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Julien Baete

julien-baete.jpgBientôt ici des pages consacrées à Julien Baete, artiste.

julien-baete-2.jpg

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Djamel Tatah

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 











Francis Moreeuw

Francis Moreeuw est un artiste lillois. Allez voir son site.
Ci-dessous une partie de la  série des "Saint Georges"
(1 ; 2 ; 4 ; 5). Vous voyez ici seulement la partie gauche du tableau.








































































































Images Aléatoires

Lundi 31 mars 2008
J'ai fini les vraies vies.
J'ai atteint les solitudes avec arrachement.
Il va falloir ne plus.
Trop de ruptures.
Trop d'évasements.
Tout cela n'est pas un exercice qui se suffit au coeur.
Nous sommes prophètes.
Les fissures sont larges qui ne s'attachent pas autrement que par les lois où nous fûmes, par expérience.

Jan Abbie.
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Lundi 31 mars 2008
 Dans ma musique, il y a beaucoup de silence.
Il y a surtout du silence.
Il y a du silence avant tout qui doit prendre place.
Le silence est ma voix, mon ombre, ma clef... signe sans m'épuiser, qui puise en moi.
Il s'étend, il s'étale, il me boit, il me consomme.
Ma grande sangsue se couche en moi.
 Henri Michaux, Passages, Gallimard, p. 118
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Lundi 31 mars 2008

La révolution est selon moi un moment important de l'histoire : le langage pendant une période de quelques années s'est conjugué avec des actes, les mots sont devenus des événements, les places de Paris sont  des théâtres où le destin d'un peuple s'est joué. Les phrases, les mots, les idées de Voltaire, Rousseau, Diderot, sont devenus du sang. Marc Fumaroli utilise le mot sublime pour décrire cette coïncidence.

C'est avec cette conception de l'histoire que j'ai lu La mort de Danton de Georg Büchner.

Danton, un orateur prestigieux, un acteur impitoyable de la révolution française sera sacrifié par Robespierre car le peuple qui n'a pas de farine réclame du sang, réclame un responsable.

Lors de son procès Danton dit : La Révolution connaît mon nom. Ma demeure sera bientôt le néant et mon nom dans le panthéon de l'histoire. Ac III sc 6

Barrère qui est membre du commité de salut public a ces mots très clairs : Oui, va, St Just, et tisse tes périodes où chaque virgule est un coup de sabre et chaque point une tête coupée. ac III sc 6

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Vendredi 28 mars 2008

n-roli.jpgJe ne vous ai jamais raconté le pourquoi de l'adresse de ce blog : néroli. Le néroli est une essence de parfum que j'aime beaucoup. C'est plutôt féminin, même complètement, et ça ne me dérange pas, ça ajoute un peu d'excentricité à ma dégaine qui en a grand besoin. Mon deuxième cheval, que je ne monte malheureusement plus aujourd'hui, s'appelle Sir Néroli. Ce nom est exquis, délicat, et presque touchant. "Néroli" déclanche chez moi, à la manière d'une madeleine proustienne, une foule de sensations. C'est une couleur spécifique, une odeur, une puissance animale, une esthétique. C'est une quantité de souvenirs.

J'ai trouvé dans une encyclopédie des parfums la note suivante :

Pendant tout le XVII° siècle, l’odeur de la fleur d’oranger embauma toute la Cour du Roi. Marie de Médicis et son fils Louis XIV, ont toujours été fascinés par cette odeur et particulièrement par celle des fleurs du bigaradier dont l’odeur est plus franche et plus stable que celle des orangers à fruits doux. En 1684, Louis XIV transfère de Fontainebleau à Versailles, le bigaradier " Grand Connétable " et l’installe dans son orangerie. Il s’appellera maintenant : bigaradier " Grand Bourbon " et sera le fleuron de sa collection.

 

n-roli-3.gif


L’origine du bigaradier se situe en Chine méridionale, il apparaît dans les textes arabes au X° siècle. Son expansion se poursuit en passant par l’Inde Orientale, l’Irak, la Syrie puis, au XII° siècle, la Palestine. Ensuite, à l’époque des Romains il se répandit sur tous les pays méditerranéens. Le bigaradier ou Citrus Aurantium amara, appartient à la famille des Rustacées. Sa fleur est le symbole de la virginité, les Romains offraient des guirlandes de fleurs de bigaradier aux nouveaux mariés et aujourd’hui, encore, dans la région de Grasse, on offre des guirlandes de fleurs d’oranger aux couples qui convolent pendant la floraison, au moment de la récolte, c’est à dire en avril ou en mai.n-roli-2.jpg

 

Les fleurs de bigaradier, fraîchement écloses, additionnées d’eau pure, sont mises en alambic et distillées. Les condensas produisent l’" Eau de Naphe ", correspondant à l’eau des fleurs, dite de " Fleur d’oranger " et une huile essentielle de bigaradier de couleur jaune pâle dont l’arôme est unique, délicat, doux, très sucré, fleuri, plaisant, rafraîchissant et particulièrement féminin. Aucun produit synthétique n’a pu reproduire sa perfection. Un pied de bigaradier de bon rapport peut donner de 10 à 15 kg de fleurs. Il faut 1000kg de fleurs pour obtenir 1 kg d’huile essentielle, c’est dire le prix très élevé de ce parfum. Cette base sert dans l’élaboration des " Eaux de Cologne ".

Bigaradier.jpg


Le bigaradier

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Jeudi 27 mars 2008

wes-anderson.jpg
Wes Anderson est un réalisateur fascinant à la plastique qui me convient complètement. Il y a dans le Télérama de la semaine dernière une photo de lui que je n'ai pas retrouvée sur internet. Il est représenté avec un collier asiatique. J'ai aimé A bord du Darjeeling Limited mais sans plus. Trois frères vivent une espèce de voyage initiatique. Je trouve que c'est particulièrement bien tourné, il y a des séquences éblouissantes, des réalismes "baroques" complètement inatendus, cependant l'ensemble n'est pas à la hauteur des finesses particulières.

anderson.jpg
Ces trois photos sont tirés d'un court-métrage projeté avant le film. Il y a un lien  entre le film et le court-métrage. Il s'agit  d'une scène qui a dû se vivre quelques jours avant le départ en Inde des trois frères. J'ai été séduit par le jeu de l'acteur moustachu. Je l'ai trouvé très drôle, très présent, touchant.

a-bord-du-darjeeling-limited.jpg

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Jeudi 27 mars 2008

Il a fallu quelques minutes pour que je me fasse au concept puis après c'était que du régal. J'ai beaucoup ri. Benscherit faisait revivre dans chacun des personnages tout leur passé cinématographique. Le film n'est pas un chef d'oeuvre mais un hors d'oeuvre très prometteur.

j-ai-toujours-r-v--d--tre-un-gangster.jpg


L'ensemble ressemblait plutôt à un assemblage judicieux de courts-métrages. Regardez la photo ci-dessus, les vieux de la vieille, leur dégaine, leur manière de poser les bras, on voit d'ici le pistolet caché je ne sais où.

 

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Mardi 25 mars 2008

kingston.jpg
kingston-2.jpg

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Mardi 25 mars 2008


apprendre---finir.jpg

Ce n'est pas que je n'ai pas aimé, je n'ai juste pas été conquis par l'écriture. Une fois lu l'incipit on a l'impression d'avoir lu tout le roman. C'est sans cesse les mêmes phrases qui reviendront, le même ton. Même si le sujet est intéressant (une femme vit le retour d'hôpital de son mari alors même que leur couple est en difficulté) et même si le livre est court, je me suis vite ennuyé.

Pour vous donner une idée parmi les phrases que j'ai aimées  :

Cette bouche morte aux sourires comme s'il ne connaissait plus ça dans sa région de vie. p. 16

J'avais cette boulimie qu'on a, à vouloir tout donner parce qu'on se dit que ce ne sera jamais assez à côté de ce qu'on a reçu.   p. 37

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Mardi 25 mars 2008

10000.jpg


Pourquoi ne pas avouer que j'éprouve un certain enthousiasme à aller voir ce genre de film. 10 000, c'est typiquement la séance que je m'offre quand j'ai besoin de ne pas penser. Et c'est efficace. Il y a un moment où je me suis mis à rire en imaginant les acteurs devoir se donner du "Je crois en toi Calvanette, tu réussiras à vaincre le Dondosaure, victime de tant de maux pour notre tribu."

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Lundi 24 mars 2008

le-nouveau-protocole.jpg
Je ne sais pas trop quoi penser de ce film. Par certains aspects j'ai beaucoup aimé. La bande-son est très prenante, réaliste, envahissante. Le thriller fonctionne, il a y de l'action, du rythme, du suspens. Ce que j'ai préféré c'est le traitement réaliste de l'histoire : un père cherche à savoir ce qui a tué son fils, pour cela il affronte une entreprise pharmaceutique très puissante. A chaque instant du film j'ai douté. Fallait-il faire confiance aux firmes pharmaceutiques ou à l'altermondialiste paranoïaque. La réalisation donne l'impression de n'avoir pas fait son choix. C'est sans doute la force et le défaut du film. Plutôt que de proposer du prémaché il y a dans ce récit une indécision permanente. Cette indécision si elle concourt au réalisme laisse le spectateur un peu sur sa fin. Car finalement que reste-t-il de ce film ?

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Lundi 24 mars 2008

il-y-a-longtemps-que-je-t-aime.jpgCe n'est pas le film de l'année, ce n'est même pas le film de la semaine. Il n'y a bien que le Figaro pour voir dans ce film un intérêt artistique. Je n'ai pas été déçu par le film de Philippe Claudel car il était annoncé comme décevant. Même si le sujet est surprenant, le traitement est attendu. Une mère tue son fils car médecin elle anticipe sur les souffrances dûes à la maladie qu'elle a diagnostiqué chez lui. Au début du film elle revient, après quinze ans de prisons, chez sa soeur.

Philippe Claudel choisit souvent l'ellipse pour ne pas tout dire, pour créer une esthétique. Cependant ce qui est caché se devine trop facilement et inversement il y a des sentiments soulignés beaucoup trop fortement. Je n'aime pas ces cinéastes qui prennent les spectateurs pour des idiots comme s'il était nécessaire de tout expliquer plusieurs fois. La dernière réplique du film est très lourde. La matricide interpelle son beau-frère en lui criant "je suis là". Et après un moment de silence, avec un ton très mélancolique, très soutenu, très surligné, elle redit à sa soeur, pour bien montrer que c'est de cela qu'il s'agit : "je suis là". Cette dernière réplique était censée provoquer les larmes, elle m'a fait rire.

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Samedi 22 mars 2008

pierre-guyotat.jpg

C'est avec encore une grande émotion que j'écris ces lignes. Je sors de Formation et il ne fait aucun doute pour moi qu'il s'agit là d'un grand livre. Je ne connaissais rien de l'auteur avant d'ouvrir le livre. Tout de suite je suis entré dans cette écriture très moderne et très maîtrisé. J'entends des voix dire Guyotat difficile, hermétique. C'est tout le contraire, sa langue est de notre temps et lui parle. Il y a beaucoup de lyrisme dans la syntaxe de l'auteur.

pierre-guyotat-2.jpgComme il se libère pour quelques heures de ses patients, comme la France se libère, comme le grand fleuve, alors tumultueux, apparaît déjà, au fond de la gorge, jaune et bleu, comme je respier à ses côtés, il chante. p35

L'imperfection est le gage de la survie de l'homme divin. Comme il faut que dans la pensée et dans son exécution il y ait du jeu pour éviter la terreur de la radicalité.
Le drame simultané des réfugiés, des "personnes déplacées", l'obsède, la progression soviétique le crée et le nourrit, comprend alors le malheur du peuple juif, comme deux ans auparavant le retour des déportés comprend et recouvre l'Extermination. p67.

La guerre , l'occupation nous font une tête grosse et des petites jambes maigres. p 117.

Les phrases de Guyotat ont quelque chose d'étrange, le superflus est banni, les mots parlent directement, vont directement de la page au lecteur. Il n'y a aucun cliché dans ce récit d'enfance française. Aucun.

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Jeudi 20 mars 2008

how-to-blow.jpgYinka Shonibare. Deux manequins, deux revolvers, tissus imprimés hollondais.

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Mercredi 19 mars 2008

shakespeare.jpg
Ce n'est pas simple de faire son choix parmi toutes les traductions des Sonnets quand on entend pas grand chose à la langue du personnage dont il est question justement. J'ai donc opté, comme souvent, pour la plus jolie et la plus pratique des présentations tout en me fiant à la réputation du traducteur, Robert Ellrodt, lequel a fait ses preuves avec Donne, Keats et Shelley. Je n'aime pas le blanc, les années quatre-vingt dix nous en ont trop servies, je n'aime donc pas le papier blanc, j'ai par conséquent un prédilection pour la collection "Babel" dont la couleur du papier est la même que le fond de leurs couvertures.

La présentation de Robert Ellrodt est de taille raisonnable. Il reste de l'énergie pour entamer les sonnets. De plus l'universitaire ne se perd pas en considérations génétiques imbuvables. Il resitue brièvement et efficacement l'auteur et son temps. Une place plus importante est donnée à l'interprétation de l'oeuvre dans une langue très élégante : "Le sonnet appelle la cristallisation de l'attention autour d'un moment isolé d'émotion, de méditation, ou de réminescence." ou encore, "Cependant le poète anglais n'est pas tourmenté par un sentiment religieux de culpabilité et n'a donc pas besoin de recourir à une sublimation platonicenne qui prétendrait transformer sa passion en un amour du divin.".

Le mieux est de se lancer dans les sonnets. Chaque sonnet fait face à son original.  Ils ne suivent pas un plan ou un schéma narratif, il est donc possible de butiner. Je vous laisse ici le sonnet préféré de Wirginia Woolf. Le poète dans chacun de ses sonnets s'adresse à son amant.

   De vous je me trouvai éloigné au printemps
   Quand Avril chamarré en ses plus beaux habits
   Partout mettait un esprit de jeunesse, faisant
   Avec lui rire et sauter le grave Saturne.
   Pourtant ni le chant des oiseaux ni l'odeur suave
   Des fleurs aux coloris et aux parfums divers
   N'ont pu me faire dire quelque conte d'été,
   Ni les cueillir au sein superbe qui les vit croître ;
   Je ne m'émerveillais de la blanceur des lys
   Ni ne louais le sombre incarnat de la rose.
   Ce n'était qu'agréments, symboles de délice
   Copiés sur vous, vous le modèle de tout délice.
      Mais l'hiver semblait régner toujours : vous absent,
      Je jouais avec eux ainsi qu'avec votre ombre.


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Mardi 18 mars 2008

Je regrette beaucoup n'avoir pas pris davantage de temps pour découvrir la dernière exposition du Palais des Beaux Arts de Lille. J'étais au début sceptique. Il s'agissait de restituer l'ambiance d'un projet qui s'est constitué au lendemain de la seconde guerre mondiale. De jeunes artistes talentueux et rétifs à l'enseignement académique se sont réunis dans un atelier, rue de la Monnaie à Lille. Cet espace devient vite un lieu d'exposition reconnu. Je ne disposais que d'un heure avant la fermeture. Il ne reste que le catalogue ou un dossier pédagogique en ligne plutôt bien fait.

la-monnaie-copie-1.jpg

J'ai particulièrement aimé ce tableau de Roger Frezin (1927), Hector Guimard pédalant dans son bain turc, 1972. Il y a un autre tableau que j'ai trouvé réjouissant mais que je n'ai malheureusement pas trouvé sur Internet (ou heureusement) : Corbillard espagnol de Pierre Olivier (1928).

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Mardi 18 mars 2008

Quand j'avais vingt-trois ans, un beau jour, je me  suis mis à lire Henri Michaux. C'était  vertigineux. Un vide se comblait en moi. Je me souviens avoir acheté toute sa poésie dans la collection poésie/Gallimard en une seule fois, c'était une nécessité. Henri Michaux a boulversé ma vision du monde. Il me disait quelque chose du type : c'est peut-être dans tes erreurs qu'il y a de la valeur ajoutée. Quiconque lit Michaux, se rencontre à un moment donné. Depuis, sa poésie ainsi que sa peinture ne me quittent plus. 

henri-michaux.jpg

J'ai été surpris de lire dans le dossier de presse du Théâtre National de Toulouse (TNT) consacré au Roi Lear un poème d'Henri Michaux extrait de L'Espace du dedans :

Un jour.
Un jour, bientôt peut-être.
Un jour j'arracherai l'ancre qui tient mon navire loin des mers.
Avec la sorte de courage qu'il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m'être indissolublement proche.
Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D'un coup égorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements de "fil en aiguille".
Vidé de l'abcès d'être quelqu'un, je boirai à nouveau l'espace nourricier.
A coup de ridicules, de déchéances (qu'est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j'expulserai de moi la forme qu'on croyait si bien attachée, composée, coordonée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, mes semblables.
Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m'avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l'estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

CLOWN, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l'esclaffement, le sens que contre toute lumière je m'étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l'infini-esprit sous-jacent ouvert à tous, ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée
A force d'être nul
et ras...
et risible...

Henri Michaux
L'Espace du dedans

Je comprends mieux, après la lecture de ce poème, le traitement du Roi. Le Roi est une diva risible, à la fois monument et vascillant. Dans la pièce de Jean-François Sivadier, le Roi est drôle. Parfois léger, souvent ridicule, perdant totalement son identité, réduit à n'être plus qu'un avec le Fou. Le personnage de Lear interroge la condition humaine. Il est délaissé, démuni, dépouillé et en représentation permanente, tout en étant de plus en plus à lui-même.

henri-michaux-2.jpg

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Mardi 18 mars 2008

pascal-collin.jpg

"C'est l'admirable bêtise du monde. Quand la santé de notre destin se dégrade, à cause le plus souvent de nos propres excès, nous déclarons le soleil, la lune et les étoiles coupables de nos désastres, comme si nous étions salauds par prédestination, crétins par contrainte céleste, voyous, voleurs et traîtres par ascendance zodiacale, alcooliques, menteurs et adultères par obéissance forcée aux influences planétaires, et globalement portés au mal par l'arbitraire divin. Un merveilleux alibi pour ce docteur ès putes qu'est l'homme, de mettre ses dispositions de bouc en rut sur le dos des étoiles. Mon père s'est accouplé avec ma mère sous la queue du Dragon et ma naissance s'est accomplie sous la Grande Ourse, d'où il s'ensuit que je suis une bête brute et obsédé. Putain ! J'aurais été ce que je suis même si la plus plur étoile de la constellation de la Vierge avait scintillé sur la genèse de ma bâtardise." Ac I, scène 2

Voilà ce que dit Edmond, le fils à la source de toutes les catastrophes. Et voici ce que le Fou dit au roi :

"Celui qui a une maison pour y caser sa tête n'a pas une case en moins.
Celui qui veut loger sa bite
Sans savoir où sa tête habite
Aura les morpions et les poux
Comme un mendiant sera l'époux
D'un harem de saloperies
Des bordels et des porcheries
Celui qui fait pour ses doigts de pied
Ce qu'il devrait faire pour son coeur
Sera par les cors estropié
Et comptera la nuit les heures.
Car on n'a jamais vue de belle femme qui ne se trémousse devant son miroir." Ac III, scène 2.

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Vendredi 14 mars 2008

Le Roi Lear
de William Shakespeare
traduction Pascal Collin
mise en scène Jean-François Sivadier

le-roi-lear-photo-1.jpg

Malheureuse que je suis, je ne peux hisser mon coeur jusqu'à ma bouche. J'aime votre majesté comme je le dois, ni plus, ni moins


le-roi-lear-photo-2.jpg   Il est difficile de parler justement d'une pièce aussi profonde, réussie et importante. Tout ce qu'on pourra en dire ne constituera qu'un aboiement prétentieux en bas de page. Je suis un spectateur néophite et j'aimerais ici tout juste exprimer mon émotion plus que mon sentiment. J'ai été transporté tout au long des trois heures trente de spectacle, complètement intégré à la vie des personnages, boulversé et ému. J'aimerais bien comprendre pourquoi.  

Tout d'abord il faut rappeler l'histoire, ou plutôt les histoires, car Le Roi Lear comporte deux intrigues : une principale et une subordonnée. 

La principale intrigue est celle d'un vieux roi qui décide de partager son royaume entre ses trois filles, Régane, Goneril, et Cordélia. La fille qui exprimera le mieux son amour pour le Roi aura la plus belle part. Cordélia refuse de flatter le roi, elle n'y parvient pas, alors même que c'est sans doute la fille qui a le plus d'amour pour son père, un amour vrai. Le Roi la déshérite et la contraint à l'éxil.Le Comte de Kent  sera également exilé pour avoir pris sa défense. Dans la pièce de Shakespeare Kent se travestit en Fou du Roi. Les deux autres filles finissent par rejeter leur père. Le Roi est désespéré.

L'intrigue secondaire est celle du Comte Gloucester (photo ci-dessus) et de ses deux fils. Le premier est illégitime, Edmond, le second est légitime, Edgar. Edmond fait croire à Edgar que sa vie est en danger et à son père qu'Edgar complote contre lui. Vous suivez ? Edgar s'enfuit et devient fou. Sur dénonciation des deux filles falillotes Clouster est accusé de trahison. On lui crève les deux yeux. Gloucester et Lear, tous les deux fous, se rencontrent sur les falaises de Douvre Edgar finit par tuer Edmond en duel. Cordélia est pendue, par ordre d'Edmond. Lear la porte dans ses bras. undefined Tous finissent par mourir excepté Edgar. 

Ce que j'aime beaucoup quand je regarde une pièce c'est d'être surpris. Ici j'ai été servi. Aucun répis pour le spectateur. La scène évolue, elle bouge, il y a même un moment où elle avance vers vous comme une armada de vaisseaux dans la tempête et le brouillard. C'est le moment le plus fort de la pièce. Je ne voyais plus les effets spéciaux, j'étais dans la tempête. Cette impression de participer à l'histoire vient sans doute du choix de Jean-François Sivadier de créer du lien physique avec le spectateur. Quand le Roi Lear entre en scène il vient du fond des gradins, il était parmi nous, puis il salue le premier rang (j'y étais). Cette communication crée une ampathie à laquelle j'ai adhérée facilement (ce qui n'est pas toujours le cas) car elle était sobre et juste. Il n'y avait rien d'agressif. Je reprends ici les termes du metteur en scène avant la représentation qui a eu lieu dans la cour des Pape : Il ne s'agit donc pas de participation, mais de la conscience que le spectateur doit avoir d'être partie intégrante de la construction de la pièce [...]. C'est l'utopie même du théâtre que de faire en sorte qu'il puisse se créer chaque soir avec ceux qui le regardent.".le-roi-lear-photo-4.jpg

L'acteur qui joue le Roi Lear est un quadra. C'est une volonté de la création d'avoir préféré mettre en valeur la maturité du roi plutôt que sa vieillesse. Nicolas Bouchaud est un acteur impressionnant. Il est imposant., drôle, touchant. S'il n'y avait pas une éblouissante Norah Krief on aurait parfois l'impression qu'il est seul sur scène. L'inégalité de la distribution est peut-être une petite faiblesse de la pièce, bien qu'il y ait des acteurs impressionnants et singuliers.

J'aimerais prendre le temps dans les jours qui viennent pour réfléchir sur les thèmes qui traversent le texte (le pouvoir, les rapports humains et familiaux, la  violence des sentiments, la folie, la vieillesse, le besoin d'amour, la fuite, la mort...). Il serais intéressant aussi de regarder le texte de plus près. Chaque réplique est une citation ou un sujet de philosophie au bac.
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Vendredi 14 mars 2008
Voici une grande dame, Isabell Werth, une des plus grandes cavalières au monde, probablement la plus talentueuse. Quand le talent se conjugue avec le travail ça donne du dressage de très haut niveau, jamais atteint. Isabell est une compétitrice née qui a les pieds sur terre. 

isabell-werth.jpg
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Vendredi 14 mars 2008

undefined
J'ai créé une page avec mes citations préférées. Cela représente une certaine gymnastique de l'esprit de lire une série de citations. Les citations sont parfois ce qu'il y a de mieux dans la littérature, des bijoux, et les lire en abondance représente une expérience agréable. Il faut juste ne pas en abuser.
  Il est certain que si par bonheur je devais m'échouer sur une île déserte, j'emporterais avec moi la bibliothèque nationale de France.

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