J'aime beaucoup les
chandeliers. Pour cette nouvelle année je me suis offert un chandelier à cinq branches noir. Le soir je lis à sa lumière et surtout j'écris. J'ai des goûts bizarres.JUILLET
JUIN
1. Valse avec Bachir ++++
2. JCVD
+++
3. Speed Racer +++
MAI
1. Un Conte de Noël ++++
2. Indiana Jones +++
3 . Rec
+++
AVRIL
1. Désengagement ++++
2. Passe Passe ++
3. Mongol +
MARS
1. L'heure d'été ++++
2. There will be blood ++++
3. J'ai toujours rêvé d'être un gangster ++
FEVRIER
1. Cloverfield ++++
2. Les Liens du sang +++
3. Rambo +++
JANVIER
1. Death sentence ++++
2. No country for old men ++++
3. Sweeny Todd +++
DECEMBRE
1. La nuit nous appartient +++
2. I'm not there +++
3. Elisabeth II
++
Bientôt ici des pages consacrées à Julien Baete, artiste.



J'aime beaucoup les
chandeliers. Pour cette nouvelle année je me suis offert un chandelier à cinq branches noir. Le soir je lis à sa lumière et surtout j'écris. J'ai des goûts bizarres.
Il y a parfois cette
sensation qu'en écrivant à un être cher le corps réagit, s'emballe, s'effraie, se retient, repart. J'aime beaucoup cette phrase de Rousseau dans les Confessions :
Avec Gérard Genette dans Discours du récit et Nouveau discours du récit je
remets en ordre mes pratiques de lecture méthodologique du roman (en général). Posséder ces outils ce n'est pas adhérer à une école, c'est ne pas passer à côté d'une rîchesse qui respecte, selon
l'auteur, d'autres puits, d'autres sources.
Ainsi je relis Proust et son rapport au temps pour relire ma propre histoire et mon propre rapport au temps, car la lecture n'est jamais stérile qui nous initie à notre vie, nous permet de
lui donner un éclairage, une valeur, un sens ou un contre-sens.
Quelquefois en passant devant l'hôtel il se rappelait les jours de pluie où il enmenait jusque-là sa bonne, en pélerinage. Mais il se le rappelait sans la mélancolie
qu'il pensait alors devoit goûter un jour dans le sentiment de ne plus l'aimer. Car cette mélancolie, ce qui la projetait ainsi d'avance sur son indifférence à venir, c'était son amour. Et cet
amour n'était plus. Jean Santeuil, Marcel Proust.
Le temps fait ici des zig-zag entre le passé, le futur du passé, et de nouveau le passé, etc. Une espèce d'ubiquité temporelle qui mime notre bégaiement quotidien quand dans la rue nous projetons
notre futur à partir des craintes présentes et quand nous nous souvenons de ces pensées craintives passées.
Je me souviens d'un cours de littérature à la fac où le professeur avait dû improviser
parce qu'un élève qui devait faire un exposé était absent. Ce jour-là, notre professeur habituellement impitoyable s'était mis à lire des poèmes sans réellement les choisir. Elle prend "Nous deux
encore" d'Henri Michaux et nous explique dans quelles circonstances le poète avait écrit ces lignes. Il venait d'assister impuissant au décés de sa femme dans les flammes d'un incendie et sur un
lit d'hôpital. Ce cours là a été pour moi le plus impressionnant que j'ai suivi à la fac, et celui qui m'a le plus marqué. Je vous encourage de prendre le temps de la lecture. C'est Henri Michaux
qui m'a permis d'entrer en poésie, et c'est sans doute ce poème.

Quand le Baal Shem Tov avait une tâche difficile à accomplir, il se rendait à un certain endroit dans la forêt, allumait un feu et se plongeait dans une prière silencieuse ; et ce qu’il avait à accomplir se réalisait. Quand, une génération plus tard, le Maggid de Meseritz se trouva confronté à la même tâche, il se rendit à ce même endroit dans la forêt et dit : « Nous ne savons plus allumer le feu, mais nous savons encore dire la prière » ; et ce qu’il avait à accomplir se réalisa. Une génération plus tard, Rabbi Moshe Leib de Sassov eut à accomplir la même tâche. Lui aussi alla dans la forêt et dit : « Nous ne savons plus allumer le feu, nous ne connaissons plus les mystères de la prière, mais nous connaissons encore l’endroit précis dans la forêt où cela se passait, et cela doit suffire » ; et ce fut suffisant. Mais quand une autre génération fut passée et que Rabbi Israël de Rishin dut faire face à la même tâche, il resta dans sa maison, assis sur son fauteuil, et dit : « Nous ne savons plus allumer le feu, nous ne savons plus dire les prières, nous ne connaissons même plus l’endroit dans la forêt, mais nous savons encore raconter l’histoire » ; et l’histoire qu’il raconta eut le même effet que les pratiques de ses prédécesseurs.
Voici Warum Nitch avec la meilleure cavalière du
monde : Isabell Werth. Très jolie photo.
Isabell Werth et Nadine Capellmann probablement pour un
pas de deux d'anthologie. Deux petites dames sur deux grands chevaux pour de la magie par définition éphémère.
La grâce, le silence, les instants les
plus précieux de la vie.
Dans mon quartier, les citéwebs sont ouvertes le jour de noël , ça me donne l'occasion de partager quelques réflexions matinales.
J'ai passé une matinée délicieuse, dans la poésie, dans l'écriture et la lecture, à la rencontre des plus belles choses de la nature. Il y a ce poème de Jaccottet que j'aime beaucoup, c'est
l'incipit de A la lumière d'hiver :
Autrefois,
moi l'effrayé, l'ignorant, vivant à peine,
me couvrant d'images les yeux,
j'ai prétendu guider mourants et morts.
Moi, poète abrité,
épargné, souffrant à peine,
aller tracer des routes jusque-là !
A présent, lampe soufflée,
main plus errante, qui tremble,
je recommence lentement dans l'air.
Pour revenir à ce que je vous disais hier, je vous conseille particulièrement la deuxième partie du troisième chapitre de Réelles présence. Ce passage
est susceptible de vous réconcilier avec l'art.
Lorsque l'art et la poétique, impérativement contingents dans leur propre genèse et dans leur propre forme intelligible, rencontrent le potentiel de réception d'un esprit libre, il se passe
un phénomène qui ressemble le plus à ce que nous pouvons savoir de la réalisation existentielle de la liberté. Deux libertés sont pour ainsi dire nécessaires pour en former une. (p. 188)
Ce n'est que dans l'esthétique qu'existe l'absolue liberté de "ne pas devoir exister". Paradoxalement, c'est cette possibilité de l'absence qui donne une force autonome à la présence de
l'oeuvre d'art.
En ce jour de Noël où nous avons été "diffusés" dans différents milieux qui n'étaient pas les nôtres je vous laisse ces lignes grandioses : Les éléments nouménaux qui mettent en relation
l'hospitalité avec le sentiment religieux dans d'innombrables cultures et sociétés, l'intuition qui veut que la réception authentique d'un hôte, d'un étranger connu dans notre logement de l'être
touche à des obligations et à des possiblités transcendantes, nous aident à comprendre ce qui se passe dans l'expérience que nous faisons de la forme créée.
Si vous désirez en savoir un peu plus sur Steiner je vous conseille ce texte qui le déchiffre de
manière originale. Il y est question des rapports entre art et shoah. Aucune création ne peut échapper à cette problématique.
J'ai enfin découvert une histoire de la littérature qui est à la fois bien documentée et agréable à lire :

Souvent les "histoires..." pèchent par leur trop grande érudition qui les rend imbuvables ou alors sous prétexte d'être accessibles sont trop sommaires voire inexactes. Combien d'études imaginent
qu'il n'y pas de production littéraire au début et à la fin d'un siècle, tout se concentrant autour d'un ou deux mouvements. L'étude séculaire induit forcemment des impasses. Cette histoire
ci, en plus d'être abordable, permet de comprendre les mécanismes qui ont produit notre patrimoine. C'est une histoire des poétiques, et j'aime beaucoup la poétique : l'histoire des singularités
créatrices. Rien n'échape aux chercheurs : les styles, les lexiques, les grammaires, les réceptions, les productions, les événements, les tensions, toutes les problématiques.
J'ai déjà dit ici que Réelles présences de George Steiner était mon livre de
chevet depuis quelques mois. J'aimerais écrire un article critique sur les problématiques que le livre soulève, sur l'écriture et le style de George Steiner car évidemment il y a une singularité,
sur le thème du silence, thème qui m'habite et me construit depuis plus de vingt ans maintenant.
Je n'ai pas beaucoup de minutes devant moi, je vous laisse avec cette citation, et j'espère revenir plus longuement avant la fin de l'année :
L'être véritablement "humain", l'homme ou la femme les plus ouverts aux sollicitations de l'éthique ou du spirituel, sont ceux qui gardent le silence devant
l'essentiel (ou dont la conduite rigoureuse constitue l'authentique mode d'affirmation). La meilleure part de l'humain en nous, face à l'inexprimable qui se montre mais ne peut se dire, face à ce
dont on ne peut parler, doit se taire (expression grosse de sens). p 132 de l'édition de poche
Sans doute un des plus grands de notre vingtième siècle avec Duras, Yourcenar,
Grosjean, Jacottet. Quelle autorité chez Julien Gracq. Lisez ces oeuvres. Une explication de texte n'est pas inutile car l'écriture peut se montrer parfois rebelle au sens commun. Les
articles abondent en ce moment car Julien Gracq est au programme de l'agrégation. Dans la série "didat-français" il y a de très bon articles (je présume car je n'ai jamais été déçu).
Derniers remords avant l'oubli est
une pièce de Jean-Luc Lagarce. Je ne connais presque rien du théâtre contemporain. Je découvre avec un oeil neuf et sans apriori. Ce n'est pas désagréable comme démarche. Derniers remords est
joué en ce moment à La rose des vents (scène nationale de la métropole lilloise). La pièce était jouée par le brillant collectif "Les Possédés" et créée collectivement avecRodolphe
Dana.
J'ai particulièrement était touché par le sujet : un groupe d'amis, anciens amoureux, qui cherchent à communiquer, qui n'y parviennent pas, qui voudraient se toucher et qui s'aggacent
inutilement. Pour reprendre les mots de Rodolphe Dana : "On hésite à relancer les braises d'un feu qui s'éteint ou bien par un geste violent l'étouffer
définitivement. Au fond chacun souhaite que l'autre fasse le premier pas, baisse la garde et qu'à défaut de nous prendre dans ses bras puisse nous sourire sans arrière-pensées. [...] Il n'y a pas
d'histoire d'amour sans secrets. [...] Au fond, ce qui anime chacun des personnages c'est un besoin d'amours et de vérités impossibles à rassasier."
En ce qui concerne le texte, les dialogues sont agréablement cocasses. Cependant je goûte encore assez peu à cette langue. Il y a probablement du géni, mais il m'échappe. Je concède facilement que l'ensemble est savamment construit et efficace.
Je vous conseille d'aller voir le site de Jean-Luc Lagarce. Il est très bien fait.
Je redécouvre ces jours-ci Marguerite Duras.
Le Ravissement de Lol V. Stein me touche beaucoup. Il est question d'un couple qui se sépare, et pour moi c'était encore d'actualité il y a quelques mois. C'est impressionnant comment
l'auteur ressace un instant à jamais perdu et le rend présent de manière fantasmatique. Lacan a longuement analysé cette scène en décrivant le rapt du faincé par celle qui n'a eu qu'à apparaître.
Lire Duras s'est se laisser hypnotiser pour éclaircir en soi les voiles d'un temps qui ne fut pas entièrement :
Le temps, qui s'est dérobé, lapsus d'un instant qui n'a pas été vécu, ne peut pas être retrouvé.
J'ai découvert à l'occasion d'une étude de texte le récit de la bataille de Waterloo par Victor Hugo dans Les Misérables. Cette découverte s'est conjuguée avec les souvenirs que j'avais
d'une visite touristique à waterloo et la lecture récente de Jonathan Little. Lisez l'extrait qui suit vous comprendrez mes motivations :
C'était le creux d'Ohain.
L'instant fut épouvantable. Le ravin était là, inattendu, béant, à pic sous les pieds des chevaux, profond de deux toises entre son double talus ; le second rang y poussa le premier, et le
troisième y poussa le second ; les chevaux se dressaient, se rejetaient en arrière, tombaient sur la croupe, glissaient les quatre pieds en l'air, pilant et boulversant les cavaliers, aucun moyen
de reculer, toute la colonne n'était plus qu'un projectile, la force acquise pour écraser les Anglais écrasa les Français, le ravin inexorable ne pouvait se rendre que comblé, cavaliers et
chevaux y roulèrent pêle-mêle se broyant les uns sur les autres, ne faisant qu'une chair dans ce gouffre et, quand cette fosse fut pleine d'hommes vivants, on marcha dessus et le reste passa.
Presque un tiers de la brigade Dubois croula dans cet abîme.
Les Misérables, 1862, Victor Hugo, deuxième parie, Livre I, IX, GF p. 360
J'ai cru comprendre que Claude Simon avait réécrit cet extrait de Victor Hugo. J'aimerais bien mettre la main dessus.
Cette évocation est boulversant. Elle rivalise avantageusement avec les pages les plus sombres des Bienveillantes. Je vous conseille de lire toutes les pages qui
environnent cet extrait : pages 359 à 362. Victor donne à voir (hypotypose).
Je me souviens m'être promené par le plus grand des hasards dans la morne plaine de
Waterloo. J'ai trouvé cette photo sur leur site. Dans cette plaine le destin de l'Europe s'est joué par un fossé que l'Empereur n'avait pas envisagé. Le fossé s'est transformé en cerceuil. Les
armées s'en sont servies pour traverser le fossé.
Aujourd'hui si vous êtes de passage à Bruxelles n'hésitez pas à vous arrêter sur le "ring" à Waterloo. Vous aurez probablement la chance d'assister à une reconstitution de la bataille.
Je vous laisse avec une représentation de l'empereur sur un magnifique cheval blanc.

Je
découvre Michel Leiris avec L'Âge d'homme. Je suis un peu en délicatesse avec le récit en ce moment (et en amitié avec la poésie et l'essai), Michel Leiris opère une réconciliation car
probablement il y a un peu de la poésie et un peu de l'essai dans ce "roman". Pour l'instant je suis dans la phase de découverte, même si j'avais déjà lu L'Âge d'homme dans ma jeunesse ;
j'étais beaucoup trop jeune pour saisir. Je me suis plongé en bibliothèque dans les Mémoires du Cardinal de Retz. C'est probablement ce que je préfère en écriture : à mi-distance entre l'effervescence de Montaigne, de l'humanisme, avec ses couleurs, ses risques, ses audaces, ses exigences, et la prose atticique d'un Saint Simon toute d'équilibre, d'épure, de sobriété, de simplicité, de finesse. Une espèce d'équilibre improbable entre la flamboyance colorée et l'exigence rhétorique.
[à propos de Charles IX et Henri III]
Tout est calme et l'on pendra demain qui on vourdra
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