AOUT
2. Wall.E +++
3. Gomorra ++
JUILLET
JUIN
1. Valse avec Bachir ++++
2. JCVD
+++
3. Speed Racer +++
MAI
1. Un Conte de Noël ++++
2. Indiana Jones +++
3 . Rec
+++
AVRIL
1. Désengagement ++++
2. Passe Passe ++
3. Mongol +
MARS
1. L'heure d'été ++++
2. There will be blood ++++
3. J'ai toujours rêvé d'être un gangster ++
FEVRIER
1. Cloverfield ++++
2. Les Liens du sang +++
3. Rambo +++
JANVIER
1. Death sentence ++++
2. No country for old men ++++
3. Sweeny Todd +++
DECEMBRE
1. La nuit nous appartient +++
2. I'm not there +++
3. Elisabeth II
++
Bientôt ici des pages consacrées à Julien Baete, artiste.






Je me souviens d'un matin d'hiver entre Noël et nouvel an, je m'étais installé au coin du feu, un livre entre les mains. Je
me souviens m'être réveillé trois jours plus tard au terme d'un long rêve. Je venais de lire la Trilogie new-yorkaise de Paul Auster.
Ce livre, ou plutôt ces livres, car chacun peut se lire pour lui, sont une bonne introduction aux romans de Paul Auster. Le talent est probablement dans la narration et dans cette capacité à vous
tenir éveillé. Ce n'est pas seulement dans le vocabulaire, dans l'histoire, les descriptions, le style, c'est surotut dans la construction globale. Paul Auster vous amène dans un lieu, vers une
évidence et vous ne l'aviez pas vu. Le genre est à la fois policier, fantastique, intimiste, tout cela donne une identité propre à ses romans. Les personnages se croisent, se perdent, se
reconnaissent, les doubles se dédoublent, il y a des moments où l'on perd pied, et pourtant l'édifice est une toile imperturbable.
C'est avec Changement de décor que j'ai découvert David Lodge. Aujourd'hui
quand j'ai envi de me détendre ou de sourire je me plonge dans un Lodge. Cela marche à tous les coups.
Dans les romans de Lodge il y a souvent une idée de départ à partir de laquelle le narrateur image un tas de boulversements, d'imbrications, de conséquences. Ici deux universitaires échangent
leur poste. L'un est anglais, l'autre est américain. L'un est fashion, l'autre a une vie exigüe. De cette simple opposition naît une série de péripéties plus amusantes et plus fines les
unes que les autres. David Lodge est un observateur exigeant de nos pratiques. Rien n'est oublié. Une histoire devient une série d'histoires et chacune d'entre elles permet d'observer les autres
sous un angle à chaque fois nouveau. Autrement dit le roman se métamorphose sans cesse au fil des événements.
La métamorphose n'est pas seulement thématique. L'écriture aussi évolue. David Lodge est un théoricien du roman qui n'oublie jamais de mettre en pratique ses recherches narratologiques. Ainsi
l'écriture se cherche, nous passons du récit, au dialogue de théâtre en passant par l'échange épistolaire. Tout cela empèche l'ennuie, crée la surprise, suscite l'intérêt.
Au bout du compte, le premier opus d'une série qui donnera Un tout petit monde et Jeu de société, observe comment un changement de décor entraîne des conséquences plutôt
inattendues sur nos vies. C'est de dernier intérêt de ce roman. Il est éthique. Mais je ne vais pas ici vous exposer les conséquences d'un changement de vie. Je vous invite plutôt à lire ces
pages.
J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et
tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. À la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les
dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du
bois.
Au réveil il était midi.
Ce poème a provoqué ma première émotion "poétique". Je m'en souviens très bien.
C'était en classe de première. Notre professeur nous avait présenté "Aube" comme un texte mystérieux et compliqué. J'essaie aujourd'hui de retraduire l'émotion que j'avais ressentie. Je ne
cherche pas à commenter le poème mais à transmettre une émotion, une impression. Tout ce que je pourrai dire de ce poème tiendrai forcément du contre-sens. Je me suis sans doute égaré. Voici,
tout simplement, ce que j'ai vu, imprimé dans ma tête :
Tout d'abord il y a
l'incipit. A seize ans on est pas habitué à lire une phrase qui vous dit : "j'ai embrassé l'aube d'été". Cette phrase ne veut littéralement rien dire, du moins c'est ce je me disais. Mais sans
doute que je la trouvais belle. Dans mon coeur d'adolescent j'étais impressionné pour la première fois par une poète qui osait dire des mots qui n'avaient pas de sens et qui pourtant invitaient à
être joyeux, positif, frais.
Ensuite j'ai été marqué par ce
que j'appellerais aujourd'hui la "dramatisation". Il y a un emballement. Les événements se succèdent vite. Les mots de Rimbaud traduisent une émotion que je ressentais
quand j'étais jeune. C'était ces moment où je me retrouvais seul dans la campagne, chez mes grands-parents. Il arrivait qu'une joie soudaine me saisisse. Et alors je baignais dans une
sorte d'osmose avec la nature, les herbes hautes, les champs d'endives, les barrières qui fermaient le bois... Je dansais. On aurait pu me prendre pour un fou. J'écartais les bras pour
prendre plus d'espace ou pour prendre mon envol et je courrais dans les champs, les bois, les fossés, les routes. Cela n'arrivait que quand j'étais seul.
Ce poème m'a donc rassuré. Je n'étais pas le seul à voyager dans un espace temps qui n'était pas celui de nos vies. Il y avait bien des moments mystérieux dans la vie. Le mot "wasserfall" m'avait
impressionné. Je le trouvais joli. Lors de ce fameux cours je n'avais pas été suffisamment concentré pour entendre la signification du mot. Je le trouvais mystérieux, joli, imposant. Le poème
avait pour moi sa propre vie car il ne se donnait pas entièrement. Il vivait de lui-même, il n'avait pas besoin de moi, de mon professeur. L'hermétisme du texte était la garantie à mes yeux de
son importance.
Il y a une dernière raison, plus prosaïque : j'ai toujours aimé le matin. C'est la plus belle partie de la journée. Mon plus grand plaisir est de boire un café au moment où la nature
s'éveille. Si en plus je suis dehors, en vacances, avec un bon livre, alors c'est le paradis. C'est un moment rare où j'apprécie la solitude.
Oui, ce poème m'a beaucoup touché. Il est une musique, une note, une touche, et pour moi une perfection esthétique, une invitation au voyage intérieur, une capacité à dire l'indicible.
Vous pourrez trouver un commentaire sérieux très pratique ici.
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