellement séparées de l'oeil par l'eau dans laquelle elles nagent ; c'est qu'il n'y a qu'à prendre ces biscuits et les manger, cette bigarade, l'ouvrir et la presser, ce verre de vin et le boire, ces fruits et les peler, ce pâté et y mettre le couteau.

Je ne vous dirai de Chardin qu'un seul mot : choisissez son site ; disposez sur ce site les objets comme je vous l'indique, et soyez sûr que vous aurez vu ses tableaux.

Au terme de ce parcours où je me suis régalé, je me fais diverses réflexions. J'en retiendrais deux. Tout d'abord je trouve qu'il y a dans l'art une sorte de fascination pour la mimésis. Je ressens ça très fort au cinéma. Au plus une scène paraît réelle au plus j'adhère de manière émotive. Il se passe quelque chose d'irrationel qui me réjouit. Est-ce que cela aurait à voir avec notre instinct de création, de créer du même, afin de ne pas mourir, d'exister encore autrement, et d'être dans cet autrement le plus nous-mêmes, je ne sais pas. L'ultra-réalisme artistique me fascine. L'autre chose que j'ai découverte à travers Diderot, et sans doute en le détournant, c'est cette capacité de l'art de nous regarder. Il y a une altérité. Nous seulement nous regardons un tableau mais le tableau nous regarde. Il change notre vision du monde. Il nous oblige à voir le monde différemment, c'est bien que l'art a un pouvoir. L'art me permet de me découvrir, de voir des choses tout à fait nouvelles à mon entendement. Cela est particulièrement vrai dans l'art contemporain.

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Lundi 14 avril 2008

 

 

Il s'agit d'un musée, on y trouve des oeuvres du siècle dernier, jusque là rien de très engageant si vous n'éprouvez pas le plaisir de regarder des réalisations parfois alambiquées voire torturées. Pourtant le LAAC est surprenant.

Tout d'abord il se situe au tout départ d'une digue, aux derniers confins d'un port industriel, à portée de l'écume de la mer du nord. Son emplacement est à la croisée de la plaisance, de l'industrie et de la ville. Après s'être garé au bord de la mer et avoir respiré l'air marin on entre dans un parc qui donne l'impression de s'enfoncer dans la terre. La verdure forme des dunes, des digues, d'un seul coup on se retrouve dans un écrin très silencieux, à l'abri du vent, et qui est par conséquent reposant. Il n'y a pas de doute, passé la grille vous entrez dans un autre univers à la fois très dunkerquois, car il y a des dunes, des blokaus, de l'eau, et à la fois tout différent car l'eau est douce, les dunes sont verte, le vent est prisonnier.



La plus imposante des dunes est évidemment le musée. Je n'adhère pas entièrement à certains choix d'aménagements, sans doute parce que je n'aime pas le carrelage blanc, il y a un petit côté piscine. A part cela les oeuvres sont disposées de telle manière à ce que l'on fasse un chemin linéaire et circulaire, sans devoir réfléchir à la direction, et donc ainsi on est à l'aise, on se laisse porter. Le chemin est constitué de stations, chacune indépendante et singulière, dans une espèce de cube blanc. Il y a des cubes où j'aurais pu rester des heures, dans des instalations insolites, et d'autres que j'ai traversés rapidement car parfois je reste dubitatif et septique devant certaines élucubrations, une poubelle entourée d'une protection muséale par exemple ; peut-être  l'irritment est justement le but recherché. Le plus singulier se situe au dernier étage : il y a des armoires en bois que l'on peut ouvrir et qui suscitent la curiosité. On y trouve des dessins, des carnets, des livres d'artistes. C'est complétement ludique.





Bref j'ai passé un très bon moment et je vous le recommande. L'entrée est à 4.50 € ou à 3 € si vous bénéficiez d'une réduction, et cela vous donne droit à visiter le musée municipal de Dunkerque. Celui-ci vaut aussi le détour, mais pour d'autres raisons. Il est complètement morbide et vous donne l'impression de faire un voyage dans le temps de cinquante ans en arrière, alors même que certaines oeuvres sont de très grandes qualités. Ce musée est impossible. Il faut avoir le moral pour le visiter. Cela dit ça peut être une expédition très drôle, vous rencontrez quelques vestiges des politiques culturelles passées avec ici ou là un peu de poussière. C'est un peu dommage car quelques oeuvres valent le détour.

 

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Mardi 18 mars 2008

Je regrette beaucoup n'avoir pas pris davantage de temps pour découvrir la dernière exposition du Palais des Beaux Arts de Lille. J'étais au début sceptique. Il s'agissait de restituer l'ambiance d'un projet qui s'est constitué au lendemain de la seconde guerre mondiale. De jeunes artistes talentueux et rétifs à l'enseignement académique se sont réunis dans un atelier, rue de la Monnaie à Lille. Cet espace devient vite un lieu d'exposition reconnu. Je ne disposais que d'un heure avant la fermeture. Il ne reste que le catalogue ou un dossier pédagogique en ligne plutôt bien fait.

la-monnaie-copie-1.jpg

J'ai particulièrement aimé ce tableau de Roger Frezin (1927), Hector Guimard pédalant dans son bain turc, 1972. Il y a un autre tableau que j'ai trouvé réjouissant mais que je n'ai malheureusement pas trouvé sur Internet (ou heureusement) : Corbillard espagnol de Pierre Olivier (1928).