Voici un film que j'ai déjà hâte de revoir : There Will be blood. Daniel Day-Lewis signe ici (et ailleurs) une performance
d'acteur ; la musique est ce que l'on a fait de mieux ces dernires temps ; des décors grandioses, secs ; une mise en scène impressionnante et surtour une économie narrative admirable.
Et tout cela fait que nous sommes éblouis par la lumière, assourdis par un son insupportable, abandonnés dans un désert ouvert.
On ne sort pas indème de ce film au même titre que l'on ne sort jamais indème d'une oeuvre d'art (j'aime beaucoup cette formulation que j'ai entendue de la bouche même de George Steiner : "si
après avoir lu le Procès de Kafka vous pouvez vous regarder dans un miroir, vous êtes peut-être un lettré, mais vous êtes un analphabète"). Daniel a du pétrole qui coule dans ses
veines, il est sec comme le désert, il a une seule obsession : gagner de l'argent. Pourquoi ? Parce qu'il a peur. Parce qu'il ne peut pas se confronter à l'autre. L'argent le protège de
l'inconnu, le rend indépendant, libre. C'est le mythe de l'Amérique qui s'émancipe du vieux continent. Il faut à tout prix ne pas se rendre dépendant d'un autre et pour cela l'argent est le
meilleur outil. Il se moque d'être rîche ou du confort. Il ne rigole plus quand il s'agit de dépendre de quelqu'un. Il est capable de transporter des montagnes, de créer un pipeline, mais il est
incapable d'aimer. Il est complètement inapte à se tourner vers l'autre. Il y a là le mythe du libéralisme salvateur. Le profit crée des remparts qui vous protègent de l'autre. Le profit ne crée
pas de sociabilité.
il y a dans ce film une multitude de clés qui vous font entrer dans des histoires effrayantes. Je vous conseille de lire un article brillant d'Eugenio Rensi dans Les Cahiers du
Cinéma (n° 632) qui propose une grille très rîche tout en replaçant ce film dans l'histoire du cinéma américain. Je ne suis absolument pas cinéphile mais ce fil me donne des envies
d'approfondir.







Derniers Commentaires