J'ai toujours été ne plus.
J'ai croisement.
Echappement.
Là où dans le sens du vent va
Je me refuse alors.
J'ai feuille.
J'ai qui s'équilibre.
La feuille ne tombe pas,
Volle, voyage, fusée lente, s'achemine,
Prend soin de son aïlleul.
J'ai feuille lente,
Ensemble, berçante.
J'ai l'automne,
L'automne des feuilles lentes,
Des fusées pélégrinantes.
J'ai les applaudissements
Des arbres modes,
Des arbres d'été,
Des arbres permanents.
J'ai ne pas finir.
J'ai l'idée qu'en moi je fus et qu'en genèse aussi il y eut. J'ai été sans support. Et alors c'est cri. C'est irrémédiablement cri.
Autour du point rouge j'ai galopé les veines. C'est ainsi que l'histoire se raconte habituellement. Un mouvement absurde, un mouvement cruel. Un cri, et encore un. Ebranlement des tensions. Cela
pousse tout autour. Cela ne tait pas.
- Est-ce cela le silence ?
Le dépôt tempète,
Ton coeur tumultueux réduit ?
Un vase d'encre,
Les mots liquides,
La femme ?
- ...
- Est-ce cela le silence ?
L'ovale clos,
Ton coeur attaché,
Des autoroutes impossibles,
Un réseau induit ?
Un voeu ?
- ...
- Est-ce cela le silence ?
L'entrée,
La marche,
L'attente,
Le désordre critique,
Un voile, un encens,
Une grotte ?
- ...
- Est-ce cela le silence ?
Les autres,
Les maladresses,
Les conséquences,
- Non ce n'est pas cela le silence
- ...
Et nous y fûmes.
C H A N S O N
Mon cheval arrêté sous l'arbre plein de tourterelles, je siffle un sifflement si pur, qu'il n'est promesses à leurs rives
que tiennent tous ces fleuves. Feuilles vivantes au matin sont à l'image de la gloire...
Et ce n'est point qu'un homme ne soit triste, mais se levant avant le jour et se tenant avec prudence dans le commerce d'un
vieil arbre,
appuyé du menton à la dernière étoile,
il voit au fond du ciel de grandes choses pures qui tournent au plaisir.
Mon cheval arrêté sous l'arbre qui roucoule, je siffle un sifflement plus pur...
Et paix à ceux qui vont mourir, qui n'ont point vu ce jour.
Mais de mon frère le poète, on a eu des nouvelles. Il a écrit encore une chose très douce. Et quelques-uns en eurent connaissance.
Je découvre avec beaucoup d'émotion la poésie de Saint-john Perse. Son écriture c'est un peu ce que, enfant, je rêvais en imaginant
l'écriture : un grand style et le sublime, de l'eau pure pour rincer mes dents de silencieux. Dans le sublime les considérations stylistiques sont subordonnées à l'éthique et non
au public, au pathos. Le poète fait appel à une rhétorique profonde, intime, et non à une rhétorique restreinte, de surface. Pour lire Saint-John Perse je me fais aider de ce livre (ci-dessous)
publié chez Honoré Champion : La rhétorique profonde de Saint-John Perse, par Colette Camelin et Joeëlle Gardestamine. L'étude est claire, abordable, lisible et
surtout elle met en scène les poèmes.
Quand Emmanuelle Héran arrive comme conservatrice au musée d’Orsay, elle découvre, dans les réserves, plus de 200 sculptures animalières
et décide de sortir au grand jour ces richesses oubliées. A partir de cet été, le musée parisien présentera donc une section entièrement dédiée à l’art animalier. En attendant, Orsay a prêté une
partie de sa collection à La Piscine de Roubaix pour une exposition intitulée avec humour « Le Zoo d’Orsay ». C’est dans un décor vert pomme que sont exposées un peu plus de 150 œuvres
signées des plus grands noms : Manet, Courbet, Delacroix, Bonnard, Pompon, Gauguin, Grasset, Doré… Les animaux sont classés par « famille ». Ainsi, peut-on, grâce à un choix varié
de tableaux, dessins, pastels, sculptures et objets d’art couvrant toute la période de 1848 à 1914, passer des animaux à plumes (faisans, paons, canards, coq…), aux animaux exotiques (girafes,
singes, éléphants, antilopes…), domestiques (chats, chiens, chevaux…) mais également au monde marin. Le public se retrouve à l’intérieur d’une véritable ménagerie, les cris des différents animaux
étant diffusés en fond sonore. Autre exposition accrochée au même moment à La Piscine : « Bijoux-sculptures. L’art vous va si bien ! ». 150 bijoux provenant de différentes
collections, dont celle de Diane Venet, épouse du sculpteur Bernar Venet et commissaire de l’exposition, proposent une autre vision de la parure aux XXe et XXIe siècles. Il n’est pas question ici
de joaillerie mais d’art moderne et contemporain où l’on croise les noms de Calder, Fontana, Picasso, Rauschenberg, Kapoor… Ils ont tous créé des « sculptures to wear » souvent restées
inconnues du grand public.
Les roubaisiens
ont de la chance d'avoir cet endroit. Ce musée offre un nombre d'oeuvres intéressantes impressionnant. Il y en a partout, dans des salles minuscules, dans des escaliers, des couloirs, des lieux
anciens réstaurés ou des salles modernes, et bien sur il y a la piscine, lieu de mémoire, où l'on entend encore quand on entre les cris des enfants, l'eau en mouvement. Le lieu n'invite pas
forcemment à la méditation, mais plutôt à la rêverie. Lieu sans aucun doute de flânerie qui multiplie les angles de vues, oeuvres devinées, suggérées, reflétées dans l'eau, le verre, à travers
les vitres dans le jardin ; lieu habité, au contraire d'un musée classique où le vide de l'absence peut être angoissant, ici aucune passivité possible, vous passez votre temps à monter,
descendre, déambuler,
pas deux mètres sans que toutes les perspectives changent, dans les forêts de statues, la fraicheur des bains, les cabines
transitoires devenues dépôts éternels. Le vingtième siècle aime détourner la matière plutôt que la créer, La Piscine de Roubaix illustre parfaitement cette possibilité. Le cloître
illustre ce parti pris : il s'agit bien d'un cloître, il s'agit bien d'un jardin, sauf que la verdure est mise en scène, sauf que les plantes sont celles de nos
assiettes, et que tout cela s'expose au regard.
La Piscine de Roubaix
multiplie les intérêts. Il y a tout d'abord le lieu. Il est possible de visiter ce musée juste pour son
architecture. Ensuite le promeneur est invité à parcourir trois lieux d'exposition indépendants et qui pour autant se répondent. Tout d'abord, en entrant, tout de suite, l'exposition
temporaire autour de la faune traîtée par les artistes, ensuite ce qui pourait s'appeler le musée municipale, avec le patrimoine de la ville mis en valeur, et enfin deux salles consacrées à
l'artisanat du luxe où les oeuvres de Picasso, Graque ou Appel sont détournées par eux-mêmes pour devenir des bijoux.
Je poursuis ma lecture de Grammaires de la création de George Steiner. Approfondissant son exploration du chaos, le sixième
paragraphe du premier chaptire interpelle la possibilité du non-être. La grammaire exprime l'existence dans le prédicat, dans le être qui est présent dans preque tous les verbes. Le
langage s'oppose à l'expression du non-être. Le poète Yeats s'interroge : Pourquoi m'avoir imposé de vivre ? Qui ne s'est pas un jour demandé s'il ne pouvait pas plutôt rien y
avoir ?
Quels que soient nos devenirs nous finissons. Selon Levinas, seul l'altruisme peut adoucir la terreur de l'existence. Pour Steiner il s'agit là d'une dérobade. A la manière du Roi Lear nous
sommes des hôtes importuns.
L'art pose la question d'une manière plus facile : Qu'en est-il des responsabilités du créateur envers sa production ? Selon Luckas, l'artiste est responsable de son oeuvre et de ses
abus jusqu'à la fin des temps. Malheuresement l'art est devenu un ornement des barbaries.
Job ne pose pas la question de la justice, mais celle du sens. Job se demande si Dieu est débile ou sadique, s'il est un
"Dieu sans Dieu" pour reprendre l'expression de Karl Barth. Job annule la Genèse : périsse le jour où j'allais être enfanté et la nuit qui a dit : Un homme a été conçu !". Le cosmos est ici
maudit. Un immension pourquoi jaillit de la bouche de Job, la cendre défit la flamme. Dieu répond en une litanie de questions. Où était Job quand le cou du cheval a été revétu d'une crinière ? Ce
langage permet à Job de voir Dieu à travers un acte d'écoute.Claudel s'insurge contre la réponse de Dieu : "quelle déception ! L'architecte nous promène d'un plan à l'autre de ses
constructions." Selon Buder la création est une réponse possible : "La création du monde est justice : non pas une justice qui récompense et compense, mais une justice qui distribue et donne. La
création elle-même signifie déjà communication entre créateur et créature."
La réponse de Dieu est pour Steiner la théorie même de l'art pour l'art en tant que création pour la création, car la seule
objection de Dieu a la question de Job est "la création", l'impertinence festive. L'artiste qu'est Dieu ne saurait même contenir dans son immensité les pressions de la créativité. S'il y a
quelque chose plutôt que rien c'est qu'il excède son être solitaire. Nietzsche résume "l'art dit oui.Job dit oui."
Lille
ne se fleuve pas
il faut
le mérite de la traversée.
A bon port
vous êtes là pour toujours
Lille vous retient
qui croyez reverser.
Lille se marche
en rides converges
rides avenues fondues
rides ruelles tendues.
Lille se noie de ses dix doigts
enrobée
embriquée
embétonnée
gloups.
Jan Abbie
Derniers Commentaires