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Julien Baete

julien-baete.jpgBientôt ici des pages consacrées à Julien Baete, artiste.

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Lundi 12 mai 2008

David Alan Kepesh, professeur de littérature comparée, se métamorphose en sein. Tout commence par une tache sur le pénis et se termine par un énorme sein de six pieds de long qui se tient sur un hamac dans une chambre d'hôpital. N'importe qui serait désamparé par cette situation. David a appris tout au long de sa carrière et de ses psychanalyses à mettre un pied devant l'autre.

Les écrivains américains sont des hommes. James, Hemingway, Faulkner, Miller ont tous renié cette sensibilité féminine attribuée aux européens. L'écrivain américain affirme sa virilité, le héros américain est soldat, boxeur, chasseur. Or, le héros de Philip Roth est un sein. Faudrait-il, dès lors, voir dans cette fable l'affirmation d'une possibilité d'être femme au monde ?

La question "d'être au monde" est dans tous les cas posée.  S'il s'agit d'un position bisexuelle, Le Sein montre à quel point cela conduit à un numéro d'équilibriste très difficile et pourtant tellement ancré. S'il s'agit d'une position où l'homme est réduit à aucune possibilité d'intervention alors la fable nous conduit à une réflexion très sensible où toutes les portes de l'humanité se ferment.

La fable de Philip Roth est un régal de lecture. L'auteur est capable de tenir dans la même phrase un sentiment hautement tragique et burlesque à la fois. La situation d'être un sein est impossible, oppressante, et comique. Les sentiments se mélangent et font vivre au lecteur l'indécision du héros.

Progressivement le héros découvre une manière essentielle d'être à la vie dont nous faisons par moment l'expérience et que la phrase suivante illustre parfaitement : "Comme étudiant, comme professeur, j'ai vécu la littérature comme une chose inévitablement contaminée par ma volonté de m'améliorer et par la responsabilité de m'exprimer avec sérieux ; ou bien j'étudiais, ou bien j'enseignais. Mais les responsabilités appartiennent maintenant au passé, je peux enfin simplement écouter."


Ce que j'aime beaucoup dans les romans de Philip Roth est cette impression d'être en deux ou trois mots dans un univers où l'on se sent bien. L'écriture est belle, le propos est riche, l'intrigue est prenante. Il n'y a aucune raison d'abandonner un roman de Roth. Celui que j'ai préféré est sans doute La Tache. C'est un livre que je vous conseille vivement. Il est impossible de l'oublier.

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Samedi 10 mai 2008

Dans le dernier numéro de  La Revue Internationale des livres et des idées Yves Citton s'interroge sur l'utilité des études littéraires. Je vous propose ici un résumé de son article.

Yves Citton part du constat que le structuralisme n'est plus à la mode. Durant les années soixante et soixante-dix les anti-intellectuels se moquaient des narratologues, sémioticiens ou autres poéticiens. Aujourd'hui les sarcasmes ne sont plus nécessaires. Plus aucun chercheur ne fait appel au structuralisme. Les psychologues, par exemple, ne s'intéressent plus à explorer la logique du signifiant mais ils cherchent plutôt à défendre la famille hétérosexuelle.
A quoi sert le structuralisme ? A laisser des fumistes prétendre à une scientificité de pur apparat.

Jacques Bouveresse du Collège de France et Tzvetan Todorov tirent la sonette d'alarme. Le philosophe Jacques Bouveresse, dans La Connaissance de l'écrivain, tente de réconcilier texte littéraire et vie. La littérature étouffe sous la critique savante, et on oublie que son premier objet est de nous aider à résoudre nos problèmes de vie. Ce qui est devenu important au cours des décénies précédentes est le laboratoire du texte plus que le texte lui-même.

Tzvetan Todorov, penseur historique du structuralisme, dit la même chose dans son dernier ouvrage, La Littérature en péril. Le but de la littérature a été de "nous faire

connaître les outils dont elles se servent" plutôt que de nous faire "réfléchir sur la condition humaine". Les études universitaires ont connu un mouvement de balancier qui n'a jamais connu sont point d'équilibre. Après le tout historique, idéologique, esthétique (causes externes), on est passé au tout formaliste (causes internes). Nous sommes passés d'un excès à l'autre, ce qui explique le désintérêt croissant pour ces études où les généralisations abusives sont présentées comme des postulats sacrés.

Le textualisme, terme dont se sert Jacques Bouveresse pour décrire cette tendance à s'arrêter au fonctionnement interne du texte (poétique, sémiotique, formalisme, narratologie...) est accusé d'avoir trois défauts. Tout d'abord les universitaires oublient que le texte parle de la vie, de ses questions, de ses dilemmes, autrement dit ils ont des contenus. Il n'y a pas que la forme langagière qui porte à interprétation. Le deuxième défaut est le fils indigne du structuralisme : la déconstruction qui conduit à douter des valeurs mêmes qui soutiennent l'oeuvre. Enfin, le troisième défaut est le solipsisme : puisque l'oeuvre, pour les formalistes, est autosuffisante, qu'elle n'a pas de contact avec le monde extérieur, par conséquent l'oeuvre "est en soi-même le seul être existant".

 

Jacques Bouveresse et Tzvetan Todorov dépeignent un textualisme impérialiste et arrogant  reférmé sur l'autosuffisance des jeux formels et avide de nihiliser les discours des disciplines voisines.

Yves Citton regrette que ces deux livres puisent leurs exemples dans une littérature historiquement précise (1850-1950) et exclusivement dans le roman. Malgré cela il salue l'entreprise de dénonciation d'un enseignement insuffisant. Dans la suite de son article il relève les arguments qui démontrent l'urgence de prendre le temps d'une socialité littéraire (cf. "A quoi servent les études littéraires ? (2))
 

 

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Samedi 10 mai 2008

Fin novembre 1999 la puissante Organisation Mondiale du Commerce (OMC ou WTO, World Trade Organization) se réunissait pour une conférence qui devait être la plus importante depuis sa création. Tout devait bien se passer. La ville et le associations militantes s'étaient mises d'accord pour que tout se passe dans le calme. Les manifestants n'avaient pas recours à la violence en échange de quoi la police ne procédait à aucune arrestation. Malheureusement des groupes extrémistes ont profité de la brèche pour provoquer des émeutes.

C'est volontairement que je choisis des photos de l'actualité que je croise avec des photos du film, car c'est le procédé qu'a choisi Stuart Townsend. C'est plutôt bien fait. Nous sommes dans une fiction mais la synthèse est plutôt réussie, nous n'avons pas l'impression d'être dans un documentaire.

Le film est je dirais maladroitement didactique, car mis à part l'aspect informatif, l'ensemble est très conventionnel quand il n'est pas lourd. Certes Stuart Townsend a fait attention à ne pas peindre de gentils militants et de méchants policiers, ceci dit les caractères des personnages sont très caricaturés, et c'est la fonction de nuance qui devient le discours lui-même, comme si on vous disait : "vous voyez ce n'est pas simple, regardez bien ! je vous avez bien dit, l'homme n'est ni blanc ni noir, vous avez bien vu ou il faut que je vous remontre". La nuance tient donc de procédé. La journaliste qui devient militante c'est vraiment très lourd et pas crédible du tout, mais voilà il y a de bons journalistes, le journaliste n'est pas seulement ce robot sans âme en quête de scoops.


J'ai particulièrement apprécié l'actrice Michelle Rodriguez. Elle apportait de la fraîcheur. Elle est très belle. J'aime beaucoup son jeu. Elle parvenait à restituer les difficultés qu'un militant peut rencontrer dans l'engagement. Pourquoi s'engage-t-on ? Est-ce pour une cause ?  Pour réparer une blessure ? Son regard est pénétrant, elle donne l'impression de vous fusiller. Cette manière d'être toujours sur la défensive signale une blessure, et dans le même temps elle semble avoir un tempérament très solide. Michelle Rodriguez s'est fait connaître par la série américaine Lost (même si j'ai peu de temps pour regarder ce type de série je suis plutôt fan, en particulier des Experts à Las Vegas ou du Commissaire Maigret, nous y reviendrons un autre jour).
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Lundi 5 mai 2008
Il n'y a pas là de quoi
C'est abîme

Il n'y a pas là
Nous

Nous ne sommes plus suffisants
Nous ne sommes plus
Nous encore
Essayons
Encore

Il y a nous
Avec
Il y aura nous
Nous y sommes encore
Nous nous berçons
Les corps
Nous nous berçons
La peau

Seulement entre nous
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Lundi 5 mai 2008
J'ai visionné hier soir un film d'Eytan Fox : Yossi et Jagger. Quand je découvre un réalisateur j'aime ensuite me passer en vidéo sa filmographie.  Même si je les connais déjà, regarder d'anciens films à la lumière du dernier se révèle souvent très instructif. La poétique, les refrains, le rythme deviennent de plus en plus clairs.

J'ai été touché par cet opus même si à priori je ne suis pas fan des films identitaires, je préfère les histoires  qui s'intègrent dans un monde contemporain que je connais. Les films omnubilés par une problématique me fatiguent. Pour le dire clairement je préfère des films où il y a des homosexuels (terme très inconvenant mais je n'en ai pas d'autres) que des films sur l'homosexualité. Eytan Fox fait-il un cinéma militant ? Je n'en suis pas certain à moins que vivre tel que l'on est soit militant. Je ne pense pas.

Ici l'histoire d'amour entre deux jeunes officiers prend place dans la vie d'une caserne où chacun vit la tension des déchirements d'un conflit. J'imagine bien cette histoire aujourd'hui. Dans la société israëlienne contemporaine, beaucoup plus moderne que les clichés médiatiques, cette love-story est crédible. Même si une Gay Pride est difficile à Jérusalem, la question se pose quand même, dans une ville où certaines minorités ont facilement le micro, mais où les jeunes, s'ils sont israéliens, peuvent vivre leur vie sans encombre, et parfois mieux que chez nous en France.

Je vous propose de lire quelques articiles éclairants sur le réaliateur Eytan Fox :

-
un intervieuw dans le monde où le réalisateur se voit comme l'Almodovar israélien.
- une fiche d'Allociné, site très pratique où je puise mes informations.
-
une note que j 'ai écrite au sujet de son film : The Bubble
- une note à propos de The Bubble sur le blog d'un ami : Le Combat de Jacob








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Dimanche 4 mai 2008

Tony Stark, inventeur de génie, vendeur d'armes et playboy milliardaire, est kidnappé en Aghanistan. Forcé par ses ravisseurs de fabriquer une arme redoutable, il construit en secret une armure high-tech révolutionnaire qu'il utilise pour s'échapper. Comprenant la puissance de cette armure, il décide de l'améliorer et de l'utiliser pour faire régner la justice et protéger les innocents.

On pourra dire ce que l'on veut de ces films débiles je me suis quand même bien amusé et pendant le temps d'une projection j'ai oublié mes soucis.

Le super héros est ici un peu nouveau. Ce n'est pour une fois pas un gendre ou un fils idéal. Il a plutôt une tête de junkie. Il aime faire la fête, c'est un grand enfant. Une fois qu'il est héros il le revendique. Tout le monde le sait. Il n'y a pas de mystère sur son identité. C'est plutôt drôle.

Rassurez-vous, à part cela, les méchants sont hyper méchants, les gentils, en plus de sauver le monde, se sauvent eux-mêmes a. Il y a des scènes d'amour, des effets spéciaux bien lourds, et un spot publicitaire pour la nouvelle Audi.

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Dimanche 4 mai 2008

Rec

Angéla est journaliste pour une télévision locale. Accompagnée de son caméraman, elle relate le quotidien de ceux qui travaillent la nuit.
Ce soir, elle est dans une caserne de pompiers. La nuit est calme, aucune urgence. Jusqu'au coup de fil d'une vieille dame qui réclame du secours. Le tandem suit les pompiers et découvre en arrivant sur place des voisins très inquiets. D'horribles cris ont été entendus dans l'appartement de la vieille dame. Angéla perçoit la tension des habitants, son reportage devrait enfin sortir de la routine... Elle n'imagine pas à quel point !

J 'ai eu très peur. Quand je suis sorti de la salle je n'étais absolument pas rassuré. Je ne sais pas pourquoi mais à chaque fois que je vais voir un film d'horreur j'ai l'impression qu'en sortant de la salle les portes me resistent. Il faut toujours que je scrutte derrière moi, on ne sait jamais. 

J'aime beaucoup ce parti de tenir la caméra à l'épaule. On a l'impression d'y être, d'être le caméraman.  En plus l'effet de réel est optimum. L'histoire est rendue crédible.

J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de films d'horreur qui traitent le phobie de la contamination. Serait-ce une peur de notre temps ? Je le pense. Chaque personne devient suspecte. Il est troublant d'observer ce fils à maman, homo, complètement égoïste et xénophobe qui n'a une seule idée en tête : se protéger des autres. Il faut à tout prix savoir qui est la source de la "mort" comme si la source d'une maladie était ausssi la source du "mal". N'importe quoi. Mais bon, c'est intéressant d'observer comment le réalisateur voit le monde.

Je me suis laissé avoir par ce film. J'ai bondi plusieurs fois. Malgré une vision pessimiste du monde le film est convaincant.
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Jeudi 1 mai 2008
Roland Barthes a écrit dans son journal à la date du 13 août 1977 cette phrase surprenante : Tout d'un coup, il m'est devenu indifférent du ne pas être moderne. C'est le point de départ de la réflexion d'Alain Finkelkraut dans ses quatre leçons reprises dans un ouvrage Nous autres, modernes.

La question de savoir s'il vaut mieux écouter nos ancêtres ou suivre une intuition qui ouvre des chemins inconnus est une question qui n'a cessé d'entraîner les philosophes, les littérateurs, les politiques dans des débats jamais clos. La lecture d'Alain Finkielkraut est très instructive car elle a le soucis de la transmission. Un cours est souvent agréable à lire car on y sent un dialogue permanent entre celui qui parle et celui qui tente de comprendre. Je prospose ici un résumé du premier chapitre.

Dans Oratio de hominis dignitate, Pic de la Mirandole propose en 1482 un récit de la Genèse qui selon Alain Finkielkraut est la bible de l'âge moderne : Je ne t'ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. La nature enferme d'autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi qui ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t'ai placé, tu te définis toi-même. Adam est ici constitué auteur par l'Auteur. Il s'agit d'une déclaration d'indépendance humaine. L'homme est l'être dont l'agir ne découle pas de l'être mais dont l'être découle de l'agir. Le phénomène humain n'est plus substance mais liberté.

Mais où donc réside la Vérité s'il n'y a plus de nature pour la circonscrire ? Selon Francis Bacon dans
Novum organum la vérité est fille du temps et non de l'autorité. L'être perd sa prééminence ontologique au profit du devenir. Les modernes sont fascinés non pas par les anciens mais par le devenir.

Roland Barthes témoigne d'un temps où il faut être de son temps pour être pleinement vivant. Le critique faisait la pluie et le beau temps en discernant dans chacune des oeuvres ce qu'elle avait de nouveau et donc de méritoire. L'écrivain est celui qui écrit. Son activité est intransitive. L'écrivan témoigne, proteste, explique, enseigne.

Michel Foucault dans Les Mots et les choses dit la même chose. L'écrivain moderne rompt avec une éloquence toute entière tendue vers une finalité extérieure, vers un discours qui n'a rien d'autre à dire que soi, rien d'autre à faire que scintiller dans l'éclat de son être. La modernité rime ici avec pureté.

Une des premières conséquences de la modernité selon Alain Finkeilkraut est le licenciement de Dieu :
Quand Dieu quitte la place d'où il avait dirigé l'univers et que naissent les temps modernes, les différents secteurs d'activité se séparent et sont progressivement conduits à chercher en eux-mêmes leur propre dignité. Affranchis de la tutelle religieuse, l'art, l'économie, la politique, le sport, la guerre se développent en queque sorte chacun pour soi. [...] Libres de l'absolu, ils se professionnalisent.

Cette professionnalisation des arts, des créations, me semblent très intéressantes à observer. Selon Hermann Boch, il appartient à la logique du peintre de conduire les principes de la peinture à leur aboutissement avec leur conséquence la plus extrême au risque de faire naître une création complètement ésotérique que le producteur seul est en état de comprendre.

Nous en venons à Sartre. Pour Sartre l'écriture est une modalité de l'action. Le philosophe entendait séculariser la littérature, cet ersatz de religion, cet ultime bastion des âmes pieuses. Modernité rime ici avec momentané. Un livre a sa vérité absolue dans l'époque. Pour Renan, autrefois tout tait considéré comme étant. On parlait de droit, de religion, de politique, de poésie d'une façon absolue. Maintenant tout est considéré comme en voie de se faire. Pour Sartre l'histoire est un affrontement. Progressistes et classiques ne se succèdent pas mais s'affrontent. Finkeilkraut a cette formule : être moderne ce n'est pas un constat, c'est un combat.

Du coup, quand les choses tournent mal on ne peut plus s'en prendre à Dieu, on s'en prend alors aux autres, aux hommes. En faisant de la liberté la marque distinctive de l'humanité, l'humanisme met les hommes à égalité. La lutte des classes devient le nouveau champ de bataille,la lutte entre anciens et modernes.

La modernité a engendré le divorce entre le discours et sa représentation. Le signifiant s'est libéré de la loi paternelle du père, de la grammaire. Sartre conclut dans Les Mots : un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui. L'eschatologie égalitaire réclame à la fois que nous soyons tous auteurs et efface pour de bon la figure paternelle, transcendante, intimidante de l'auteur.

Tous auteurs dans un monde sans auteur. Alain Finkeilkraut.
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Mardi 29 avril 2008
Pour l'instant, au titre de 2008, c'est le film le plus nul que j'ai vu. Il s'agit de l'incroyable destinée de Gengis Khan. De son vrai nom Temudgin, ce légendaire chef des forces armées mongoles fut l'un des plus grands conquérants de l'histoire de l'humanité. Entre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle, il réussit à unir les tribus mongoles et créa un empire colossal comparable en taille à celui d'Alexandre le Grand.

L'idée de départ est bonne mais le film ne suit absolument pas le synopsis. Il ne s'agit en réalité pas de l'incroyable destinée mais de la genèse d'un chef. Aucune scène spectaculaire. Tous les moments délicats sont évités. Voilà que Gengis Khan se trouve face à un danger et hop, ellipse narrative, il s'en sort grâce à un changement d'époque. Aucune problématique, ou du moins, aucune problématique surmontée. Le film est long et ne présente aucun intérêt. La réalisation, la musique, les acteurs  sont ennuyeux. Les chefs de clans, les khans, ont un look et une éthique de dealer. Pour une fois je ne suis aboslument pas d'accord avec les Cahiers de cinéma qui voient dans ce film l'avenir prométeur du cinéma russe. Effectivement Les Cahiers ont raison de dire que ce film est homogène.
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Vendredi 25 avril 2008
Pour décrouvrir l'oeuvre de Camille Claudel je vous recommande tout particulièrement ce site.


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Vendredi 25 avril 2008
Je lis aujourd'hui le deuxième chapitre de Grammaires de la création. La langue de Steiner est très difficile. Il faut sans cesse faire un effort, même si au fil des pages une familiarité s'installe. Si  vous désirez découvrir l'oeuvre de George Steiner ne commencez surtout pas par ce livre mais plutôt par Errata qui par son mode narratif rend la pensée plus saisissante.

Le deuxième chapitre me trouble beaucoup. Il y est question de l'apport du dogme de l'incarnation dans la pensée. Lisez plutôt :

Au pôle opposé du grand trope, l'incarnation du Père dans le Fils et la transsubstantiation du corps de Fils dans la donation de soi des rites eucharistiques constituent un mysterium : un effort d'expression, subtilement innervé, pour arraisonner l'acte irrationnel aux plus hauts niveaux de la pression intellectuelle. De manière peut-être unique, le martèlement de la doctrine de l'eucharistie oblige la pensée occidentale à rattacher la profondeur de l'inconscient et de la préhistoire à des abstractions spéculatives aux frontières de la logique et de la philosophie linguistique. / Quand nous parlons d'analogie, d'allégorie, de symbolisme et de transformations substantives, lorsque nous invoquons la "traduction" au sens plein du terme, nous nous rapportons, consciemment ou non, à l'évolution de ces termes cruciaux depuis la patristique et les premiers efforts médiévaux et scolastiques pour définir et expliquer le miracle perpétuellement répété de la Sainte Communion. [...] A chaque point significatif, les philosophies de l'art et les poétiques de l'Occident puisent leur idiome séculier dans le substrat du débat christologique. (Grammaires de la création, George Steiner, p 86)

Ce texte m'intéresse beaucoup, mais comme souvent chez Steiner il en dit trop ou pas assez. Il énonce une idée comme si elle était évidente. Dans le paragraphe suivant il est question de l'apport de l'islam dans la syntaxe.
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Vendredi 25 avril 2008

Une sortie d'autoroute manquée et voilà Darry Marzouki, prestidigitateur au chômage, croisant la route d'Irène Montier Duval, une belle bourgeoise, le sac Hermès rempli de billets de banque. Par amour, elle a servi d'intermédiaire dans une vente d'armes entre un ministre français et la Corée. L'affaire s'est ébruitée. Le ministre veut lui faire porter le chapeau. En fuite, elle propose à Darry de le payer pour qu'il la conduise à Genève dans sa belle BMW.
Le hic, c'est que la BMW n'est pas à Darry. Il l'a volée sur un coup de tête à son beau-frère, petite frappe un tantinet irritable, qui promet de l'étriper s'il ne la rend pas. Ne pouvant accepter la proposition d'Irène, Darry s'invente une identité d'altermondialiste se rendant à Locarno pour un sommet. Irène, qui rêve de changer d'air, se prend au jeu.
Ils ont peu en commun. Ils passeront trois jours ensemble. Trois jours inoubliables... A leurs trousses, des Coréens, la DST, un ministre et le beau frère... Au bout de chemin, l'amour pour l'un, la liberté pour l'autre.

Voici un film léger qui vous permettra de passer le temps légèrement. Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un portrait de Christine Deviers-Joncourt. La prostituée de la république est ici attachante, hystérique, loufoque, parfois géniale. Irène a un besoin d'amour tellement immense qu'elle ne peut vivre deux minutes sans se croiser dans le regard d'un autre. Cet autre peut être n'importe qui. Irène semble très faible même si sa gaminerie lui permet de vivre des instants délicieux.
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Jeudi 24 avril 2008

J'ai toujours été ne plus.
J'ai croisement.
Echappement.
Là où dans le sens du vent va
Je me refuse alors.

J'ai feuille.
J'ai qui s'équilibre.
La feuille ne tombe pas,
Volle, voyage, fusée lente, s'achemine,
Prend soin de son aïlleul.

J'ai feuille lente,
Ensemble, berçante.
J'ai l'automne,
L'automne des feuilles lentes,
Des fusées pélégrinantes.

J'ai les applaudissements
Des arbres modes,
Des arbres d'été,
Des arbres permanents.
J'ai ne pas finir.

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Jeudi 24 avril 2008
... voyage à côté de moi,
chavire, revient, tête en l'air,
vents, tourne autour, langue,
debout, boxe, scrute,
se tend, branches, essaie,
bagarres, arrêts, tête basse,
n'attend pas, revient,
s'effraie, bondit, rires,
devant, chante, attrape,
pose, cligne, transpire,
arrache, lève, salit,
respire, joue, moi,
rivière, à côté, vert,
bombon, rêve, aimerait,
lêvres, herbe, court,
pavés, voisins, sire,
soleil, nous...
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Jeudi 24 avril 2008

J'ai l'idée qu'en moi je fus et qu'en genèse aussi il y eut. J'ai été sans support. Et alors c'est cri. C'est irrémédiablement cri. Autour du point rouge j'ai galopé les veines. C'est ainsi que l'histoire se raconte habituellement. Un mouvement absurde, un mouvement cruel. Un cri, et encore un. Ebranlement des tensions. Cela pousse tout autour. Cela ne tait pas.

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Mercredi 23 avril 2008
J'ai aussi pour toi,
J'ai aussi et j'ai
Ne pas toujours le dire.
J'ai enfin les creux,
J'ai par coeur, par toi,
Pour ne pas prendre ensemble
Encore,
J'ai aussi pour toi
Un petit lot,
Un petit jeu,
Un court.
J'ai pour cela toi
J'ai avec et j'ai aussi
La cour,
L'orange,
Un petit jeu,
Un fleuve, des galets,
Un sable vert.
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Mardi 22 avril 2008

- Est-ce cela le silence ?
Le dépôt tempète,
Ton coeur tumultueux réduit ?
Un vase d'encre,
Les mots liquides,
La femme ?
- ...
- Est-ce cela le silence ?
L'ovale clos,
Ton coeur attaché,
Des autoroutes impossibles,
Un réseau induit ?
Un voeu ?
- ...
- Est-ce cela le silence ?
L'entrée,
La marche,
L'attente,
Le désordre critique,
Un voile, un encens,
Une grotte ?
- ...
- Est-ce cela le silence ?
Les autres,
Les maladresses,
Les conséquences,
- Non ce n'est pas cela le silence
- ...
Et nous y fûmes. 

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Mardi 22 avril 2008

C H A N S O N

 

Mon cheval arrêté sous l'arbre plein de tourterelles, je siffle un sifflement si pur, qu'il n'est promesses à leurs rives que tiennent tous ces fleuves. Feuilles vivantes au matin sont à l'image de la gloire...

Et ce n'est point qu'un homme ne soit triste, mais se levant avant le jour et se tenant avec prudence dans le commerce d'un vieil arbre,
appuyé du menton à la dernière étoile,
il voit au fond du ciel de grandes choses pures qui tournent au plaisir.

Mon cheval arrêté sous l'arbre qui roucoule, je siffle un sifflement plus pur...
Et paix à ceux qui vont mourir, qui n'ont point vu ce jour.
Mais de mon frère le poète, on a eu des nouvelles. Il a écrit encore une chose très douce. Et quelques-uns en eurent connaissance.




Je découvre avec beaucoup d'émotion la poésie de Saint-john Perse. Son écriture c'est un peu ce que, enfant, je rêvais en imaginant l'écriture  : un grand style et le sublime, de l'eau pure pour rincer mes dents de silencieux. Dans le sublime les considérations stylistiques sont subordonnées à l'éthique et non au public, au pathos. Le poète fait appel à une rhétorique profonde, intime, et non à une rhétorique restreinte, de surface. Pour lire Saint-John Perse je me fais aider de ce livre (ci-dessous) publié chez Honoré Champion : La rhétorique profonde de Saint-John Perse, par Colette Camelin et  Joeëlle Gardestamine. L'étude est claire, abordable, lisible et surtout elle met en scène les poèmes.

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Mardi 22 avril 2008
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Mardi 22 avril 2008

Quand Emmanuelle Héran arrive comme conservatrice au musée d’Orsay, elle découvre, dans les réserves, plus de 200 sculptures animalières et décide de sortir au grand jour ces richesses oubliées. A partir de cet été, le musée parisien présentera donc une section entièrement dédiée à l’art animalier. En attendant, Orsay a prêté une partie de sa collection à La Piscine de Roubaix pour une exposition intitulée avec humour « Le Zoo d’Orsay ». C’est dans un décor vert pomme que sont exposées un peu plus de 150 œuvres signées des plus grands noms : Manet, Courbet, Delacroix, Bonnard, Pompon, Gauguin, Grasset, Doré… Les animaux sont classés par « famille ». Ainsi, peut-on, grâce à un choix varié de tableaux, dessins, pastels, sculptures et objets d’art couvrant toute la période de 1848 à 1914, passer des animaux à plumes (faisans, paons, canards, coq…), aux animaux exotiques (girafes, singes, éléphants, antilopes…), domestiques (chats, chiens, chevaux…) mais également au monde marin. Le public se retrouve à l’intérieur d’une véritable ménagerie, les cris des différents animaux étant diffusés en fond sonore. Autre exposition accrochée au même moment à La Piscine : « Bijoux-sculptures. L’art vous va si bien ! ». 150 bijoux provenant de différentes collections, dont celle de Diane Venet, épouse du sculpteur Bernar Venet et commissaire de l’exposition, proposent une autre vision de la parure aux XXe et XXIe siècles. Il n’est pas question ici de joaillerie mais d’art moderne et contemporain où l’on croise les noms de Calder, Fontana, Picasso, Rauschenberg, Kapoor… Ils ont tous créé des « sculptures to wear » souvent restées inconnues du grand public.

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