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Julien Baete

julien-baete.jpgBientôt ici des pages consacrées à Julien Baete, artiste.

julien-baete-2.jpg

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Djamel Tatah

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 











Francis Moreeuw

Francis Moreeuw est un artiste lillois. Allez voir son site.
Ci-dessous une partie de la  série des "Saint Georges"
(1 ; 2 ; 4 ; 5). Vous voyez ici seulement la partie gauche du tableau.








































































































Images Aléatoires

Lundi 31 décembre 2007
chandelier.jpgJ'aime beaucoup les chandeliers. Pour cette nouvelle année je me suis offert un chandelier à cinq branches noir. Le soir je lis à sa lumière et surtout j'écris. J'ai des goûts bizarres.
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Samedi 29 décembre 2007
DSCN8784.JPG
L'année 2007 aura été à titre personnel une des années les plus rîches de ma vie,  même si par certains aspects elle aura été la plus difficile.

Je ne m'étendrai pas sur les difficultés que j'ai rencontrées, je dirais simplement que ces dernières m'auront permis de découvrir ce que signifie le mot "liberté". Aujourd'hui enfin j'ai l'impression d'être un homme libre, et cela est suffisant pour être heureux, même si cela est très difficile à conquérir et à reconquérir sans cesse.

Globalement je serais plutôt porté à être Cassandre. A l'image de Steiner j'ai quelques raisons d'être pessimiste. Cette année aura permis à l'université de sombrer encore un peu plus, comme s'il fallait que notre modernité l'enterre. L'université vieillit, n'a plus l'énergie pour être l'âme de notre société, le prophète, ni même la conservatrice des pensées. Je me demande qu'elle est la volonté du gouvernement à ce sujet ?

Notre terre aussi vieillit, se meurt, s'assombrit. Chaque jour des milliers de français achètent des voitures. L'homme est devenu un être poluant. Je polue donc je suis. Nous ne sommes pas une génération de créateurs mais de destructeurs, et nous avons l'air d'aimer ça. Peut-être nous croyons nous plus moraux que nos ancêtres car nous n'avons pas inventé les camps ou la bombe.

La situation politique de la planète m'inquiète au plus au point, et ce n'est pas la lecture du Monde de ce matin qui va me rassurer :"la crise au Pakistan ravive les inquiètudes dans le monde". Nous sommes prôches, à mon avis, d'un conflit mondial où le nucléaire aura sa part.

Et comme dirait Brigitte Fontaine : "c'est normal".

Il s'agit de pédaler droit dans un monde bancal, pour ne pas dire banal, car comme dirait Qohelet : "rien de novueau sous le soleil".


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Vendredi 28 décembre 2007
rousseau-dans-un-paysage.jpgIl y a parfois cette sensation qu'en écrivant à un être cher le corps réagit, s'emballe, s'effraie, se retient, repart. J'aime beaucoup cette phrase de Rousseau dans les Confessions :

Je me sens en écrivant ceci que mon pouls s'élève encore.

Nous vivons de manière intense quand nous écrivons, nous vivons comme au-dessus, en plus, comme si tout s'élevait "encore", et nous redonons comme nous pouvons en tentant de dominer parfois ces effusions.
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Jeudi 27 décembre 2007

genette.jpgAvec Gérard Genette dans Discours du récit et Nouveau discours du récit je remets en ordre mes pratiques de lecture méthodologique du roman (en général). Posséder ces outils ce n'est pas adhérer à une école, c'est ne pas passer à côté d'une rîchesse qui respecte, selon l'auteur, d'autres puits, d'autres sources. 

Ainsi je relis Proust et son rapport au temps pour relire ma propre histoire et mon propre rapport au temps, car la lecture n'est jamais stérile qui nous initie à notre vie, nous permet de lui donner un éclairage, une valeur, un sens ou un contre-sens.

Quelquefois en passant devant l'hôtel il se rappelait les jours de pluie où il enmenait jusque-là sa bonne, en pélerinage. Mais il se le rappelait sans la mélancolie qu'il pensait alors devoit goûter un jour dans le sentiment de ne plus l'aimer. Car cette mélancolie, ce qui la projetait ainsi d'avance sur son indifférence à venir, c'était son amour. Et cet amour n'était plus. Jean Santeuil, Marcel Proust.

Le temps fait ici des zig-zag entre le passé, le futur du passé, et de nouveau le passé, etc. Une espèce d'ubiquité temporelle qui mime notre bégaiement quotidien quand dans la rue nous projetons notre futur à partir des craintes présentes et quand nous nous souvenons de ces pensées craintives passées.

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Jeudi 27 décembre 2007
michaux007.jpgJe me souviens d'un cours de littérature à la fac où le professeur avait dû improviser parce qu'un élève qui devait faire un exposé était absent. Ce jour-là, notre professeur habituellement impitoyable s'était mis à lire des poèmes sans réellement les choisir. Elle prend "Nous deux encore" d'Henri Michaux et nous explique dans quelles circonstances le poète avait écrit ces lignes. Il venait d'assister impuissant au décés de sa femme dans les flammes d'un incendie et sur un lit d'hôpital. Ce cours là a été pour moi le plus impressionnant que j'ai suivi à la fac, et celui qui m'a le plus marqué. Je vous encourage de prendre le temps de la lecture. C'est Henri Michaux qui m'a permis d'entrer en poésie, et c'est sans doute ce poème.




Air du feu, tu n’as pas su jouer.
Tu as jeté sur ma maison une toile noire. Qu’est-ce que cet opaque partout ? C’est l’opaque qui a bouché mon ciel. Qu’est-ce que ce silence partout ? C’est le silence qui a fait taire mon chant.

L’espoir, il m’eût suffi d’un ruisselet. Mais tu as tout pris. Le son qui vibre m’a été retiré.
 
Tu n’as pas su jouer. Tu as attrapé les cordes. Mais tu n’as pas su jouer. Tu as tout bousillé tout de suite. Tu as cassé le violon. Tu as jeté une flamme sur la peau de soie.
Pour faire un affreux marais de sang.

Son bonheur riait dans son âme. Mais c’était tout tromperie. Ca n’a pas fait long rire.

Elle était dans un train roulant vers la mer. Elle était dans une fusée filant sur le roc. Elle s’élançait quoiqu’immobile vers le serpent de feu qui allait la consumer. Et fut là tout à coup, saisissant la confiante, tandis qu’elle peignait sa chevelure, contemplant sa félicité dans la glace.
Et lorsqu’elle vit monter cette flamme sur elle, oh…
Dans l’instant la coupe lui a été arrachée. Ses mains n’ont plus rien tenu. Elle a vu qu’on la serrait dans un coin. Elle s’est arrêtée là-dessus comme sur un énorme sujet de méditation à résoudre avant tout. Deux secondes plus tard, deux secondes trop tard, elle fuyait vers la fenêtre, appelant au secours.
Toute la flamme alors l’a entourée.

Elle se retrouve dans un lit, dont la souffrance monte jusqu’au ciel, jusqu’au ciel, sans rencontrer de dieu… dont la souffrance descend jusqu’au fond de l’enfer, jusqu’au fond de l’enfer sans rencontrer de démon.
L’hôpital dort. La brûlure éveille. Son corps, comme un parc abandonné..

Défenestrée d’elle-même, elle cherche comment rentrer. Le vide où elle godille ne répond pas à ses mouvements.
Lentement, dans la grange, son blé brûle.
Aveugle, à travers le long barrage de souffrance, un mois durant, elle remonte le fleuve de vie, nage atroce.
Patiente, dans l’innommable boursouflé elle retrace ses formes élégantes, elle tisse à nouveau la chemise de sa peau fine. La guérison est là. Demain tombe le dernier pansement. Demain…
Air du sang, tu n’as pas su jouer. Toi non plus, tu n’as pas su. Tu as jeté subitement, stupidement, ton sot petit caillot obstructeur en travers d’une nouvelle aurore.
Dans l’instant elle n’a plus trouvé de place. Il a bien fallu se tourner vers la Mort.
A peine si elle a aperçu la route. Une seconde ouvrit l’abîme. La suivante l’y précipitait.
On est resté hébété de ce côté-ci. On n’a pas eu le temps de dire au revoir. On n’a pas eu le temps d’une promesse.
Elle avait disparu du film de cette terre.
Lou
Lou
Lou, dans le rétroviseur d’un bref instant
Lou, ne me vois-tu pas ?
Lou, le destin d’être ensemble à jamais
dans quoi tu avais tellement foi
Eh bien ?
Tu ne vas pas être comme les autres qui jamais plus ne font signe, englouties dans le silence.
Non, il ne doit pas te suffire à toi d’une mort pour t’enlever ton amour.
Dans la pompe horrible
qui t’espace jusqu’à je ne sais quelle millième dilution
tu cherches encore, tu nous cherches place
Mais j’ai peur
On n’a pas pris assez de précautions
On aurait dû être plus renseigné,
Quelqu’un m’écrit que c’est toi, martyre, qui va veiller sur moi à présent.
Oh ! J’en doute.
Quand je touche ton fluide si délicat
demeuré dans ta chambre et tes objets familiers que je presse dans mes mains
ce fluide ténu qu’il fallait toujours protéger
Oh j’en doute, j’en doute et j’ai peur pour toi,
Impétueuse et fragile, offerte aux catastrophes
Cependant, je vais à des bureaux, à la recherche de certificats gaspillant des moments précieux qu’il faudrait utiliser plutôt entre nous précipitamment tandis que tu grelottes
attendant en ta merveilleuse confiance que je vienne t’aider à te tirer de là, pensant « A coup sûr, il viendra
« il a pu être empêché, mais il ne saurait tarder
« il viendra, je le connais
« il ne va pas me laisser seule
« ce n’est pas possible
« il ne vas pas laisser seule, sa pauvre Lou…
Je ne connaissais pas ma vie. Ma vie passait à travers toi. Ca devenait simple, cette grande affaire compliquée. Ca devenait simple, malgré le souci.
Ta faiblesse, j’étais raffermi lorsqu’elle s’appuyait sur moi.
Dis, est-ce qu’on ne se rencontrera vraiment plus jamais ?
Lou, je parle une langue morte, maintenant que je ne te parle plus. Tes grands efforts de liane en moi, tu vois ont abouti. Tu le vois au moins ? Il est vrai, jamais tu ne doutas, toi. Il fallait un aveugle comme moi, il lui fallait du temps, lui, il fallait ta longue maladie, ta beauté, ressurgissant de la maigreur et des fièvres, il fallait cette lumière en toi, cette foi, pour percer enfin le mur de la marotte de son autonomie.
Tard j’ai vu. Tard j’ai su. Tard, j’ai appris « ensemble » qui ne semblait pas être dans ma destinée. Mais non trop tard.
Les années ont été pour nous, pas contre nous.
Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.

J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait avec l’inconscience des possédants, j’ai perdu d’être aimé. Ma fortune a fondu en un jour.
Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps délicieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n’est plus, prend, et son absence dévoratrice me mange et m’envahit.
J’en suis à regretter les jours de ta souffrance atroce sur le lit d’hôpital, quand j’arrivais par les corridors nauséabonds, traversés de gémissements vers la momie épaisse de ton corps emmailloté et que j’entendais tout à coup émerger comme le « la » de notre alliance, ta voix, douce, musicale, contrôlée, résistant avec fierté à la laideur du désespoir, quand à ton tour tu entendais mon pas, et que tu murmurais, délivrée « Ah tu es là ».
Je posais ma main sur ton genou, par-dessus la couverture souillée et tout alors disparaissait, la puanteur, l’horrible indécence du corps traité comme une barrique ou comme un égout, par des étrangers affairés et soucieux, tout glissait en arrière, laissant nos deux fluides, à travers les pansements, se retrouver, se joindre, se mêler dans un étourdissement du cœur, au comble du malheur, au comble de la douceur.
Les infirmières, l’interne souriaient ; tes yeux pleins de foi éteignaient ceux des autres.
Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui t’animait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles.
Toujours il a des choses pour toi.
Ne me répondras-tu pas un jour ?
Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux…"
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Jeudi 27 décembre 2007
J'ai toujours devant moi sur mon bureau cette statue en photo.
claudel---paul-claudel-en-jeune-romain.jpg
 Il s'agit de Paul Claudel en jeune romain sculptée par sa soeur Camille. Cette oeuvre est aussi au musée de Beaux Arts de Tourcoing. Ce musée vaut plus que le détour, il vaut qu'on s'y arrête, qu'on y prenne son temps. Il y a là des oeuvres de qualité et disposées de manière à créer sans cesse l'intérêt et la surprise.

J'aime beaucoup ce buste. Il m'accompagne dans mes études, mes lectures, mes écritures. 

Pour ceux qui découvrent ce blog, son nom, "l'important est de s'arracher qui est dans mon ventre la parole" est un vers de Claudel dans son poème "Saint Jérôme, patron des hommes de lettres". La post position de l'antécédant de la relative après cette dernière crée une dynamique mêlée d'attente qui me plaît. Je ne suis pas du tout un spécialiste de la période claudélienne, mais si j'avais le loisir j'aimerais mener une petite étude à travers toute son oeuvre sur ses constructions phrastiques. J'ai découvert récemment le théâtre de Claudel (la lenteur est ma principale caractéristique, à 35 ans je sors à peine de la puberté) et j'ai lu des passages qui m'ont fait penser au style des poèmes ou de son écriture exégétique. Moi qui goûte peu au théâtre cela m'a encouragé à aller voir.

Je vous laisse avec un extrait d'un poème en prose tiré d'un recueil de poèmes de voyages de Baudelaire à Michaux (Michaux, autre très grand) que j'ai trouvé sur Gallica (site très intéressant).
claudel-po--me.jpg

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Mercredi 26 décembre 2007

 Quand le Baal Shem Tov avait une tâche difficile à accomplir, il se rendait à un certain endroit dans la forêt, allumait un feu et se plongeait dans une prière silencieuse ; et ce qu’il avait à accomplir se réalisait. Quand, une génération plus tard, le Maggid de Meseritz se trouva confronté à la même tâche, il se rendit à ce même endroit dans la forêt et dit : « Nous ne savons plus allumer le feu, mais nous savons encore dire la prière » ; et ce qu’il avait à accomplir se réalisa. Une génération plus tard, Rabbi Moshe Leib de Sassov eut à accomplir la même tâche. Lui aussi alla dans la forêt et dit : « Nous ne savons plus allumer le feu, nous ne connaissons plus les mystères de la prière, mais nous connaissons encore l’endroit précis dans la forêt où cela se passait, et cela doit suffire » ; et ce fut suffisant. Mais quand une autre génération fut passée et que Rabbi Israël de Rishin dut faire face à la même tâche, il resta dans sa maison, assis sur son fauteuil, et dit : « Nous ne savons plus allumer le feu, nous ne savons plus dire les prières, nous ne connaissons même plus l’endroit dans la forêt, mais nous savons encore raconter l’histoire » ; et l’histoire qu’il raconta eut le même effet que les pratiques de ses prédécesseurs. 

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Mardi 25 décembre 2007
J'ai déjà dit ici combien regarder des chevaux me reposait. Voici quelques photos d'une épreuve coupe du monde :
warum-nitch.jpgVoici Warum Nitch avec la meilleure cavalière du monde : Isabell Werth. Très jolie photo.

capelman.jpgIsabell Werth et Nadine Capellmann probablement pour un pas de deux d'anthologie. Deux petites dames sur deux grands chevaux pour de la magie par définition éphémère.
cheval-dans-la-rue.jpgLa grâce, le silence, les instants les plus précieux de la vie.
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Mardi 25 décembre 2007

Dans mon quartier, les citéwebs sont ouvertes le jour de noël , ça me donne l'occasion de partager quelques réflexions matinales.

J'ai passé une matinée délicieuse, dans la poésie, dans l'écriture et la lecture, à la rencontre des plus belles choses de la nature. Il y a ce poème de Jaccottet que j'aime beaucoup, c'est l'incipit de  A la lumière d'hiver  :

Autrefois,
moi l'effrayé, l'ignorant, vivant à peine,
me couvrant d'images les yeux,
j'ai prétendu guider mourants et morts.

Moi, poète abrité,
épargné, souffrant à peine,
aller tracer des routes jusque-là !

A présent, lampe soufflée,
main plus errante, qui tremble,
je recommence lentement dans l'air.

steiner-dans-sa-biblioth--que.jpgPour revenir à ce que je vous disais hier, je vous conseille particulièrement la deuxième partie du troisième chapitre de Réelles présence. Ce passage est susceptible de vous réconcilier avec l'art.

Lorsque l'art et la poétique, impérativement contingents dans leur propre genèse et dans leur propre forme intelligible, rencontrent le potentiel de réception d'un esprit libre, il se passe un phénomène qui ressemble le plus à ce que nous pouvons savoir de la réalisation existentielle de la liberté. Deux libertés sont pour ainsi dire nécessaires pour en former une. (p. 188)

Ce n'est que dans l'esthétique qu'existe l'absolue liberté de "ne pas devoir exister". Paradoxalement, c'est cette possibilité de l'absence qui donne une force autonome à la présence de l'oeuvre d'art.

En ce jour de Noël où nous avons été "diffusés" dans différents milieux qui n'étaient pas les nôtres je vous laisse ces lignes grandioses : Les éléments nouménaux qui mettent en relation l'hospitalité avec le sentiment religieux dans d'innombrables cultures et sociétés, l'intuition qui veut que la réception authentique d'un hôte, d'un étranger connu dans notre logement de l'être touche à des obligations et à des possiblités transcendantes, nous aident à comprendre ce qui se passe dans l'expérience que nous faisons de la forme créée.

Si vous désirez en savoir un peu plus sur Steiner je vous conseille ce texte qui le déchiffre de manière originale. Il y est question des rapports entre art et shoah. Aucune création ne peut échapper à cette problématique.

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Lundi 24 décembre 2007

J'ai enfin découvert une histoire de la littérature qui est à la fois bien documentée et agréable à lire :
histoire-de-la-litt--rature.jpg
Souvent les "histoires..." pèchent par leur trop grande érudition qui les rend imbuvables ou alors sous prétexte d'être accessibles sont trop sommaires voire inexactes. Combien d'études imaginent qu'il n'y pas de production littéraire au début et à la fin d'un siècle, tout se concentrant autour d'un ou deux mouvements. L'étude séculaire induit forcemment des impasses. Cette histoire ci, en plus d'être abordable, permet de comprendre les mécanismes qui ont produit notre patrimoine. C'est une histoire des poétiques, et j'aime beaucoup la poétique : l'histoire des singularités créatrices. Rien n'échape aux chercheurs : les styles, les lexiques, les grammaires, les réceptions, les productions, les événements, les tensions, toutes les problématiques.

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Lundi 24 décembre 2007

steiner-photo.jpgJ'ai déjà dit ici que Réelles présences de George Steiner était mon livre de chevet depuis quelques mois. J'aimerais écrire un article critique sur les problématiques que le livre soulève, sur l'écriture et le style de George Steiner car évidemment il y a une singularité, sur le thème du silence, thème qui m'habite et me construit depuis plus de vingt ans maintenant.

Je n'ai pas beaucoup de minutes devant moi, je vous laisse avec cette citation, et j'espère revenir plus longuement avant la fin de l'année :

L'être véritablement "humain", l'homme ou la femme les plus ouverts aux sollicitations de l'éthique ou du spirituel, sont ceux qui gardent le silence devant l'essentiel (ou dont la conduite rigoureuse constitue l'authentique mode d'affirmation). La meilleure part de l'humain en nous, face à l'inexprimable qui se montre mais ne peut se dire, face à ce dont on ne peut  parler, doit se taire (expression grosse de sens). p 132 de l'édition de poche

r--elle-pr--sence-luxe.jpg
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Dimanche 23 décembre 2007

gracq-dekiss-GF.gifSans doute un des plus grands de notre vingtième siècle avec Duras, Yourcenar, Grosjean, Jacottet. Quelle autorité chez Julien Gracq. Lisez ces oeuvres. Une explication de texte n'est pas inutile car l'écriture peut se montrer parfois rebelle au sens commun. Les articles abondent en ce moment car Julien Gracq est au programme de l'agrégation. Dans la série "didat-français" il y a de très bon articles (je présume car je n'ai jamais été déçu).

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Dimanche 23 décembre 2007

lagarce-pi--ce.jpgDerniers remords avant l'oubli est une pièce de Jean-Luc Lagarce. Je ne connais presque rien du théâtre contemporain. Je découvre avec un oeil neuf et sans apriori. Ce n'est pas désagréable comme démarche. Derniers remords est joué en ce moment à La rose des vents (scène nationale de la métropole lilloise). La pièce était jouée par le brillant collectif "Les Possédés" et  créée collectivement avecRodolphe Dana.

J'ai particulièrement était touché par le sujet : un groupe d'amis, anciens amoureux, qui cherchent à communiquer, qui n'y parviennent pas, qui voudraient se toucher et qui s'aggacent inutilement. Pour reprendre les mots de Rodolphe Dana : "On hésite à relancer les braises d'un feu qui s'éteint ou bien par un geste violent l'étouffer définitivement. Au fond chacun souhaite que l'autre fasse le premier pas, baisse la garde et qu'à défaut de nous prendre dans ses bras puisse nous sourire sans arrière-pensées. [...] Il n'y a pas d'histoire d'amour sans secrets. [...] Au fond, ce qui anime chacun des personnages c'est un besoin d'amours et de vérités impossibles à rassasier."

En ce qui concerne le texte, les dialogues sont agréablement cocasses. Cependant je goûte encore assez peu à cette langue. Il y a probablement du géni, mais il m'échappe. Je concède facilement que l'ensemble est savamment construit et efficace.

Je vous conseille d'aller voir le site de Jean-Luc Lagarce. Il est très bien fait.
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Samedi 22 décembre 2007

le-ravissement.jpgJe redécouvre ces jours-ci Marguerite Duras. Le Ravissement de Lol V. Stein me touche beaucoup. Il est question d'un couple qui se sépare, et pour moi c'était encore d'actualité il y a quelques mois. C'est impressionnant comment l'auteur ressace un instant à jamais perdu et le rend présent de manière fantasmatique. Lacan a longuement analysé cette scène en décrivant le rapt du faincé par celle qui n'a eu qu'à apparaître. Lire Duras s'est se laisser hypnotiser pour éclaircir en soi les voiles d'un temps qui ne fut pas entièrement : 

Le temps, qui s'est dérobé, lapsus d'un instant qui n'a pas été vécu, ne peut pas être retrouvé.

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Jeudi 20 décembre 2007

J'ai découvert à l'occasion d'une étude de texte le récit de la bataille de Waterloo par Victor Hugo dans Les Misérables. Cette découverte s'est conjuguée avec les souvenirs que j'avais d'une visite touristique à waterloo et la lecture récente de Jonathan Little. Lisez l'extrait qui suit vous comprendrez mes motivations :

C'était le creux d'Ohain.
L'instant fut épouvantable. Le ravin était là, inattendu, béant, à pic sous les pieds des chevaux, profond de deux toises entre son double talus ; le second rang y poussa le premier, et le troisième y poussa le second ; les chevaux se dressaient, se rejetaient en arrière, tombaient sur la croupe, glissaient les quatre pieds en l'air, pilant et boulversant les cavaliers, aucun moyen de reculer, toute la colonne n'était plus qu'un projectile, la force acquise pour écraser les Anglais écrasa les Français, le ravin inexorable ne pouvait se rendre que comblé, cavaliers et chevaux y roulèrent pêle-mêle se broyant les uns sur les autres, ne faisant qu'une chair dans ce gouffre et, quand cette fosse fut pleine d'hommes vivants, on marcha dessus et le reste passa. Presque un tiers de la brigade Dubois croula dans cet abîme.
Les Misérables, 1862, Victor Hugo, deuxième parie, Livre I, IX, GF p. 360

J'ai cru comprendre que Claude Simon avait réécrit cet extrait de Victor Hugo. J'aimerais bien mettre la main dessus.

Cette évocation est boulversant. Elle rivalise avantageusement avec les pages les plus sombres des Bienveillantes. Je vous conseille de lire toutes les pages qui environnent cet extrait : pages 359 à 362. Victor donne à voir (hypotypose). 

undefinedJe me souviens m'être promené par le plus grand des hasards dans la morne plaine de Waterloo. J'ai trouvé cette photo sur leur site. Dans cette plaine le destin de l'Europe s'est joué par un fossé que l'Empereur n'avait pas envisagé. Le fossé s'est transformé en cerceuil. Les armées s'en sont servies pour traverser le fossé.

Aujourd'hui si vous êtes de passage à Bruxelles n'hésitez pas à vous arrêter sur le "ring" à Waterloo. Vous aurez probablement la chance d'assister à une reconstitution de la bataille.waterloo-soldats.jpg

Je vous laisse avec une représentation de l'empereur sur un magnifique cheval blanc.
014-Reproduction-Napoleon.jpg



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Mardi 18 décembre 2007
Voici une jolie photo de celle que je considère comme la meilleure cavalière au monde : Isabell Werth. Plus qu'un palmares prestigieux c'est son rapport au travail qui m'impressionne. En plus du travail, pour arriver à son niveau, elle doit probablement posséder un don spécial. Regardez la bouille de Warum nitch qui semble nous dire : "toi je suis sûr que tu caches un sucre ou une carotte dans ta poche !!!" Il n'a pas l'air d'avoir peur des méchants hommes que nous sommes.

07wcf-warumnicht2.jpg
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Mardi 18 décembre 2007
michel-leiris-par-bacon.jpgJe découvre Michel Leiris avec L'Âge d'homme. Je suis un peu en délicatesse avec le récit en ce moment (et en amitié avec la poésie et l'essai), Michel Leiris opère une réconciliation car probablement il y a un peu de la poésie et un peu de l'essai dans ce "roman". Pour l'instant je suis dans la phase de découverte, même si j'avais déjà lu L'Âge d'homme dans ma jeunesse ; j'étais beaucoup trop jeune pour saisir. 

J'aime beaucoup cette prose. J'espère vous en dire plus bientôt. Je vous laisse en attendant avec un portrait de l'auteur par Francis Bacon.

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Dimanche 16 décembre 2007
J'ai volontairement choisi trois passages de La Recherche au hasard :

Ainsi Swann se parlait-il à lui-même, car le jeune homme qu'il n'avait pu identifier d'abord était aussi lui ; comme certains romanciers, il avait distribué sa personnalité à deux personnages, celui qui faisait le rêve, et un qu'il voyait devant lui coiffé d'un fez.
Marcel Proust, Un Amour de Swann, 373

Mais dans les corps fortement constitués, où d'ailleurs la rigueur des préjugés n'est que la rançon de la plus belle intégrité, des idées morales les plus élevées, qui fléchissent dans des milieux tolérants, plus libres et, bien vite dissolus, un professeur, dans sa robe en satin écarlate doublé d'hermine comme celle d'un Doge (c'est-à-dire une duc) de Venise enfermé dans le palais ducal, était aussi vertueux, aussi attaché à de nobles principes, mais aussi impitoyable pour tout élément étranger, que cet autre duc, excellent mais terrible, qu'était  M. de Saint-Simon.
Marcel Proust, Le Cöté de Guermantes, II, p 444


Dans certains cas, devant l'impossibilité d'arriver à une entente on préfère convenir que le fils de Louis XIV, Monseigneur, ne recevra chez lui tel souverain étranger que dehors, en plein air, pour qu'il ne soit pas dit qu'en entrant dans le château l'un a précédé l'autre.

Marcel Proust, Le Côté de Guermantes, III, p. 70

Je redécouvre Proust en ce moment. Proust c'est l'invention de la lecture qui s'autogénère. Pas besoin de lire Proust, Proust se lit lui-même, il y a une sorte d'entrainement implacable. Vous êtes entrainé comme dans un torrent. Vous devenez le torrent. 

A présent je prends le livre à n'importe quelle page, et je me laisse aller jusqu'à ce que je m'endorme. Je me laisse border.  Je lis un poème, je lis un roman, je suis sur scène, et je vis, je dors. Art total. Comme Proust s'est éteind dans l'écriture, et l'écriture qui l'a métamorphosé.
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Samedi 15 décembre 2007

Je me suis plongé en bibliothèque dans les Mémoires du Cardinal de Retz. C'est probablement ce que je préfère en écriture : à mi-distance entre l'effervescence de Montaigne, de l'humanisme, avec ses couleurs, ses risques, ses audaces, ses exigences, et la prose atticique d'un Saint Simon toute d'équilibre, d'épure, de sobriété, de simplicité, de finesse. Une espèce d'équilibre improbable entre la flamboyance colorée et l'exigence rhétorique. 

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[à propos de Charles IX et Henri III] 
Tout est calme et l'on pendra demain qui on vourdra

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Vendredi 14 décembre 2007
Voici un de mes rêves : j'aimerais partir en croisière sur un navire "fin de siècle" (dix-neuvième). Je lirais pendant tout le trajet sur le pont, j'enmènerais toute la poésie et tous les récits de voyage. Le top serait que je puisse aussi traverser la Russie en Train. Voici concrètement comment ça se passerait : je prendrais le train à Paris pour traverser toute l'Europe et toute l'Asie, ensuite je monterais dans un navire qui traverse le Pacifique, puis de la côte ouest à la côte est dans une grande Limousine, je prendrais un petit-déjeuner à New-York et ferais la traversée de l'Antlantique pour L'Afrique du Sud et  là je parcourerais toute l'Afrique à Pied ou à dos de chamaux. Je terminerais ce voyage à Jérusalem où je mourais. Qui m'aime me suive.

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