Le Roi Lear
de William
Shakespeare
traduction Pascal Collin
mise en scène Jean-François Sivadier

Malheureuse que je suis, je ne peux hisser mon coeur jusqu'à ma bouche. J'aime votre majesté comme je le dois, ni plus, ni moins
Il est difficile de parler justement d'une pièce aussi profonde, réussie et importante. Tout ce qu'on pourra en dire ne constituera qu'un
aboiement prétentieux en bas de page. Je suis un spectateur néophite et j'aimerais ici tout juste exprimer mon émotion plus que mon sentiment. J'ai été transporté tout au long des trois
heures trente de spectacle, complètement intégré à la vie des personnages, boulversé et ému. J'aimerais bien comprendre pourquoi.
Tout d'abord il faut rappeler l'histoire, ou plutôt les histoires, car Le Roi Lear comporte deux intrigues : une principale et une subordonnée.
La principale intrigue est celle d'un vieux roi qui décide de partager son royaume entre ses trois filles, Régane, Goneril, et Cordélia. La fille qui exprimera le mieux son amour pour le Roi
aura la plus belle part. Cordélia refuse de flatter le roi, elle n'y parvient pas, alors même que c'est sans doute la fille qui a le plus d'amour pour son père, un amour vrai. Le Roi la déshérite
et la contraint à l'éxil.Le Comte de Kent sera également exilé pour avoir pris sa défense. Dans la pièce de Shakespeare Kent se travestit en Fou du Roi. Les deux autres filles finissent par
rejeter leur père. Le Roi est désespéré.
Tous finissent par mourir excepté Edgar. Ce que j'aime beaucoup quand je regarde une pièce c'est d'être surpris. Ici j'ai été servi. Aucun répis pour le spectateur. La scène évolue, elle bouge, il y a même un moment où elle avance vers vous comme une armada de vaisseaux dans la tempête et le brouillard. C'est le moment le plus fort de la pièce. Je ne voyais plus les effets spéciaux, j'étais dans la tempête. Cette impression de participer à l'histoire vient sans doute du choix de Jean-François Sivadier de créer du lien physique avec le spectateur. Quand le Roi Lear entre en scène il vient du fond des gradins, il était parmi nous, puis il salue le premier rang (j'y étais). Cette communication crée une ampathie à laquelle j'ai adhérée facilement (ce qui n'est pas toujours le cas) car elle était sobre et juste. Il n'y avait rien d'agressif. Je reprends ici les termes du metteur en scène avant la représentation qui a eu lieu dans la cour des Pape : Il ne s'agit donc pas de participation, mais de la conscience que le spectateur doit avoir d'être partie intégrante de la construction de la pièce [...]. C'est l'utopie même du théâtre que de faire en sorte qu'il puisse se créer chaque soir avec ceux qui le regardent.".

L'acteur qui joue le Roi Lear est un quadra. C'est une volonté de la création d'avoir préféré mettre en valeur la maturité du roi plutôt que sa vieillesse. Nicolas Bouchaud est un acteur impressionnant. Il est imposant., drôle, touchant. S'il n'y avait pas une éblouissante Norah Krief on aurait parfois l'impression qu'il est seul sur scène. L'inégalité de la distribution est peut-être une petite faiblesse de la pièce, bien qu'il y ait des acteurs impressionnants et singuliers.
J'aimerais prendre le temps dans les jours qui viennent pour réfléchir sur les thèmes qui traversent le texte (le pouvoir, les rapports humains et familiaux, la violence des sentiments, la folie, la vieillesse, le besoin d'amour, la fuite, la mort...). Il serais intéressant aussi de regarder le texte de plus près. Chaque réplique est une citation ou un sujet de philosophie au bac.








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