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Julien Baete

julien-baete.jpgBientôt ici des pages consacrées à Julien Baete, artiste.

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Francis Moreeuw

Francis Moreeuw est un artiste lillois. Allez voir son site.
Ci-dessous une partie de la  série des "Saint Georges"
(1 ; 2 ; 4 ; 5). Vous voyez ici seulement la partie gauche du tableau.








































































































Images Aléatoires

Jeudi 1 mai 2008
Roland Barthes a écrit dans son journal à la date du 13 août 1977 cette phrase surprenante : Tout d'un coup, il m'est devenu indifférent du ne pas être moderne. C'est le point de départ de la réflexion d'Alain Finkelkraut dans ses quatre leçons reprises dans un ouvrage Nous autres, modernes.

La question de savoir s'il vaut mieux écouter nos ancêtres ou suivre une intuition qui ouvre des chemins inconnus est une question qui n'a cessé d'entraîner les philosophes, les littérateurs, les politiques dans des débats jamais clos. La lecture d'Alain Finkielkraut est très instructive car elle a le soucis de la transmission. Un cours est souvent agréable à lire car on y sent un dialogue permanent entre celui qui parle et celui qui tente de comprendre. Je prospose ici un résumé du premier chapitre.

Dans Oratio de hominis dignitate, Pic de la Mirandole propose en 1482 un récit de la Genèse qui selon Alain Finkielkraut est la bible de l'âge moderne : Je ne t'ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. La nature enferme d'autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi qui ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t'ai placé, tu te définis toi-même. Adam est ici constitué auteur par l'Auteur. Il s'agit d'une déclaration d'indépendance humaine. L'homme est l'être dont l'agir ne découle pas de l'être mais dont l'être découle de l'agir. Le phénomène humain n'est plus substance mais liberté.

Mais où donc réside la Vérité s'il n'y a plus de nature pour la circonscrire ? Selon Francis Bacon dans
Novum organum la vérité est fille du temps et non de l'autorité. L'être perd sa prééminence ontologique au profit du devenir. Les modernes sont fascinés non pas par les anciens mais par le devenir.

Roland Barthes témoigne d'un temps où il faut être de son temps pour être pleinement vivant. Le critique faisait la pluie et le beau temps en discernant dans chacune des oeuvres ce qu'elle avait de nouveau et donc de méritoire. L'écrivain est celui qui écrit. Son activité est intransitive. L'écrivan témoigne, proteste, explique, enseigne.

Michel Foucault dans Les Mots et les choses dit la même chose. L'écrivain moderne rompt avec une éloquence toute entière tendue vers une finalité extérieure, vers un discours qui n'a rien d'autre à dire que soi, rien d'autre à faire que scintiller dans l'éclat de son être. La modernité rime ici avec pureté.

Une des premières conséquences de la modernité selon Alain Finkeilkraut est le licenciement de Dieu :
Quand Dieu quitte la place d'où il avait dirigé l'univers et que naissent les temps modernes, les différents secteurs d'activité se séparent et sont progressivement conduits à chercher en eux-mêmes leur propre dignité. Affranchis de la tutelle religieuse, l'art, l'économie, la politique, le sport, la guerre se développent en queque sorte chacun pour soi. [...] Libres de l'absolu, ils se professionnalisent.

Cette professionnalisation des arts, des créations, me semblent très intéressantes à observer. Selon Hermann Boch, il appartient à la logique du peintre de conduire les principes de la peinture à leur aboutissement avec leur conséquence la plus extrême au risque de faire naître une création complètement ésotérique que le producteur seul est en état de comprendre.

Nous en venons à Sartre. Pour Sartre l'écriture est une modalité de l'action. Le philosophe entendait séculariser la littérature, cet ersatz de religion, cet ultime bastion des âmes pieuses. Modernité rime ici avec momentané. Un livre a sa vérité absolue dans l'époque. Pour Renan, autrefois tout tait considéré comme étant. On parlait de droit, de religion, de politique, de poésie d'une façon absolue. Maintenant tout est considéré comme en voie de se faire. Pour Sartre l'histoire est un affrontement. Progressistes et classiques ne se succèdent pas mais s'affrontent. Finkeilkraut a cette formule : être moderne ce n'est pas un constat, c'est un combat.

Du coup, quand les choses tournent mal on ne peut plus s'en prendre à Dieu, on s'en prend alors aux autres, aux hommes. En faisant de la liberté la marque distinctive de l'humanité, l'humanisme met les hommes à égalité. La lutte des classes devient le nouveau champ de bataille,la lutte entre anciens et modernes.

La modernité a engendré le divorce entre le discours et sa représentation. Le signifiant s'est libéré de la loi paternelle du père, de la grammaire. Sartre conclut dans Les Mots : un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui. L'eschatologie égalitaire réclame à la fois que nous soyons tous auteurs et efface pour de bon la figure paternelle, transcendante, intimidante de l'auteur.

Tous auteurs dans un monde sans auteur. Alain Finkeilkraut.
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