Stéphane Mallarmé est le poète de la
verticalité. Les mots ne sont pas choisis parce qu'ils ont un lien entre eux, parce qu'ils entretiennent une familliarité, un bon voisinage, une camaraderie de longue date. Les mots sont là car
ils l'ont toujours été. Les mots ne trahissent pas, ils sont solides. Les mots sont là pour ce qu'ils sont. Chaque mot est là entier, total, il n'est pas contaminé par son voisin. Les mots sont
là purs, intransigeants.

J'ai surligné les assemblages qui me touchaient. Je suis blasphémateur.
Tristesse d'été
Le soleil, sur la table, ô lutteuse endormie,
En l’or de tes cheveux chauffe un bain langoureux,
Et, consumant l’encens sur ta joue ennemie,
Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux.
De ce blanc Flamboiement l’immuable accalmie,
T’a fait dire, attristée, ô mes baisers peureux,
« Nous ne serons jamais une seule momie,
Sous l’antique désert et les palmiers heureux ! »
Mais ta chevelure est une rivière tiède,
Où noyer sans frissons l’âme qui nous obsède,
Et trouver ce Néant que tu ne connais pas.
Je goûterai le fard pleuré par tes paupières,
Pour voir s’il sait donner au cœur que tu frappas,
L’insensibilité de l’azur et des pierres.
Hier soir un ami m'a dit cette phrase très belle : "à moi qui suis daltonien, Mallarmé m'a fait découvrir les
couleurs."







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