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Julien Baete

julien-baete.jpgBientôt ici des pages consacrées à Julien Baete, artiste.

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Djamel Tatah

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 











Francis Moreeuw

Francis Moreeuw est un artiste lillois. Allez voir son site.
Ci-dessous une partie de la  série des "Saint Georges"
(1 ; 2 ; 4 ; 5). Vous voyez ici seulement la partie gauche du tableau.








































































































Images Aléatoires

Vendredi 18 juillet 2008

Je ne vois pas comment exprimer mon ressenti. J'éprouve comme un malaise. Le monde dans lequel je vis me parraît... médiocre. Nous sommes peut-être dans l'ère post-historique, nous ne nous surprenons plus à rêver, à présent nous savons, parfois même nous avons vu. Nous savons qu'il n'y pas de lendemain heureux et que la planète est entrée sans aucun doute dans une ère de survie, de vieillesse. Il est jusqu'à notre président, au style du mec qui a un truc à vous vendre, qui me rend nostalgique de jours plus glorieux.

Dans ce marasme ambiant je vous conseille deux merveilleuses éditions propres à contrecarrer la bêtise majoritaire suitant de touts les canaux médiatiques (dans La Revue internationale des livres et des idées n°6 -juillet et août) :

- Il y a tout d'abord
les cours de Gilles Deleuze disponibles sur ce site, ou comment résister par l'intelligence ou avec Spinoza.

- Il y a ensuite les cours de Roland Barthes, auxquels je souscris plus facilement, ou comment résister par la nuance. Barthes met au coeur de sa réflexion la dénonciation de toutes les alternatives binaires (molaires) dans lesquelles nous enferment les discours politiques et médiatiques. Il fait de la sensibilité littéraire un domaine de résistance à l'arrogance des médias, des gestionnaires, des idéologues et des mercaticiens - une résistance qui passe par une culture active de la nuance.

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Jeudi 17 juillet 2008
Voici typiquement le style de livre qui est susceptible de me plaire. Rasmig Keucheyan en parle dans la revue Critique de cet été. Il souligne dans cet article la modernité  et la radicalité des idées politiques des pirates :

1- les capitaines sont élus.
2- les butins sont partagés équitablement.
3- les taches sur le navire sont réparties équitablement.
4- les esclaves sont libérés.
5- il y a une fraternité interpiraterie.
6- mépris pour le nationalisme. Une coutume qui veut qu'au moment d'un procès le pirate ne se souvienne plus de sa nationalité.

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Samedi 12 juillet 2008
Quand j'étais gamin j'étais un fan d'Albator, et c'est peu dire. Je ne manquais aucun épisode et j'ai fini par connaître par coeur toute sa légende construisant dans ma tête une biographie complète, son enfance et sa descendance...

On pourrait s'amuser à élaborer une sémiologie du personnage. De quoi Albator est-il le signe ? Cela a dû déjà être fait. C'est sans doute ce que tente de faire la revue
Critique n° 733-734 en étudiant le  rôle social et politique du pirate à travers les époques.

Le pirate est celui qui naviguait à travers les mers, là où l'autorité n'existait pas, dans de vastes étendues, pour exercer sa propre autorité, pour piller, et parfois en se faisant passer pour le sauveur de l'humanité. Au plus l'espace de liberté est grand au plus il y a de pirates. Le pirate a besoin  de liberté c'est pour cela qu'on ne le croise pas dans les régimes autoritaires. Le lien entre le vaste océan et la toile internet est vite fait. Qui sont ces pirates qui sont contre le système tout en vivant pleinement ? Est-ce une nouvelle forme de contestation : ne pas aller contre mais aller autrement ?
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Samedi 12 juillet 2008
Je poursuis mon voyage à travers les revues cherchant celle qui me conviendrait le mieux et qui accompagnerait le plus agréablement et plus profitablement mes longues soirées de solitude. Après la Revue internationale des livres et des idées et la revue Poétique je prends le temps de découvrir Critique, Revue générale des publications françaises et étrangères.

Ce qui m'a attiré, en-dehors du fait qu'il s'agit d'une publication des éditions de minuit, c'est la lecture du comité d'honneur :
- Maurice Blanchot,
- Yves Bonnefoy,
- Michel Deguy,
- Jacques Derrida,
- Michel Serres
- Jean Starobinski.
Les anciens directeurs sont George Bataille et Jean Piel, rien que ça. Et parmi le conseil de rédaction il faut compter Marc Augé et Antoine Compagnon.

Le format de la revue est très agréable. Pour moi, ça compte beaucoup. Ce n'est pas la même chose d'avoir en main un objet agréable à tenir, pratique et qu'on a envie de retrouver sans cesse. La papier est celui des éditions de minuit, blanc mais pas vraiment. La revue Commentaire n'est par exemple pas agréable à lire car les articles sont sur deux colonnes. C'est juste une histoire de goût, je sais...

Dans le fond, je ne possède pas encore suffisamment de recul. Pour le moment je trouve les articles très intéressants et toujours en lien avec les problématiques contemporaines. Il y a le souci de suivre l'actualité tout en prenant la distance indispensable. L'écriture a souvent l'avantage d'être didactique et polémique. Je sors toujours d'une lecture avec l'impression d'avoir appris quelque chose et surtout avec ce sentiment très fort de posséder des outils méthodoliques affinés pour appréhender notre monde.
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Mercredi 2 juillet 2008

Contraint d'être Lillois le deuxième été de suite je me console et m'évade dans les livres. Et si je ne peux partir en vacances je peux au moins m'interroger sur celles-ci comme le moine sur la luxure. Je me suis souvenu, au fil de mes pérégrinations littéraires, avoir lu un article de Roland Barthes au sujet des vacances de l'écrivain dans les Mythologies ; c'est à la page 695 du premier volume des récentes oeuvres complètes éditées au Seuil. L'écrivain a-t-il des vacances lui qui à tout moment fait naître de tout son être une oeuvre ? L'écrivain en vacances ne risque-t-il pas de faire de l'écriture un travail comme un autre ?

Roland Barthes commence par rappeler que le concept de vacances est un fait social récent, d'abord scolaire puis prolétarien. Dans les années cinquante la mode journalistique était à la représentation des écrivains en vacances. Cela rassure le bourgeois (que nous sommes presque tous) de voir l'écrivain "soumis au statut général du travailleur contemporain", "ils marchent avec leur temps".

En réalité "la prolétarisation de l'écrivain est accordée avec parcimonie". L'écrivain au bord de la plage est souvent représenté avec un livre ou avec un autre écrivain. Il est un faux travailleur donc il est un faux vacancier. L'écrivain est toujours en situation de production. Il sécrète involontairement. Cette sécrétion est tabou car elle échappe aux déterminismes humains. L'écrivain garde partout sa nature d'écrivain : "on est écrivain comme Louis XIV était roi, même sur la chaise percée."

"Ainsi la fonction de l'homme de lettres est un peu aux travaux humains ce que l'ambroisie est au pain : une substance miraculeuse éternelle, qui condescend à la forme sociale pour se faire mieux saisir dans sa prestigieuse différence." Autrement dit de l'écrivain en vacances née la mythologie d'un surhomme.

Le journalisme qui s'emploie à donner de l'écrivain "un spectacle prosaïque" ne participe pas d'un "effort de démystification", bien au contraire il fait de l'écrivain une vedette qui même au repos produit des oeuvres éternelles.

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Lundi 30 juin 2008
Sommes nous la dernière génération à lire un livre à l'aide de cet outil que nous appelons... livre ? Avec l'émergence du tout numérique assistons-nous à une révolution de l'édition ? Oui. Il y a une révolution dans l'air... L'article très instructif de Pierre Assouline daté du 29 juin en témoigne.

J'ai personnellement du mal à imaginer que l'ére du livre se trouve derrière nous. Il ne s'agit bien sûr pas de la disparition du récit, du roman, du recueil de poésie, mais il faut bien admettre que la transition entre le livre que l'on tient dans la main et le livre numérique que l'on tiendra aussi dans la main mais qui disparaîtra de notre maison une fois que nous l'aurons lu, n'est pas sans susciter des interrogations, des craintes, voire des peurs.

J'ai l'intuition que le livre ne disparaîtra pas. C'est un outil qui a fait ses preuves. Certes de nombreux ouvrages de l'antiquité ont disparu, mais n'est-ce pas justement par ce qu'ils n'étaient pas édité en grand nombre ? Le numérique supposera qu'il y a un livre source qui sera diffusé sans exister par ailleurs. Cela signifie que la chance qu'il disparaisse est plus importante si la source rencontrait un accident. Le livre numérique est un ersatz. Peut-on supposer qu'il rencontrera un public plus large car il sera plus facilement diffusé ? Je n'y crois pas un seul instant. On ne s'attache pas à du virtuel.

De plus il s'agirait de renoncer à l'aspect pitoresque des rayons. En détenir deviendra un luxe. Le luxe de pouvoir regarder, humer, contempler des mètres d'histoires, de portraits qui fondent notre existence et deviennent une part de nous-mêmes. Ecrire avec un crayon et lire un livre sont aujourd'hui devenus des plaisirs. Je ne dis pas qu'il faut s'éclairer à la bougie, je m'interroge simplement sur ce que le futur nous réserve, ce sur quoi il faut réfléchir pour qu'un nouveau problème ne nous saute pas à la figure.
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Vendredi 27 juin 2008
J'ai été très touché par la lecture de ce livre. Je me suis régalé de chacune des pages. On reconnaît un grand écrivain à sa capacité d'écrire une langue. La langue  dans De si jolis chevaux est celle des road movies américains. Rien que les mots, leur syntaxe, nous emportent à l'ouest. Quand je lis une phrase de Cormac McCarthy je suis immédiatement dans le sable du désert, dans un ranch, à cheval, j'entends le vent entre les arbres.

Deux adolescents décident de quitter les leurs. Ils traversent le Texas et le Mexique à cheval. Le récit est très violent, très près de la réalité de nos vies quand nous sommes face à nous mêmes le soir. Avec John Grady Cole et Lacey Rawlings nous descendons aux enfers.


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Samedi 14 juin 2008
Si vous avez une heure devant vous je vous conseille ce roman. J'ai adhéré complètement. Nous sommmes dans le cerveau d'un homme, et parfois ça fait du bien de quitter le sien. Ce cerveau là a une amie qu'il fait passer pour sa soeur. Cette soeur a une mission : se marier à un rîche commissaire priseur et le dépouiller. Tout ne se passe pas comme prévu.

SI j'étais mauvaise langue je dirais, pour définir le style de Tanguy Viel, qu'il est un auteur des "éditions de minuits". Effectivement il y a un rythme, un ton et sans doute un univers propre à la maison. Au-delà j'ai été touché par l'élégance d'une écriture qui nous enmène dans un inconscient qui remonte à la surface ; ça pourrait être donc un simple monologue intérieur mais Tanguy Viel a le don de dire des choses de la réalité que j'observe chaque jour et que je n'entends jamais être dites.
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Vendredi 13 juin 2008

Quand vous faîtes face à une crise existentielle, que faire ? La narrateur de Thérapie, Lawrence Passmore a peut-être la solution.

Voici la liste des tentatives thérapeutiques pour aller mieux dans la vie :

1. Voir un psy.
2. Voir un deuxième psy.
3. Se faire opérer le genou ou tout autre endroit où vous ressentez une douleur.
4. Faire du sport.
5 Perdre du poids.
6. Se confier à un ami.
7. Se confier à une maîtresse ou à un amant, selon.
8. Faire un pèlerinage sur un lieu de l'enfance.
9 Faire un pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle.
10. Faire une croisière avec sa maîtresse ou son amant, selon.
11. Voir Son médecin.
12.  Écrire un livre.
13. Lire un livre
14. Tuer l'amant ou la maîtresse de son conjoint.
15. Choisir un bon avocat pour aténuer les effets de la solution n°14.
16. Accueillir chez soi un SDF.

La solution réside probablement dans un savant mélange de tous ces ingrédients.

Dans tous les cas on s'amuse beaucoup dans ce roman où la consistance d'une vie se construit page après page, péripétie après péripétie, lieu après lieu.  C'est probablement un des meilleurs romans de Lodge, même si à un moment le changement de narrateur tient plus du procédé qu'il n'ajoute un intérêt au récit.

Voici quelques extraits :

N'importe comment Londres est un égout. Si l'on est obligé d'y avoir un domicile, mieux vaut qu'il soit perché au sommet illuminé de la décharge, plutôt que d'avoir à se frayer un chemin chaque matin et chaque soir à travers les strates de vieille merde solidifiée. Je parle en connaisseur : j'ai été banlieusard autrefois.

"Ce n'est qu'en écrivant que je me sens bien. J'oublie alors toutes les vexations de la vie, toutes les souffrances, je me plonge dans la pensée et je suis heureux." Journal de Kierkegaard, 1847

Je veux savoir qu'elle me pardonne de l'avoir trahie autrefois devant les autres interprètes de la Nativité. Un acte insignifiant en soi, mais aux conséquences incommensurables. On pourrait dire qu'il a déterminé le cours de ma vie. Qu'il est à la source de mes angoisses d'âge mûr. J'ai fait un choix sans savoir que c'était un choix. Ou plutôt (ce qui est pire), j'ai fait comme si notre rupture était le choix de Mauren et non le mien. Il me semble à présent que je ne me suis jamais remis des effets de cette mauvaise fois. Cela explique pourquoi je suis incapable de prendre une décision sans la regretter aussitôt.
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Lundi 26 mai 2008

Je me souviens d'un matin d'hiver entre Noël et nouvel an, je m'étais installé au coin du feu, un livre entre les mains. Je me souviens m'être réveillé trois jours plus tard au terme d'un long rêve. Je venais de lire la Trilogie new-yorkaise de Paul Auster.

Ce livre, ou plutôt ces livres, car chacun peut se lire pour lui, sont une bonne introduction aux romans de Paul Auster. Le talent est probablement dans la narration et dans cette capacité à vous tenir éveillé. Ce n'est pas seulement dans le vocabulaire, dans l'histoire, les descriptions, le style, c'est surotut dans la construction globale. Paul Auster vous amène dans un lieu, vers une évidence et vous ne l'aviez pas vu. Le genre est à la fois  policier, fantastique, intimiste, tout cela donne une identité propre à ses romans. Les personnages se croisent, se perdent, se reconnaissent, les doubles se dédoublent, il y a des moments où l'on perd pied, et pourtant l'édifice est une toile imperturbable.

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Lundi 26 mai 2008

C'est avec Changement de décor que j'ai découvert David Lodge. Aujourd'hui quand j'ai envi de me détendre ou de sourire je me plonge dans un Lodge. Cela marche à tous les coups.

Dans les romans de Lodge il y a souvent une idée de départ à partir de laquelle le narrateur image un tas de boulversements, d'imbrications, de conséquences. Ici deux universitaires échangent leur poste. L'un est anglais, l'autre est américain. L'un est fashion, l'autre a une vie exigüe. De cette simple opposition naît une série de péripéties plus amusantes et plus fines les unes que les autres. David Lodge est un observateur exigeant de nos pratiques. Rien n'est oublié. Une histoire devient une série d'histoires et chacune d'entre elles permet d'observer les autres sous un angle à chaque fois nouveau. Autrement dit le roman se métamorphose sans cesse au fil des événements.

La métamorphose n'est pas seulement thématique. L'écriture aussi évolue. David Lodge est un théoricien du roman qui n'oublie jamais de mettre en pratique ses recherches narratologiques. Ainsi l'écriture se cherche, nous passons du récit, au dialogue de théâtre en passant par l'échange épistolaire. Tout cela empèche l'ennuie, crée la surprise, suscite l'intérêt.

Au bout du compte, le premier opus d'une série qui donnera Un tout petit monde et Jeu de société, observe comment un changement de décor entraîne des conséquences plutôt inattendues sur nos vies. C'est de dernier intérêt de ce roman. Il est éthique. Mais je ne vais pas ici vous exposer les conséquences d'un changement de vie. Je vous invite plutôt à lire ces pages.

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Dimanche 25 mai 2008
Comme souvent quand je me dirige vers un roman, j'en ai un peu honte, c'est la couverture qui m'attire. J'aime les bars, leur ambiance, les couleurs anciennes et lâches à force d'être frottées, les artefacts du luxe, les odeurs... 

Avant de me mettre à lire, j'avais l'heureux alibi dans un coin de ma tête de découvrir Annie Ernaux. Je n'ai pas été déçu. Selon Annie Ernaux c'est la réalité, sa quête, le fait de la vivre, qui crée la forme. La quête de la forme passe par la réalité. C'est exactement ce que j'ai ressenti. A l'intérieur de chaque phrase j'avais la certitude d'être dans le monde de la narratrice. Ce monde, cette réalité est touchante. Annie Ernaux  raconte son père : 

Pour manger, il ne se servait que de son Opinel. Il coupait le pain en petits cubes, déposés près de son assiette pour y piquer des bouts de fromage, de charcuterie, et saucer. Me voir laisser de la nourriture dans mon assiette lui faisait deuil. (p. 68).
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Lundi 12 mai 2008

Après avoir tiré un constat plutôt alarmant sur de la futilité des formalismes littéraires théorisés au vingtième siècle, la deuxième partie de l'article d'Yves Citton tente de rétablir un équilibre en énonçant les avantages pour notre temps d'entretenir une culture littéraire. Il y développe le concept d'une société littérarisée.

Les études littéraires offrent des outils précieux
pour déjouer les illusions dans lesquelles nous baigne l'idéologie économiste et productiviste régnante, pour nous faire comprendre l'économie des affects sur laquelle reposent nos sociétés contrôlés.

Qu'est-ce donc qu'une société littérarisée (néologisme peu à mon goût) ? Les études de lettres offrent l'avantage de former des citoyens qui ont une certaine attitude herméneutique faite d'exploration patiente, attentive, amoureuse, interventionniste, reconfigurante des messages qui circulent entre nous et en nous. Pour le dire plus simplement, pouvoir décripter un texte c'est être capable d'évaluer les nuances d'une communication rapide et écrasante. Cela est possible car pour reprendre les mots de Bouveresse c'est, pour une part esentielle, la forme elle-même qui fonctionne ici comme un mode d'accès à la connaissance. On peut légitimement se demander en quoi "la forme" d'un texte peut constituer "un mode d'accès" à la connaissance ? Pour répondre à cette question allez jeter un coup d'oeil dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage de Tzvetan Todorov. Vous y trouverez un certain nombre de notions précieuses qui sont autant de clefs pour appréhender les formes, les textes, et par conséquent notre monde :
la connotation, la figuralité discursive, la syntaxe négative, la redescription, l'affabulation...

Tout cela est bien abstrait, dans "A quoi servent les études littéraires ? (3) je reviendrai sur cette idée à partir d'un exemple très parlant.

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Samedi 10 mai 2008

Dans le dernier numéro de  La Revue Internationale des livres et des idées Yves Citton s'interroge sur l'utilité des études littéraires. Je vous propose ici un résumé de son article.

Yves Citton part du constat que le structuralisme n'est plus à la mode. Durant les années soixante et soixante-dix les anti-intellectuels se moquaient des narratologues, sémioticiens ou autres poéticiens. Aujourd'hui les sarcasmes ne sont plus nécessaires. Plus aucun chercheur ne fait appel au structuralisme. Les psychologues, par exemple, ne s'intéressent plus à explorer la logique du signifiant mais ils cherchent plutôt à défendre la famille hétérosexuelle.
A quoi sert le structuralisme ? A laisser des fumistes prétendre à une scientificité de pur apparat.

Jacques Bouveresse du Collège de France et Tzvetan Todorov tirent la sonette d'alarme. Le philosophe Jacques Bouveresse, dans La Connaissance de l'écrivain, tente de réconcilier texte littéraire et vie. La littérature étouffe sous la critique savante, et on oublie que son premier objet est de nous aider à résoudre nos problèmes de vie. Ce qui est devenu important au cours des décénies précédentes est le laboratoire du texte plus que le texte lui-même.

Tzvetan Todorov, penseur historique du structuralisme, dit la même chose dans son dernier ouvrage, La Littérature en péril. Le but de la littérature a été de "nous faire

connaître les outils dont elles se servent" plutôt que de nous faire "réfléchir sur la condition humaine". Les études universitaires ont connu un mouvement de balancier qui n'a jamais connu sont point d'équilibre. Après le tout historique, idéologique, esthétique (causes externes), on est passé au tout formaliste (causes internes). Nous sommes passés d'un excès à l'autre, ce qui explique le désintérêt croissant pour ces études où les généralisations abusives sont présentées comme des postulats sacrés.

Le textualisme, terme dont se sert Jacques Bouveresse pour décrire cette tendance à s'arrêter au fonctionnement interne du texte (poétique, sémiotique, formalisme, narratologie...) est accusé d'avoir trois défauts. Tout d'abord les universitaires oublient que le texte parle de la vie, de ses questions, de ses dilemmes, autrement dit ils ont des contenus. Il n'y a pas que la forme langagière qui porte à interprétation. Le deuxième défaut est le fils indigne du structuralisme : la déconstruction qui conduit à douter des valeurs mêmes qui soutiennent l'oeuvre. Enfin, le troisième défaut est le solipsisme : puisque l'oeuvre, pour les formalistes, est autosuffisante, qu'elle n'a pas de contact avec le monde extérieur, par conséquent l'oeuvre "est en soi-même le seul être existant".

 

Jacques Bouveresse et Tzvetan Todorov dépeignent un textualisme impérialiste et arrogant  reférmé sur l'autosuffisance des jeux formels et avide de nihiliser les discours des disciplines voisines.

Yves Citton regrette que ces deux livres puisent leurs exemples dans une littérature historiquement précise (1850-1950) et exclusivement dans le roman. Malgré cela il salue l'entreprise de dénonciation d'un enseignement insuffisant. Dans la suite de son article il relève les arguments qui démontrent l'urgence de prendre le temps d'une socialité littéraire (cf. "A quoi servent les études littéraires ? (2))
 

 

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Vendredi 4 avril 2008

Ecrire signifie que l'on s'interroge sur la raison qui nous pousse à vivre. C'est  comme le dit si bien le poéticien Burgos, [une]  réponse cherchée dans l'espace aux angoisses de l'homme devant la temporalité. Isabelle Serça, dans l'admirable revue Poétique (n°153), questionne l'écriture proustienne et sa relation au temps. Il s'agit de démontrer qu'il y a un lien intime entre le style et notre rapport à la vie, au temps.



Le rythme est le facteur commun à tous les arts. Selon Platon le rythme est l'ordonnance du mouvement. Il y a toujours du rythme dans une oeuvre.  Isabelle Serça commence par interroger la ponctuation dans La Recherche, à commencer par le point. La ponctuation a cet orginalité d'être à la croisée entre l'espace et le temps. punctum signifie d'abord piqûre avant de vouloir dire "moment précis". Le point donne une  forme au temps. Chez Proust le point a toujours du mal à arriver. Excusez-moi de formuler ces idées aussi prosaïquement. C'est ainsi, tout est fait dans la phrase proustienne pour que le point soit reculé. Voici un exemple parmi des milliers :

Et après avoir repris quelque force, je revenais vers l'hôtel, vers l'hôtel où je savais qu'il étais désormais impossible que, si longtemps dussé-je attendre, je retrouvasse ma grand-mère, ma grand-mère que j'avais retrouvée autrefois, le premier soir d'arrivée. (Sodome et Gomorrhe, t. III, p. 169)

La phrase se développe par multiplication, ou par efflorescence ou mieux encore par germination. Julien Gracq dirait "bourgeonnement intime".

Il suffit de voir comment Proust utilise les parenthèses, innombrables. Elles sont des intercalages qui permettent de s'engouffrer encore plus dans d'autres mondes toujours indispensables.

Je reprends ici les formulations d'Isabelle Serça :

L'écriture proustienne est ainsi une écriture sur le fil. Le cadre de la phrase étiré jusqu'à la rupture est dans le même temps écartelé par ces intercalages, qui mettent à ma sa linéarité. [...] La phrase ne se clôt pas, et le funamblule -ou le lecteur- ne retombe pas sur ses pieds : il flotte en l'air, soutenu par des ballons, les parenthèses.

La stylisticienne dit aussi que les parenthèses sont maternelles. Elles enveloppent le temps, les périodes (terme de rhétorique qui signifie une étendue précise de mots) comme les bras d'une mère qui entoure son enfant : la parenthèse cocon en relation avec la figure de l'écrivain asthmatique calfleutré dans son appartement.

la parenthèse échappe aux lois de la phrase qui l'accueille. Elle confère à l'habitant qui l'occupe "l'immunité diplomatique" propre à cet espace inviolable.

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Mardi 25 mars 2008


apprendre---finir.jpg

Ce n'est pas que je n'ai pas aimé, je n'ai juste pas été conquis par l'écriture. Une fois lu l'incipit on a l'impression d'avoir lu tout le roman. C'est sans cesse les mêmes phrases qui reviendront, le même ton. Même si le sujet est intéressant (une femme vit le retour d'hôpital de son mari alors même que leur couple est en difficulté) et même si le livre est court, je me suis vite ennuyé.

Pour vous donner une idée parmi les phrases que j'ai aimées  :

Cette bouche morte aux sourires comme s'il ne connaissait plus ça dans sa région de vie. p. 16

J'avais cette boulimie qu'on a, à vouloir tout donner parce qu'on se dit que ce ne sera jamais assez à côté de ce qu'on a reçu.   p. 37

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Samedi 22 mars 2008

pierre-guyotat.jpg

C'est avec encore une grande émotion que j'écris ces lignes. Je sors de Formation et il ne fait aucun doute pour moi qu'il s'agit là d'un grand livre. Je ne connaissais rien de l'auteur avant d'ouvrir le livre. Tout de suite je suis entré dans cette écriture très moderne et très maîtrisé. J'entends des voix dire Guyotat difficile, hermétique. C'est tout le contraire, sa langue est de notre temps et lui parle. Il y a beaucoup de lyrisme dans la syntaxe de l'auteur.

pierre-guyotat-2.jpgComme il se libère pour quelques heures de ses patients, comme la France se libère, comme le grand fleuve, alors tumultueux, apparaît déjà, au fond de la gorge, jaune et bleu, comme je respier à ses côtés, il chante. p35

L'imperfection est le gage de la survie de l'homme divin. Comme il faut que dans la pensée et dans son exécution il y ait du jeu pour éviter la terreur de la radicalité.
Le drame simultané des réfugiés, des "personnes déplacées", l'obsède, la progression soviétique le crée et le nourrit, comprend alors le malheur du peuple juif, comme deux ans auparavant le retour des déportés comprend et recouvre l'Extermination. p67.

La guerre , l'occupation nous font une tête grosse et des petites jambes maigres. p 117.

Les phrases de Guyotat ont quelque chose d'étrange, le superflus est banni, les mots parlent directement, vont directement de la page au lecteur. Il n'y a aucun cliché dans ce récit d'enfance française. Aucun.

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Mardi 18 mars 2008

pascal-collin.jpg

"C'est l'admirable bêtise du monde. Quand la santé de notre destin se dégrade, à cause le plus souvent de nos propres excès, nous déclarons le soleil, la lune et les étoiles coupables de nos désastres, comme si nous étions salauds par prédestination, crétins par contrainte céleste, voyous, voleurs et traîtres par ascendance zodiacale, alcooliques, menteurs et adultères par obéissance forcée aux influences planétaires, et globalement portés au mal par l'arbitraire divin. Un merveilleux alibi pour ce docteur ès putes qu'est l'homme, de mettre ses dispositions de bouc en rut sur le dos des étoiles. Mon père s'est accouplé avec ma mère sous la queue du Dragon et ma naissance s'est accomplie sous la Grande Ourse, d'où il s'ensuit que je suis une bête brute et obsédé. Putain ! J'aurais été ce que je suis même si la plus plur étoile de la constellation de la Vierge avait scintillé sur la genèse de ma bâtardise." Ac I, scène 2

Voilà ce que dit Edmond, le fils à la source de toutes les catastrophes. Et voici ce que le Fou dit au roi :

"Celui qui a une maison pour y caser sa tête n'a pas une case en moins.
Celui qui veut loger sa bite
Sans savoir où sa tête habite
Aura les morpions et les poux
Comme un mendiant sera l'époux
D'un harem de saloperies
Des bordels et des porcheries
Celui qui fait pour ses doigts de pied
Ce qu'il devrait faire pour son coeur
Sera par les cors estropié
Et comptera la nuit les heures.
Car on n'a jamais vue de belle femme qui ne se trémousse devant son miroir." Ac III, scène 2.

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Vendredi 14 mars 2008

undefined
J'ai créé une page avec mes citations préférées. Cela représente une certaine gymnastique de l'esprit de lire une série de citations. Les citations sont parfois ce qu'il y a de mieux dans la littérature, des bijoux, et les lire en abondance représente une expérience agréable. Il faut juste ne pas en abuser.
  Il est certain que si par bonheur je devais m'échouer sur une île déserte, j'emporterais avec moi la bibliothèque nationale de France.

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Lundi 10 mars 2008

J'ai commencé à me procurer la collection des oeuvres complètes de Barthes aux éditions du Seuil. Le livre est magnifique : format et volume agréables dans la main, papier bible très soigné et délicat, caractères lisibles. Une véritable invitation à la lecture. 
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Il y a au début de l'ouvrage les citations préférées de Roland Barthes. C'est exercice est un cheminement délicieux. On les traverse comme on visiterait une ville, en contemplant leur diversité et en imaginant l'univers qu'il y a derrière chacune d'elles. Les citations ont l'avantage d'être souvent des perles grainées sur des chemins très divers et ces perles là ont été choisi par Barthes. Sur le plan formel elles sont souvent proche de la perfection.

"Il faut que chacun ait son tour, et j'enrage de voir des pères qui vivent autant que leur fils..." Molière

"Ceux qui sont nés éloquent parlent quelquefois avec tant de clarté et de briéveté des grandes choses que la plupart des hommes n'imaginent point qu'ils en parlent avec profondeur."  Vauvenargues

"La nuit s'avançait. J'aperçus le ciel, quelques étoiles, et un peu de verdure. Cette première sensation fut un moment délicieux. Je ne me sentais encore que par là. Je naissais dans cet instant à la vie, et il me semblait que je remplissais de ma légère existence tous les objets que j'apercevais..." Rousseau