
Ce n'est pas simple de faire son choix parmi toutes les traductions des Sonnets quand on entend pas grand chose à la langue du personnage dont il
est question justement. J'ai donc opté, comme souvent, pour la plus jolie et la plus pratique des présentations tout en me fiant à la réputation du traducteur, Robert Ellrodt, lequel a fait ses
preuves avec Donne, Keats et Shelley. Je n'aime pas le blanc, les années quatre-vingt dix nous en ont trop servies, je n'aime donc pas le papier blanc, j'ai par conséquent un prédilection pour la
collection "Babel" dont la couleur du papier est la même que le fond de leurs couvertures.
La présentation de Robert Ellrodt est de taille raisonnable. Il reste de l'énergie pour entamer les sonnets. De plus l'universitaire ne se perd pas en considérations génétiques imbuvables. Il
resitue brièvement et efficacement l'auteur et son temps. Une place plus importante est donnée à l'interprétation de l'oeuvre dans une langue très élégante : "Le sonnet
appelle la cristallisation de l'attention autour d'un moment isolé d'émotion, de méditation, ou de réminescence." ou encore, "Cependant le poète
anglais n'est pas tourmenté par un sentiment religieux de culpabilité et n'a donc pas besoin de recourir à une sublimation platonicenne qui prétendrait transformer sa passion en un amour du
divin.".
Le mieux est de se lancer dans les sonnets. Chaque sonnet fait face à son original. Ils ne suivent pas un plan ou un schéma narratif, il est donc possible de butiner. Je vous laisse
ici le sonnet préféré de Wirginia Woolf. Le poète dans chacun de ses sonnets s'adresse à son amant.
De vous je me trouvai éloigné au printemps
Quand Avril chamarré en ses plus beaux habits
Partout mettait un esprit de jeunesse, faisant
Avec lui rire et sauter le grave Saturne.
Pourtant ni le chant des oiseaux ni l'odeur suave
Des fleurs aux coloris et aux parfums divers
N'ont pu me faire dire quelque conte d'été,
Ni les cueillir au sein superbe qui les vit croître ;
Je ne m'émerveillais de la blanceur des lys
Ni ne louais le sombre incarnat de la rose.
Ce n'était qu'agréments, symboles de délice
Copiés sur vous, vous le modèle de tout délice.
Mais l'hiver semblait régner toujours : vous absent,
Je jouais avec eux ainsi qu'avec votre ombre.







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