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Julien Baete

julien-baete.jpgBientôt ici des pages consacrées à Julien Baete, artiste.

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Djamel Tatah

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 











Francis Moreeuw

Francis Moreeuw est un artiste lillois. Allez voir son site.
Ci-dessous une partie de la  série des "Saint Georges"
(1 ; 2 ; 4 ; 5). Vous voyez ici seulement la partie gauche du tableau.








































































































Images Aléatoires

Lundi 23 juin 2008
J'ai le souvenir que c'est Cicéron qui a dit : "On crée ce que l'on craint." Au fil des années ces mots sont devenus pour moi une clef de compréhension plutôt efficace. Hier après-midi, en feuilletant les pages de Minima Moralia de Theodor W. Adorno, je suis tombé au paragraphe 103 sur ces phrases :

Ce que l'on craint sans raison effective, apparemment sous l'effet d'une idée fixe, a bêtement tendance à se réaliser. [...] N'aurait-on pas, à force de silences, soufflé soi-même la fameuse question à l'interlocuteur narquois. [...] La psychologie sait bien que celui qui se dépeint un malheur l'appelle en quelque sorte de ses voeux.
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Mardi 3 juin 2008
Ce n'est qu'en écrivant que je me sens bien. J'oublie alors toutes les vexations de la vie, toutes ses souffrances, je me plonge dans la pensée et je suis heureux.
Journal de Kierkegaard,
1847
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Jeudi 1 mai 2008
Roland Barthes a écrit dans son journal à la date du 13 août 1977 cette phrase surprenante : Tout d'un coup, il m'est devenu indifférent du ne pas être moderne. C'est le point de départ de la réflexion d'Alain Finkelkraut dans ses quatre leçons reprises dans un ouvrage Nous autres, modernes.

La question de savoir s'il vaut mieux écouter nos ancêtres ou suivre une intuition qui ouvre des chemins inconnus est une question qui n'a cessé d'entraîner les philosophes, les littérateurs, les politiques dans des débats jamais clos. La lecture d'Alain Finkielkraut est très instructive car elle a le soucis de la transmission. Un cours est souvent agréable à lire car on y sent un dialogue permanent entre celui qui parle et celui qui tente de comprendre. Je prospose ici un résumé du premier chapitre.

Dans Oratio de hominis dignitate, Pic de la Mirandole propose en 1482 un récit de la Genèse qui selon Alain Finkielkraut est la bible de l'âge moderne : Je ne t'ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. La nature enferme d'autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi qui ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t'ai placé, tu te définis toi-même. Adam est ici constitué auteur par l'Auteur. Il s'agit d'une déclaration d'indépendance humaine. L'homme est l'être dont l'agir ne découle pas de l'être mais dont l'être découle de l'agir. Le phénomène humain n'est plus substance mais liberté.

Mais où donc réside la Vérité s'il n'y a plus de nature pour la circonscrire ? Selon Francis Bacon dans
Novum organum la vérité est fille du temps et non de l'autorité. L'être perd sa prééminence ontologique au profit du devenir. Les modernes sont fascinés non pas par les anciens mais par le devenir.

Roland Barthes témoigne d'un temps où il faut être de son temps pour être pleinement vivant. Le critique faisait la pluie et le beau temps en discernant dans chacune des oeuvres ce qu'elle avait de nouveau et donc de méritoire. L'écrivain est celui qui écrit. Son activité est intransitive. L'écrivan témoigne, proteste, explique, enseigne.

Michel Foucault dans Les Mots et les choses dit la même chose. L'écrivain moderne rompt avec une éloquence toute entière tendue vers une finalité extérieure, vers un discours qui n'a rien d'autre à dire que soi, rien d'autre à faire que scintiller dans l'éclat de son être. La modernité rime ici avec pureté.

Une des premières conséquences de la modernité selon Alain Finkeilkraut est le licenciement de Dieu :
Quand Dieu quitte la place d'où il avait dirigé l'univers et que naissent les temps modernes, les différents secteurs d'activité se séparent et sont progressivement conduits à chercher en eux-mêmes leur propre dignité. Affranchis de la tutelle religieuse, l'art, l'économie, la politique, le sport, la guerre se développent en queque sorte chacun pour soi. [...] Libres de l'absolu, ils se professionnalisent.

Cette professionnalisation des arts, des créations, me semblent très intéressantes à observer. Selon Hermann Boch, il appartient à la logique du peintre de conduire les principes de la peinture à leur aboutissement avec leur conséquence la plus extrême au risque de faire naître une création complètement ésotérique que le producteur seul est en état de comprendre.

Nous en venons à Sartre. Pour Sartre l'écriture est une modalité de l'action. Le philosophe entendait séculariser la littérature, cet ersatz de religion, cet ultime bastion des âmes pieuses. Modernité rime ici avec momentané. Un livre a sa vérité absolue dans l'époque. Pour Renan, autrefois tout tait considéré comme étant. On parlait de droit, de religion, de politique, de poésie d'une façon absolue. Maintenant tout est considéré comme en voie de se faire. Pour Sartre l'histoire est un affrontement. Progressistes et classiques ne se succèdent pas mais s'affrontent. Finkeilkraut a cette formule : être moderne ce n'est pas un constat, c'est un combat.

Du coup, quand les choses tournent mal on ne peut plus s'en prendre à Dieu, on s'en prend alors aux autres, aux hommes. En faisant de la liberté la marque distinctive de l'humanité, l'humanisme met les hommes à égalité. La lutte des classes devient le nouveau champ de bataille,la lutte entre anciens et modernes.

La modernité a engendré le divorce entre le discours et sa représentation. Le signifiant s'est libéré de la loi paternelle du père, de la grammaire. Sartre conclut dans Les Mots : un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui. L'eschatologie égalitaire réclame à la fois que nous soyons tous auteurs et efface pour de bon la figure paternelle, transcendante, intimidante de l'auteur.

Tous auteurs dans un monde sans auteur. Alain Finkeilkraut.
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Vendredi 25 avril 2008
Je lis aujourd'hui le deuxième chapitre de Grammaires de la création. La langue de Steiner est très difficile. Il faut sans cesse faire un effort, même si au fil des pages une familiarité s'installe. Si  vous désirez découvrir l'oeuvre de George Steiner ne commencez surtout pas par ce livre mais plutôt par Errata qui par son mode narratif rend la pensée plus saisissante.

Le deuxième chapitre me trouble beaucoup. Il y est question de l'apport du dogme de l'incarnation dans la pensée. Lisez plutôt :

Au pôle opposé du grand trope, l'incarnation du Père dans le Fils et la transsubstantiation du corps de Fils dans la donation de soi des rites eucharistiques constituent un mysterium : un effort d'expression, subtilement innervé, pour arraisonner l'acte irrationnel aux plus hauts niveaux de la pression intellectuelle. De manière peut-être unique, le martèlement de la doctrine de l'eucharistie oblige la pensée occidentale à rattacher la profondeur de l'inconscient et de la préhistoire à des abstractions spéculatives aux frontières de la logique et de la philosophie linguistique. / Quand nous parlons d'analogie, d'allégorie, de symbolisme et de transformations substantives, lorsque nous invoquons la "traduction" au sens plein du terme, nous nous rapportons, consciemment ou non, à l'évolution de ces termes cruciaux depuis la patristique et les premiers efforts médiévaux et scolastiques pour définir et expliquer le miracle perpétuellement répété de la Sainte Communion. [...] A chaque point significatif, les philosophies de l'art et les poétiques de l'Occident puisent leur idiome séculier dans le substrat du débat christologique. (Grammaires de la création, George Steiner, p 86)

Ce texte m'intéresse beaucoup, mais comme souvent chez Steiner il en dit trop ou pas assez. Il énonce une idée comme si elle était évidente. Dans le paragraphe suivant il est question de l'apport de l'islam dans la syntaxe.
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Samedi 19 avril 2008

Je poursuis ma lecture de Grammaires de la création de George Steiner. Approfondissant son exploration du chaos, le sixième paragraphe du premier chaptire interpelle la possibilité du non-être. La grammaire exprime l'existence dans le prédicat, dans le être qui est présent dans preque tous les verbes. Le langage s'oppose à l'expression du non-être. Le poète Yeats s'interroge : Pourquoi m'avoir imposé de vivre ? Qui ne s'est pas un jour demandé s'il ne pouvait pas plutôt rien y avoir ?

Quels que soient nos devenirs nous finissons. Selon Levinas, seul l'altruisme peut adoucir la terreur de l'existence. Pour Steiner il s'agit là d'une dérobade. A la manière du Roi Lear nous sommes des hôtes importuns.

L'art pose la question d'une manière plus facile : Qu'en est-il des responsabilités du créateur envers sa production ? Selon Luckas, l'artiste est responsable de son oeuvre et de ses abus jusqu'à la fin des temps. Malheuresement l'art est devenu un ornement des barbaries.

Job ne pose pas la question de la justice, mais celle du sens. Job se demande si Dieu est débile ou sadique, s'il est un "Dieu sans Dieu" pour reprendre l'expression de Karl Barth. Job annule la Genèse : périsse le jour où j'allais être enfanté et la nuit qui a dit : Un homme a été conçu !". Le cosmos est ici maudit. Un immension pourquoi jaillit de la bouche de Job, la cendre défit la flamme. Dieu répond en une litanie de questions. Où était Job quand le cou du cheval a été revétu d'une crinière ? Ce langage permet à Job de voir Dieu à travers un acte d'écoute.Claudel s'insurge contre la réponse de Dieu : "quelle déception ! L'architecte nous promène d'un plan à l'autre de ses constructions." Selon Buder la création est une réponse possible : "La création du monde est justice : non pas une justice qui récompense et compense, mais une justice qui distribue et donne. La création elle-même signifie déjà communication entre créateur et créature."

La réponse de Dieu est pour Steiner la théorie même de l'art pour l'art en tant que création pour la création, car la seule objection de Dieu a la question de Job est "la création", l'impertinence festive. L'artiste qu'est Dieu ne saurait même contenir dans son immensité les pressions de la créativité. S'il y a quelque chose plutôt que rien c'est qu'il excède son être solitaire. Nietzsche résume "l'art dit oui.Job dit oui."

 

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Samedi 19 avril 2008
Excusez-moi ce titre impossible. Je reprends aujourd'hui ma lecture de Grammaires de la création de George Steiner et j'essaie de comprendre le cinquième paragraphe du premier chapitre. Le lecteur explore les récits de création hébraïque, hellénique et nietzschien pour comprendre le lien qu'il y a entre le néant et la création.

Je prends le temps de reciter des vers de John Milton dans Paradis perdu. Ce texte est un long poème épique en douze parties qui retrace la genèse de l'histoire biblique. Avec George Steiner le point de départ de la réflexion est toujours le texte intériorisé, comme s'il était écrit dans l'âme du lecteur.

Les secrets du vieil abîme : océan sombre
Et illimité, sans borne,
Sans dimension ; où longueur, largeur, hauteur,
Temps et espace sont perdus, où la vieille Nuit
Et le chaos, ancêtres de la nature, maintiennent
Une éternelle anarchie, parmi le bruit
De guerres éternelles, et se soutiennent par la confusion.

(John Milton, Paradis perdu, trad. P. Messiaen, Aubier, 1971, p. 114-155 )

Selon Steiner - je suis effrayé à l'idée de restituer sa pensée - le chaos qui précède la création est toujours présent dans la création. Il y a une continuité du néant primordial. Dieu est vide, comme l'artiste, post coitum. Par conséquent j'entends que si le chaos précède la création, il la contamine.

L'art illustre ce propos. Dans la forme réside une tristesse, une trace de la perte. Quand le sculpteur entame une pierre il détruit des potentialités dans cette pierre. Milchel-Ange est presque obsédé par cette nostalgie du sommeil dans le marbre avant le ciseau.


La création est un acte de langage rhétorique, littéral. [...] Créer un être, c'est le dire. Créer un être c'est aussi s'en séparer. Quand Dieu dit que cela était bon (Gn 1) il prend des distances avec l'être créé. Le déluge est une manière de revenir sur la toile avec un couteau de palette. Le créateur n'est pas avec sa création et il est en même temps juge impitoyable. La création informera tant le prologue que l'épilogue.

Si la lecture hébraïque de la création est une rhétorique, celle des cosmogonies grecques est une "érotique". Pour les grecs le chaos est un "accroc", une "déchirure" violente, comme pour un linge. Le grec n'a pas de mot satisfaisant pour désigner un ex-nihilo absolu. Ce manque peut expliquer la gêne des philosophes grecs pour tout ce qui est irrationnel. Ce qui est inconcevable est inexprimable. Le chaos se trouve hors de la grammaire et, en conséquence, ne saurait jamais être élucidé.[...] La création devient procréation, elle est l'actualisation d'une fécondité érotique, d'un commerce sexuel à l'échelle cosmique. Platon laisse entendre que le chaos est mâle.

Après le modèle hébraïque et le modèle grec, George Steiner s'intéresse à celui de Nietzsche. Selon ce dernier la Divinité a créé notre univers dans un moment d'inadvertance, d'absence. Un lien peut être ici fait entre l'acte créateur et les suspensions de l'intentionnalité dans le processus artistique : songeries, rêves, narcotiques... Le poète n'est ici plus lui-même, il est un médium. Le hasard a sa place dans les oeuvres achevées : le ticket de métro qui s'est détaché de la brosse de Braque pour rester dans le collage. Cette inadvertance a des conséquences terribles. Si l'étourderie a sa place dans la création n'est-ce pas par elle que le mal s'est infiltré dans la création ?
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Jeudi 3 avril 2008

Colère et temps est un essai très stimulant. Il s'agit d'une histoire de l'occident avec la colère comme angle de lecture. Pour Peter Sloterdijk colère, compétition, désir de reconnaissance, envie sont des stimulants qui permettent de comprendre beaucoup de transitions.

Les premiers mots écrits de notre occident, l'incipit de notre littérature commence ainsi : Chante la colère, déesse, du fils de Pélée, Achille, colère funeste, qui causa mille douleurs aux Achéens, précipita chez Adès mainte âme forte de héros, et fit de leurs coprs la proie des chiens et des oiseaux innombrables. Achille est hors de lui, Briséis lui a été enlevée  par Agamemnon. Achille n'est pas triste parce qu'il a perdu Briséis, elle est de bien faible importance.  Il n'est plus rationnel parce qu'Agamemnon a blessé son orgueil.

Selon l'essayiste le judéo christiannisme amorce une mutation. La colère ne doit plus exploser. Au contraire, il s'agit à présent de tendre l'autre joue, de sublimer, de différer, de repousser, de transférer. Dieu devient le juge, il n'appartient plus à l'homme de statuer sur les faits. La "gauche" moderne serait une forme séculière de cette croyance, une espèce de banque de la colère, à la manière de Ségolène Royale. Le pari est qu'à un moment la dette accumulée sera intégralement remboursée.

La colère explique qu'il y a toujours deux révolutions. Après la première il y a toujours des insatisfactions, donc une colère plus totale est nécessaire. Le fascine serait donc une réaction au projet bolchévique de colère émancipatrice. Aujourd'hui, à l'heure où les observateurs repèrent une rage globale qui atteint un niveau de saturation les réponses sont sans doute l'islam, l'explosion irrationnelle de la jeunesse, l'activisme écologique, et l'anticonsomérisme. Selon Sloterdijk il n'existe plus de colère à l'échelle de la planète.

Après avoir parcouru les effets de la colère sur l'histoire, Peter Sloterdijk, s'intéresse au ressentiment. Selon Jean Améry le ressentiment cloue chacun de nous à la croix de son passé en ruines. Absurdement il exige que l'irréversible soit renversé et l'événement défait. L'essai revendique un droit au ressentiment.

Quand il s'agit du ressentiment j'ai personnellement commencé à avoir du mal à suivre la pensée de l'auteur. Je repère cependant cette idée pour Etienne : selon lui, les juifs ne pardonneraient jamais aux palestiniens de les avoir rendus comme tout le monde. Qu'en penses-tu ?

Je vous laisse avec cette citation de Kafka dans la lettre à son père : "L'accumulation de tous ces moments où, selon l'opinion que tu manifestais clairement, j'aurais mérité des coups et n'y avais échappé de justesse que par l'effet de ta miséricorde, faisant naître en moi, une fois de plus, une grande conscience de ma culpabilité. Je tombais sous ta coupe de tous les côtés à la fois."
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Jeudi 14 février 2008
undefinedJe me souviens avoir lu ce livre quand j'avais pas loin de vingt-cinq ans.  Je l'avais lu dans l'édition originale. Je n'y avais absolument rien compris, chaque phrase me parraissait absconse. Le sens résistait à mon désir de comprendre. J'ai aujourd'hui repris le livre et c'est avec beaucoup d'émotion que tout m'est apparu limpide.  C'est agréable et impressionnant de vivre ces moments là.

Dans Langage et silence j'ai relu l'article qui concerne l'érotisme, la pornographie et son langage : "Mots de la nuit". George Steiner part du constat que dans le domaine pornographique nous avons fait le tour des expériences possibles. Faire de nouvelles expériences, à contrario des sciences, est inenvisageable. De ce constat Steiner démonte la pornographie en argumentant qu'elle prive le lecteur de l'acte de création car en lui donnant tout à lire le texte annule la liberté d'imagination. Le philosophe ose même une comparaison entre les gardes chiourmes SS et la pornographie qui disent tous les deux "déshabille-toi". L'impudeur s'oppose au droit le plus précieux : l'inviolabilité des sentiments. Steiner écrivait à la fin des années 60 que nous entrions dans l'ère de la pornographie des sentiments. L'ère contemporaine joue de cette tension entre banalité et intimité. Dans l'expérience sexuelle, un être humain tend vers une communication entière avec un autre être humain, et cette communication est parfois communion, c'est dans cette expérience que l'être humaine découvre le pli inimitable de son identité.

Je ne dis pas que je souscris à cette pensée. Les limites de ma réflexion l'a probablement déformée. Malgré tout elle me remue et me stimule.
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Jeudi 10 janvier 2008

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Je découvre par hasard ce compositeur-philosophe-sociologue de l'école de Frankfort. J'aime les hasards. Mes plus grandes découvertes esthétiques, philosophiques, littéraires je les ai faites parce que j'ai aimé la couleur d'une couverture dans une vitrine. C'est souvent ce que l'on ne cherche pas qui est le plus édifiant, le plus agréable, le plus pérène dans nos vies. Je me régale d'avance de la prochaine lecture de Minima Moralia. Je me suis arrêté sur ce livre parce que le nom "Adorno" m'est apparu complètement "romantique", neuf.

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Parmi les concepts sur lesquels se replia la morale bourgeoise après la dissolution de ses normes religieuses et la formalisation de ses normes autonomes, celui de l'authenticité occupe la première place.
(p.209, choisie au hasard). 

C'est typiquement une lecture qui me prendra plusieurs semaines. La philosophie a besoin de s'inscrire dans notre temps quotidien pour être digérée.

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Dimanche 6 janvier 2008
Je n'ai jamais caché mon admiration pour l'intellectuel cosmopolite Steiner. J'ai lu ce week-end un article dans l'excellent site "revue-texto" (lien ci-contre) de François Rastier, qui boulverse mon point de vue. A vrai dire je ne sais plus quoi penser exactement.


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Avant de fixer un nouvel avis provisoire je vous propose un florilège de citations de cet article : "L'après-culture - à partir de George Steiner" par François Rastier (photo) du C.N.R.S, paru également en juin 2004 dans la revue Poésie n° 108 :

Tout d'abord François Rastier revient sur les théories de Steiner selon lesquelles le racisme nazi ne serait qu'une imitation de la théorie juive de l'élection et le Reich un préfiguration d'Israël. La pensée de Steiner n'est pas très claire à ce sujet car il ne cesse de flirter avec les courants nationalistes néo-nazis pour semble-t-il mieux les combattre mais pour Rastier la situation n'est pas aussi claire.

Les nazis, trop positifs, voulaient détruire la Loi exterminant ses porteurs, mais nos penseurs transfigurent en succés l'échec de la solution finale, en affirmant que l'extermination a mis fin à toutes les valeurs. p.9

Dominée par le bon plaisir, indifférente à toute déontologie philologique qui la ramènerait au principe de la réalité, farouchement antirationaliste, cette culture [selon Steiner] abomine les sciences humaines et sociales qui précisément sont sorties de l'essayisme. p.12

Il faut ajouter à cela que la haute culture selon Steiner est génétique (appauvrie au fer des deux guerres mondiales), européenne, voire sans doute masculine.
J'ai l'impression de visiter des concepts qui me dépassent. J'ai toujours aimé Steiner car il m'invitait à chérir les classiques.  Qu'est-ce qui se cache derrière cela ? Je ne sais pas encore au juste.
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Vendredi 9 novembre 2007
J'ai passé une très belle soirée au Palais des Beaux Arts dans le cadre de citéphilo. 
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Le cadre est merveilleux. Le site prête à la rêverie, à la flanerie, à la méditation, à la curiosité, aux échanges. Laurent Joffrin, directeur de Libération et Robert Maggiori, philosophe, journaliste, responsable de la rubrique philosophie du journal, étaient les invités. 

La conférence avait lieu dans l'auditorium, et dans des sièges confortables en cuir... 

La problématique tournait autour du temps : temps des philosophes et temps des journalistes. Si le temps des philosophes est linéaire, celui des journistes est composé d'un ensemble de points. Si le philosophe se dit que tout peut arriver, le journaliste anticipe, lit les signes des temps pour comprendre le futur. Le point de vue des philosophes m'a beaucoup rassuré, car cette vision d'un déterminisme historique m'angoisse. Je n'aime pas me dire que la société va dans tel sens et qu'il risque d'arriver telle chose, j'aime me dire que tout est ouvert.

Il était aussi question de la fabrication artisanale du journal et du laboratoire analytique du philosophe. Le philosophe a sans cesse ouvert devant lui tous les livres du monde.

Ce soir il y a la scéance inaugurale à 19 h 30. Après il est toujours temps d'aller boire un verre au bar citoyen ou à l'Ecart.
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Dimanche 28 octobre 2007

Les interrogations de George Steiner m'ont toujours considérablement marqué. Pour découvrir ce philosophe/lecteur je vous conseille le Cahier de l'Herne qui lui est consacré : intéressant, édifiant, spectaculaire, instructif et éclairant. La principale interrogation de George Steiner se résume par ce scandale : comment penser le monde, la société, la culture après Dachau, Birkenau, Auschwitz ? 

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Aujourd'hui je songe aux lumières. L'idée que le siècle des philosophes a contribué à la théorisation des génocides du vingtième siècle est largement répendu. La sécularisation progressive des pensées, le doute systèmatique, l'attention portée aux actions plutôt qu'au ciel, ont conduit les hommes vers le fanatisme,  le pragmatisme, et le doute systématique. L'attention portée aux hommes sans Dieu, aux expériences auraient exacerbé le sentiment national : nous ne sommes plus sujet du roi mais construisons nous-mêmes notre propre nation. Ainsi serait né en partie le terreau des totalitarismes nationalistes.

En lisant un article de Tzevan Todorov dans le magasine littéraire consacré aux lumières je me suis apperçu que les philosophes étaient conscients de ce risque. Que ce soit Voltaire et Rousseau, l'avertissement que tout progrès était suivi d'une régression était clairement énoncé. Le discours était celui de la tolérance, de l'objectivité, et de la mise en valeur des différences. Les périodes de régression sont à anticiper et ne devraient pas contraindre les hommes à refuser le progrès, au contraire. 

Ce discours, énoncé ici de manière simpliste, m'encourage à participer aux progrès de nos sociétés. Il ne faut pas désespéré de l'homme. L'homme est par nature en mouvement, et dire qu'il ne peut pas changer c'est le résumer à son statut d'animal, car seul l'animal ne peut  se projeter dans un espace/temps différent du sien. Je pense qu'il est urgent de résister aux réactions actuelles et d'aller d'emblée vers ce qui nous apporte du mieux pour chacun malgré ce que notre vingtième siècle a vécu et j'espère vaincu.

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