La question de savoir s'il vaut mieux écouter nos ancêtres ou suivre une intuition qui ouvre des chemins inconnus est une question qui n'a cessé d'entraîner les philosophes, les littérateurs, les politiques dans des débats jamais clos. La lecture d'Alain Finkielkraut est très instructive car elle a le soucis de la transmission. Un cours est souvent agréable à lire car on y sent un dialogue permanent entre celui qui parle et celui qui tente de comprendre. Je prospose ici un résumé du premier chapitre.
Mais où donc réside la Vérité s'il n'y a plus de nature pour la circonscrire ? Selon Francis Bacon dans Novum organum la vérité est fille du temps et non de l'autorité. L'être perd sa prééminence ontologique au profit du devenir. Les modernes sont fascinés non pas par les anciens mais par le devenir.
Michel Foucault dans Les Mots et les choses dit la même chose. L'écrivain moderne rompt avec une éloquence toute entière tendue vers une finalité extérieure, vers un discours qui n'a rien d'autre à dire que soi, rien d'autre à faire que scintiller dans l'éclat de son être. La modernité rime ici avec pureté.
Une des premières conséquences de la modernité selon Alain Finkeilkraut est le licenciement de Dieu : Quand Dieu quitte la place d'où il avait dirigé l'univers et que naissent les temps modernes, les différents secteurs d'activité se séparent et sont progressivement conduits à chercher en eux-mêmes leur propre dignité. Affranchis de la tutelle religieuse, l'art, l'économie, la politique, le sport, la guerre se développent en queque sorte chacun pour soi. [...] Libres de l'absolu, ils se professionnalisent.
Nous en venons à Sartre. Pour Sartre l'écriture est une modalité de l'action. Le philosophe entendait séculariser la littérature, cet ersatz de religion, cet ultime bastion des âmes pieuses. Modernité rime ici avec momentané. Un livre a sa vérité absolue dans l'époque. Pour Renan, autrefois tout tait considéré comme étant. On parlait de droit, de religion, de politique, de poésie d'une façon absolue. Maintenant tout est considéré comme en voie de se faire. Pour Sartre l'histoire est un affrontement. Progressistes et classiques ne se succèdent pas mais s'affrontent. Finkeilkraut a cette formule : être moderne ce n'est pas un constat, c'est un combat.
La modernité a engendré le divorce entre le discours et sa représentation. Le signifiant s'est libéré de la loi paternelle du père, de la grammaire. Sartre conclut dans Les Mots : un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui. L'eschatologie égalitaire réclame à la fois que nous soyons tous auteurs et efface pour de bon la figure paternelle, transcendante, intimidante de l'auteur.
Tous auteurs dans un monde sans auteur. Alain Finkeilkraut.







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