Désangagement sur le départ c'est une histoire banale : un père, une fille, un fils, le décès du père, les funérailles. Mais voilà, le père est accompagné dans
l'au-delà par la mélopée de Barbara Hendriks, le fils est un fils adoptif policier israëlien, la fille est en réalité une mère qui n'a jamais vu sa fille. Amos Gitaï signe là probablement
son plus bel opus.L'oeuvre a un rythme temporel et un rythme spatial : c'est un temps court et l'opposition de deux temps longs. Le temps court permet de créer du lien avec l'oeuvre précédente d'Amos Gitaï et ce nouveau film, entre Israël et la France. Un jeune policier israëlien arrive en France en passant pas l'Italie, pour rejoindre son père mourant à Avignon. C'est à ce moment que le premier temps long commence, dans une maison impossible, où le grandiose croise la décadence. Chaque phrase du récit est ponctuée par des instants de pure magie, presque hallicunatoires : le chant envoutant de Barbara Hendricks, une descente dans une cave où la déchéance humaine se mobilise pour étouffer ensemble... Autant le premier temps long nous enferme dans un huis-clos, autant le deuxième temps nous entraîne d
ans les espaces ouverts du désert de gaza. Ces deux
espaces ont leur ambivalence : l'espace clos est traversé de courants d'air et les collonies israëliennes sous le soleil paradisiaque des oasis sont oppressantes, nous sommes dans une
demeure décadante ouverte à tous les possibles et dans une prison charmante.Les scènes de rencontre sont magnifiques. La caméra entoure les personnages, elle prend son temps, elle détecte des émotions touchantes, simples. Les liens entre la soeur, le demi-frère, le père, la fille, la petite-fille, sont explorés dans la tension de l'achèvement.
Dans ce film le désangagement est impossible. Il n'y a pas de désangagement. Certes une population quitte Gaza mais toujours elle reste, et toujours une autre demeure.Amos Gitaï voudrait-il nous dire que l'irrésolution du conflit tient peut-être au fait qu'il est impossible de quitter une terre ? Une population chasse l'autre, la roue tourne, chacun demeure dans la paix ou le conflit, mais demeure.
Sur le plan poétique les textes nous donnent le sentiment qu'ils sont récités, comme si ils étaient intériorisés depuis lontemps ; même la souffrance, la détresse, la colère sont esthétisées au point où elles laissent entendre qu'elles ont un passé, qu'elles ont été formulées dans le coeur depuis des générations. Ce que j'essaie de traduire ici, c'est cette impression que le texte est le résultat d'une histoire très longue, les voix viennent de loin, elles trouvent leur source dans les mythes collectifs et personnels. Autrement dit il y a du lyrisme élégiaque dans ce film, à tous les étages, depuis les lumières, les silences, les chants, jusqu'à l'accomplissement du sens qui trouve sa source non point seulement dans l'amour, mais dans la vie, parce que c'est la vie.







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