Quel film fabuleux ! Probablement le plus beau que j'aurais vu depuis un an. C'est un film d'Arnaud Desplechin et les rabat-joie diront qu'il suffit de dire cela pour
décrire le film. Oui c'est "du" Arnaud Desplechin, mais pour moi le meilleur !
Il s'agit pour le spectateur de s'introduire dans une famille bourgeoise de Roubaix par le trou de la serrure. Par des techniques largement empruntées au théâtre (scènes qui sont
de choeurs) Arnaud Desplechin nous permet des aller-retours entre le présent et le passé : un couple dont l'enfant a besoin d'une greffe conçoit un enfant uniquement pour
le sauver.
Plusieurs années plus tard, à l'occasion des fêtes de Noël la famille se réunit péniblement. L'enfant non désiré, Mathieu Amalric stigmatise tous les maux de la famille, il est
odieux. Il est un enfant utile. Un enfant dont la seule vocation est de sauver un frère qui est mort. Quand la famille le voit elle voit l'enfant mort, elle voit sa souffrance, elle voit
peut-être sa "faute" ? Si l'enfant non désiré commet des actes si graves c'est qu'il portes les stigmates de tous les maux de la famille. Et puisque l'histoire est une
éternelle répétition (dans tous les sens du terme) le personnage de Mathieu Amalric redevient une nécessité pour la famille : sa mère a besoin d'une greffe, il est le seul donneur compatible.
Catherine Deneuve est divine. Quel rôle ! Une mère, une
grand-mère, sans sentiment maternel peut-être, avec une histoire aussi, qui n'est pas celle de sa famille aujourd'hui, mais une histoire plus ancienne, laquelle ? Une ou deux paroles nous le
disent, beaucoup de geste, des regards.
Anne Goscigny est la soeur qui porte la souffrance et qui la fait porter. Elle n'est pas heureuse. Son fils est "fou". Son fils porte le chagrin. C'est impressionnant. Pourtant elle a un
mari rassurant, elle écrit des pièces de théâtre (Arnaud Desplechin ?). Oui, mais elle ne comprend pas pourquoi le frère utile est si odieux. Elle est en colère. Elle est
l'instance qui juge, elle est malheureuse.
Jean-Paul Roussillon est drôle. Il est la sagesse, celui
qui donne l'impression de porter, de suporter. Il est parfait dans le rôle du grand-père qu'on adore. Ses sentiments sont plus ambigus que cela. Il donne l'impression de surfer sur cette famille
grâce à la musique, à la littérature, à la culture, et dans le même temps il est ancré dans cette pesanteur.
Toute le reste de la famille, Melvil Poupaud,
Hippolyte Girardot, Emmanuelle Devos, Laurent Capelluto, Chiaria Mastroiani ne sont pas des rôles secondaires. ils vivent le drame. C'est probablement un des intérêts du film : rien
n'est négligé, tous les personnages ont leur récit qui pourrait être un film à lui tout seul. L'ensemble ne souffre aucune lourdeur. Au contraire, c'est magique. La réalisation est
impressionnante, la caméra observe ce jeu avec singularité, comme pour donner un peu de légerté.
Il s'agit d'un conte, un conte shakespearien, il y a le
ton, celui de Lear, tragicoburlesque, lourd et enfantin, proche du néant et drôle, sérieux dans tous les cas. Je ne serais pas étonné que tout cela n'est pas loin de la vie
d'Arnaud Desplechin. Cette famille doit au quotidien porter un drame ancien en plus de celui qu'elle joue. En faisant le point sur tous les films que j'ai vus cette année je m'interroge
sur cette spécificité française de faire des films sur la filiation. Un drame famillial, un film sur la filiation après désangagement, l'heure d'été, ou les liens du
sang, qui prouve aussi que le cinéma français malgré ce qui est écrit ici ou là est dynamique et prometteur.
A ce propos je ne comprends pas que ce film n'ait pas eu la palme. Pour le moment je suis réservé car je n'ai pas vu
les autres films. Mais un festival qui récompense un film qui sort du lot juste parce qu'il a choisi un registre, un ton, qui n'est pas dans les autres films, je trouve cela un peu juste. Le film
qui a eu la palme ne me donne absolument pas envie. J'attends de voir...
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