Un sondage récent paru dans le "Monde Diplomatique" du mois de juillet 2007 fait état des amitiés envers les communautés palestienne et israëlienne. Ce sondage a été effectué dans quarante pays différents.
Les statistiques à prendre avec les précautions d'usage, comme tout sondage, sont très intéressantes.
Il semble montrer tout d'abord qu'un pourcentage relativement faible des populations dans le monde ne se sent pas concerné par le destin des peuples au Proche-Orient. Les trois-quarts de la population mondiale manifestent un intérêt pour cette région du monde. Cela est significatif à la fois de l'intérêt que suscite l'actualité mouvementée de la région, le lien qui relie beaucoup d'hommes et de femmes au destin d'une terre berceau de l'humanité, et enfin le parti pris des sociétés vis-à-vis de modèles de sociétés qui partagent l'humanité : un modèle libéral et occidental, face à un modèle religieux et oriental. Le schéma est évidemment très simplificateur.
Un nombre important d'hommes et de femmes se sentent davantages liées aux souffrances du peuple palestinien. Le pourcentage tend vers une moitié de l'humanité sondée !
Un tiers, ce qui n'est pas négligeable, se sent lié au destin d'Israël.
Ce qui porte davantage à interrogation c'est le faible pourcentage de 4 % qui rassemblent les personnes éprouvant une amitié à la fois pour la Palestine et pour Israël. Serait-il impossible de ne pas prendre parti ? La position de nos dirigeants est la démonstration de ces clivages. La diplomatie mondiale qui ne cesse de se tourner vers le conflit en tentant de faire dialoguer les deux peuples a par avance choisi son parti. Pour s'en convaincre il suffit d'observer les réactions à la fois volontaristes et pragmatiques du président français Nicolas Sarkozy. Celui-ci a affiché son soutien à l'armée israëlienne qui a fait 1500 victimes civiles au Liban. (Pour plus d'informations consultez le "Monde diplomatique" de juillet 2007).
Seulement 4 % de la population parvient à s'intéresser au conflit sans prendre parti. Pour se rendre compte à quel point le conflit peut partager les consciences je vous conseille le dernier livre de Marcel Dubois : Nostalgie d'Israël paru aux éditions du Cerf en 2006. Marcel Dubois, décédé le mois dernier en Israël, est un témoin particulièrement précieux des boulversements qu'a connu le pays ces cinquante dernières années. Dominicain, il s'est parfaitement intégré à la population de Jerusalem au point d'en devenir citoyen d'honneur. Il a enseigné la philosophie à l'université hébraïque de Jerusalem. Fils de saint Thomas d'Aquin il a enseigné les rudiments de la théologie à des étudiants fils du sionisme. Sa parole en Israël était très écoutée au point qu'on lui ait décerné le grand prix d'Israël, honneur très rare pour une personne non juive. Dans les dix dernières années de sa vie, ce grand intellectuel contemporain, n'a pas pu faire autrement face à la violence et aux souffrances des uns et des autres, d'écrire une sorte d'errata où il revient sur le destin d'Israël en modifiant sensiblement son point de vue. Marcel Dubois est le témoin de ces consciences partagées, trop rares à mon sens.
Aujourd'hui je me pose cette question : est-ce faire preuve d'une bonne conscience de ne pas choisir son camp ? Le philosophe, le critique, voir l'étranger, doit-il porter un regard neutre ou engagé ?
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