Et illimité, sans borne,
Sans dimension ; où longueur, largeur, hauteur,
Temps et espace sont perdus, où la vieille Nuit
Et le chaos, ancêtres de la nature, maintiennent
Une éternelle anarchie, parmi le bruit
De guerres éternelles, et se soutiennent par la confusion.
Paradis perdu, Milton
Chaque jour je comprends un peu mieux pourquoi Le Roi Lear m'a tant touché. Il y a quelque chose dans cette oeuvre d'infiniment moderne. Les pères sont des enfants, les enfatns sont des rois, l'univers est déstructuré, le roi invoque le chaos. Shakespeare interroge la création et se demande ce qu'il se passe si un grain de sable s'insinnue dans les relations humaines si hiérarchisées. C'est l'abîme, c'est le silence, c'est la catastrophe, et au bout c'est la rencontre de soi. Cette rencontre est douloureuse, la fin de tout, une impossibilité. La réponse est pessimiste, probable. Il est impossible d'être indifférent à la détresse du roi Lear. Il nous interroge. Il interroge chacun de nos actes. Que se passe-t-il si nous sortons du jeu ? Ne serions-nous pas des déplacés dans la nature, sans foyer dans le monde, tels des hôtes importuns (Grammaires de la création, G Steiner, p. 55, à propos du Roi Lear).







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