C'est un régal de lire Albert Cossery. Vous l'aurez compris. Je pensais prendre l'été pour lire ses oeuvres
complètes, une ou deux semaines suffiront tant il est délicieux de s'y promener. Comme chez Cendrars, et donc comme chez les voyageurs, l'écriture est colorée, changeante, étonnante à chaque page.
Il n'y a pas de bondieuserie, les phrases sont simples, entraînantes.Les hommes oubliés de Dieu sont des nouvelles ou plutôt des portraits. Le personnage principal est à chaque fois le sommeil. Pour vous donner une idée le mieux est de goûte le plat "la jeune fille et le haschache" :
Sa volupté se nuançait au rythme d'une musique barbare. Pareil aux élancements des hanches d'une danseuse effrénée, le plaisir la prenait par bonds successifs et nerveux. Des sons de crotales resserraient autour d'elle un cercle assourdissant. Elle entendait hurler une foule de femmes gesticulantes, comme dans ces fêtes où l'on exorcise le démon. Tout cela se passait à un point extrême et douloureux de son être. Sa tension s'était immobilisée dans l'attente du spasme. Il lui semblait buter contre un mur. La virilité de l'homme la pénétrait comme une lame. Et son impétuosité était semblable à celle d'un fleuve. Quel fleuve ? Le Nil immense aux eaux perfides coulait en elle. Elle se voyait admise au sein de son énormité. Et le flot sacré fertilisait le terrain de sa jouissance. Sa jouissance grandissait, s'élevait comme s'élève une vague. Elle se confondait avec la jouissance, devenait jouissance elle-même. Albert Cossery, Oeuvres complètes I, p. 231.
Quand vous lisez ces lignes dans le métro forcemment vous êtes dans l'instant même ailleurs, quelque part entre l'Egypte, Le Cantique des Cantiques, et Le Flore à Paris.







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