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Julien Baete

julien-baete.jpgBientôt ici des pages consacrées à Julien Baete, artiste.

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Djamel Tatah

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 











Francis Moreeuw

Francis Moreeuw est un artiste lillois. Allez voir son site.
Ci-dessous une partie de la  série des "Saint Georges"
(1 ; 2 ; 4 ; 5). Vous voyez ici seulement la partie gauche du tableau.








































































































Images Aléatoires

Lundi 14 avril 2008

Diderot a révolutionné l'art de son temps car il a été le premier à mettre sur le même plan littérature et peinture. Ce qui vaut pour l'un vaut pour l'autre. Dans ses Oeuvres esthétiques il n'élude cependant pas les contradictions stimulantes qu'il y a entre ces deux arts.

 

Ce qui me rassure chez Diderot, au regard de l'article de Annie Mavrakis "Ce n'est pas de la poésie ; ce n'est que de la peinture" paru dans Poétique n° 153, c'est qu'il n'es pas homme de système. Il est capable de passer d'un extrême à l'autre, voire de se contredire. Pourquoi cela ? Ce n'est pas un homme de cabinet, c'est un homme de terrain, il rencontre la réalité. Cette posture me rassure car j'éprouve souvent de la difficulté à émettre une opinion définitive. Il y a toujours une fait qui contredit l'ensemble d'une réflexion. Il est difficile d'être objectif et systémique en même temps. Il y a toujours un grain de sable.

Une des contradictions les plus évidentes est l'ardeur mise à la tâche ; écrivant à Grimm :
Ah ! mon ami, quel art que celui de la peinture ! J'achève en une ligne ce que la peinture ébauche à peine en une semaine.

Diderot prend aussi en compte la difficulté technique nécessaire pour peindre. La sensibilité et l'enthousiasme ne suffisent pas. La peinture est donc hors de portée de l'écrivain pour qui un coeur tendre et une âme mobile suffisent.

Ce qui sépare le tableau de l'écrit c'est le déficit de réalité. Il y a entre ces deux imitations la différence d'il peut être à il est. De plus le poète ne peut fournir que d'insuffisantes précisions pour aider le peintre à saisir le formes alors même que la peinture donne au poète d'ensemble de ce qui est à voir.

Et malgré toute cette argumentation nourie par l'expérience Diderot est le premier à mettre en valeur l'inspiration poétique de la peinture. La poésie devient la source de l'art pictural.

Diderot devient peu à peu, au fil des salons, critique d'art. Il utilise pour cela sa plume facile et sa sensibilité. Avant tout, et c'est de son temps, il a besoin qu'une oeuvre soit convaincante sur le plan mimétique. Il commence par poindre les artistes qui ont un défaut dans l'observation de la nature, Ô que nos peintres on peu d'esprit ! qu'ils connaissent peu la nature.

Sa critique repose sur l'idéal. Il reproche à beaucoup de peintres d'avoir certes de la technique mais peu d'idéal, ce qui a pour conséquence par exemple des surcharges de personnages là où il aurait été beau de représenter le silence. Diderot ne supporte pas que le poème soit pris pour alibi et donne l'impression de n'avoir pas été compris aux vues de tel ou tel détail. Le peintre doit se laisser mener par le poète. Cette obsession devient un critère, si une oeuvre sort de la narration du poème elle est critiquable : ce n'est pas ainsi que les poètes les a vues. Il démontre ainsi que seule la poésie peut transcender les images visuelles et leur conférer une perfection.

Diderot est parfois de mauvaise fois. Il aime à dire, à chaque salon, voilà ce que j'aurais fais, comme si dire c'est faire. Il est vrai que peu à peu il ne cherche pas seulement à lire un tableau mais il voudrait en faire naître de sa narration.


De toutes ces conceptions naît l'idée que le tableau doit raconter une histoire. Une toile ne doit donc pas être un paysage.

La peinture devient pour le littérateur un matériel excitant, incitateur d'écriture. A propos du tableau de Greuze (ci-contre) il s'enthousiasme : le sujet est si fin que beaucoup de personnes ne l'ont pas entendu ; ils ont cru que cette jeune fille ne pleurait que son serein. Il rivalise d'ingéniosité avec le poète, le peintre, le poète peintre. Il n'y a pas de salut de la peinture hors de la littérature.

Cependant, parce que nous l'avons vu Diderot réévalue sans cesse ses idées, il se rend compte que l'écrit ne peut transmettre le tableau mais seulement des impressions.. Il expérimente les limites du langage : tout cela se sent fortement et ne se décrit point. A propos de Chardin, qui est son peintre favori, il est difficile d'exprimer le silence de la composition :
Vous revoilà, grand magicien, avec vos compositions muettes ! Qu'elles parlent éloquemment à l'artiste !

Parce que les peintres ont appris à des générations à regarder des nuances, des expressions, Diderot voit dans certaines mimésis de la nature, la nature elle-même. L'art a donc révolutionné notre manière de voir la nature :
Il semble que je regarderais l'effet de l'art comme celui de la nature. Ce n'est pas au Salon, c'est au fond d'une forêt, parmi les montagnes que le soleil ombre et éclaire, que Loutherbourg et Vernet sont grands.


A propos du tableau ci-dessus de Vernet, "Clair de lune" : Il était nuit, tout dormait autour de moi ; j'avais passé la matinée au Salon. Je me recordais le soir ce que j'avais vu. J'avais pris la plume, l'allais écrire ; j'allais écrire que le Clair de lune de Vernet était un peu sec et que les nuées n'en avaient paru trop noires et pas assez profondes, lorsque tout à coup je vis à travers mes vitres la lune entre les nuées, au ciel, la chose même que l'artiste avait imitée sur sa toile. Jugez de ma surprise lorsque, me rappelant le tableau, je n'y remarquai aucune différence avec le phénomène que j'avais sous les yeux : même noir en nature, même sécheresse. J'allais calomnier l'art et blasphémer la nature. Cette critique, par sa dimension dramatique, est très belle. Il n'y a qu'un pas pour dire que l'artiste crée la nature. Le peintre n'est plus un répétiteur mais un créateur. L'artiste a scucité un deuxième monde. "La phantasia a relayé la mimèsis" pour reprendre les mots d'Annie Mavrakis.



A propos de divers tbleaux qui représentent la mer parmi lesquels celui de ci-dessus il a cette emphase magnifique tirée du  Salon de 1763 :

C'est Vernet qui sait rassembler les orages, ouvrir les cataractes du ciel et inonder la terre. C'est lui qui sait aussi, quand il lui plaît, dissiper la tempête et rendre le calme à la mer, et la sérénité aux cieux. Alors toute la nature sortant du chaos s'éclaire d'une manière enchanteresse et reprend tous ses charmes. [...] Les mers se soulèvent ou se tranquilisent toujours à son gré, le ciel s'obscurcit, l'éclair s'allume ; le tonnerre gronde, la tempête s'élève, les vaisseaux s'embrasent, on entend le bruit des flots, les cris de ceux qui périssent, on voit, on voit tout ce qu'il lui plaît.


A propos de Chardin, le peintre le plus estimé, il a cette phrase :

C'est que ce vase de porcelaine est de la porcelaine ; c'est que ces olives sont réellement séparées de l'oeil par l'eau dans laquelle elles nagent ; c'est qu'il n'y a qu'à prendre ces biscuits et les manger, cette bigarade, l'ouvrir et la presser, ce verre de vin et le boire, ces fruits et les peler, ce pâté et y mettre le couteau.

Je ne vous dirai de Chardin qu'un seul mot : choisissez son site ; disposez sur ce site les objets comme je vous l'indique, et soyez sûr que vous aurez vu ses tableaux.

Au terme de ce parcours où je me suis régalé, je me fais diverses réflexions. J'en retiendrais deux. Tout d'abord je trouve qu'il y a dans l'art une sorte de fascination pour la mimésis. Je ressens ça très fort au cinéma. Au plus une scène paraît réelle au plus j'adhère de manière émotive. Il se passe quelque chose d'irrationel qui me réjouit. Est-ce que cela aurait à voir avec notre instinct de création, de créer du même, afin de ne pas mourir, d'exister encore autrement, et d'être dans cet autrement le plus nous-mêmes, je ne sais pas. L'ultra-réalisme artistique me fascine. L'autre chose que j'ai découverte à travers Diderot, et sans doute en le détournant, c'est cette capacité de l'art de nous regarder. Il y a une altérité. Nous seulement nous regardons un tableau mais le tableau nous regarde. Il change notre vision du monde. Il nous oblige à voir le monde différemment, c'est bien que l'art a un pouvoir. L'art me permet de me découvrir, de voir des choses tout à fait nouvelles à mon entendement. Cela est particulièrement vrai dans l'art contemporain.

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Lundi 14 avril 2008

 

 

Il s'agit d'un musée, on y trouve des oeuvres du siècle dernier, jusque là rien de très engageant si vous n'éprouvez pas le plaisir de regarder des réalisations parfois alambiquées voire torturées. Pourtant le LAAC est surprenant.

Tout d'abord il se situe au tout départ d'une digue, aux derniers confins d'un port industriel, à portée de l'écume de la mer du nord. Son emplacement est à la croisée de la plaisance, de l'industrie et de la ville. Après s'être garé au bord de la mer et avoir respiré l'air marin on entre dans un parc qui donne l'impression de s'enfoncer dans la terre. La verdure forme des dunes, des digues, d'un seul coup on se retrouve dans un écrin très silencieux, à l'abri du vent, et qui est par conséquent reposant. Il n'y a pas de doute, passé la grille vous entrez dans un autre univers à la fois très dunkerquois, car il y a des dunes, des blokaus, de l'eau, et à la fois tout différent car l'eau est douce, les dunes sont verte, le vent est prisonnier.



La plus imposante des dunes est évidemment le musée. Je n'adhère pas entièrement à certains choix d'aménagements, sans doute parce que je n'aime pas le carrelage blanc, il y a un petit côté piscine. A part cela les oeuvres sont disposées de telle manière à ce que l'on fasse un chemin linéaire et circulaire, sans devoir réfléchir à la direction, et donc ainsi on est à l'aise, on se laisse porter. Le chemin est constitué de stations, chacune indépendante et singulière, dans une espèce de cube blanc. Il y a des cubes où j'aurais pu rester des heures, dans des instalations insolites, et d'autres que j'ai traversés rapidement car parfois je reste dubitatif et septique devant certaines élucubrations, une poubelle entourée d'une protection muséale par exemple ; peut-être  l'irritment est justement le but recherché. Le plus singulier se situe au dernier étage : il y a des armoires en bois que l'on peut ouvrir et qui suscitent la curiosité. On y trouve des dessins, des carnets, des livres d'artistes. C'est complétement ludique.





Bref j'ai passé un très bon moment et je vous le recommande. L'entrée est à 4.50 € ou à 3 € si vous bénéficiez d'une réduction, et cela vous donne droit à visiter le musée municipal de Dunkerque. Celui-ci vaut aussi le détour, mais pour d'autres raisons. Il est complètement morbide et vous donne l'impression de faire un voyage dans le temps de cinquante ans en arrière, alors même que certaines oeuvres sont de très grandes qualités. Ce musée est impossible. Il faut avoir le moral pour le visiter. Cela dit ça peut être une expédition très drôle, vous rencontrez quelques vestiges des politiques culturelles passées avec ici ou là un peu de poussière. C'est un peu dommage car quelques oeuvres valent le détour.

 

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