Il serait intéressant de mener une petite étude sur la fonction des descritptions dans le récit de Jonathan Littel. Je pense en particulier aux descriptions de paysages. Les autres descriptions, ruines, bâtiments, camps, portraits, prennent place dans le récit de manière attendue. Les paysages, eux, ne s'intègrent pas au récit. Ils seraient plutôt des articulations entre les différentes parties. Des espèces de souffles entre les paragraphes, des respirations, des fenêtres ouvertes, certes parfois glaciales, mais qui donnent lumière et respiration, pour donner au lecteur la force de cheminer de Mauthesen à Auschwitz, de Budapest à Berlin. Il y est presque à chaque fois question de campagne, de fôrets, de météo, de soleil :
Toute la région reposait sous la neige, une couche épaisse, souvent saupoudrée de la suie des mines et des cheminées d'usines, une sale dentelle grise. Dans le camp elle était presque noire, tassée par les pas de milliers de détenus, et mêlée à une boue figée par le gel. p. 771.
J'aime dans cet extrait l'expression :
la région reposait sous la neige, car évidemment on pense tout de suite aux corps laissés à l'abandon qui gisent et qui "reposent" sous la neige dans les camps, en cet hiver 1944. Peut-on imaginer que la région se reposait ? Pourtant, oui, parfois Auschwitz se reposait.
J'aime aussi l'oxymore
boue figée. Puis cette utilisation des couleurs. Les descriptions dans
Les Bienveillantes ne sont jamais compliquées, ni très recherchées. Elles ressemblent souvent à des images d'épinal : "le soleil se levait sur la pleine endormie". Elles permettent au lecteur de reposer son cerveau et ses sens, de manière souvent inattendue, afin que le repos soit encore meilleur. Si ça ce n'est pas glauque. Et quand je dis glauque je pense à la couleur vert
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